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Joachim Phoenix interprète Jésus de Nazareth, Rooney Mara, Marie de Magdala dans une lecture apocryphe du nouveau testament où la part mystique la plus importante du chemin vers Jérusalem est assurée par la figure féminine.

On avait laissé Rooney Mara en deuil dans le somptueux A Ghost Story de David Lowery. Un grand film de fantôme où le spectre marital sondait une temporalité impossible à la recherche du fondement de l’humanité : l’amour. A peine trois mois plus tard, nous retrouvons l’actrice en Marie Madeleine, drapée à son tour d’un voile blanc, redoublant ainsi l’intensité de l’expérience. A cet égard, la plus fidèle disciple de Jésus n’a jamais été aussi douce et jolie que dans ce biopic biblique. Il faudrait remonter aux années 1960 (chez Pasolini, entre autres) pour trouver un équivalent. Elle se glisse merveilleusement dans la peau de cette figure religieuse, prêchant la bonne parole autour d’elle, tout le voyage durant, jusqu’à devenir « apôtre des apôtres », en toute quiétude, le matin même de la résurrection.

C’est entendu, Garth Davis est un idéaliste. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Comment s’incarne ses idées ? Quel rapport avec l’action ? Cela a tout à voir, et le rapport des deux (Jésus et Marie) ne peut être que d’une profonde tendresse dans ces circonstances. Après Lion, auquel on pense forcément, le cinéaste trouve avec ce scénario écrit par Philippa Goslett une formidable occasion de réaffirmer son idée principale : « la bonté existe ». Et celle-ci surpasse tout, d’abord en tant que puissant vecteur de mise en scène, puis à travers un rythme d’une légèreté inouïe et admirable. Ce n’est plus cette fois la figure légendaire d’un jeune garçon, Saroo, qui mène au « bien » absolu, mais celle d’une femme biblique placée au cœur d’un récit suspendu à son aura.

Marie est continuellement montrée comme la lumière à suivre ; le guide, en opposition aux errances trop aléatoires de son gourou, qui mèneront à sa perte. De l’émergence de la foi à celle d’une révolution populaire, ce halo interpelle autant qu’il déconcerte, notamment par sa permanence dans les liens qui unissent le couple.

Club Med JérusalemPhoto du film MARIE MADELEINE« Calme et volupté », semblent avoir été les mots d’ordre établis en amont de ce voyage vers la ville sainte. La quête du royaume intérieur auquel s’adonne Pierre, Judas et les autres est comme une colonie de vacances. On les voit dormir à la belle étoile, effectuer des promenades digestives, méditer sur les cimes. Seules de rares incursions de violence viennent perturber leur routine. Que cela soit des bergers brûlés vifs ou des villageois squelettiques, c’est pourtant par ces visions que transite l’intérêt du spectateur. Elles donnent du poids au statut de “mashia’h” de Jésus (le défenseur de la réconciliation entre les peuples).

La tyrannie qui règne dans la région est peu visible. Le sang est inexistant. Quant à la mécanique du scénario (souhaitant par tous les moyens éviter le conflit) il bride légèrement l’essence de la traversée. L’apaisement est la seule ligne qui a été suivie. Exit Ponce Pilate l’indécis et les rabbins en colère, bonjour la crucifixion douce et le chemin de croix affectueux. Le calvaire final est si gracieux qu’il laisserait presque ouvert le champ libre à un film éducatif pour écoliers catholiques.

Anti-PassionPhoto du film MARIE MADELEINEOn se souvient des mots de Monica Bellucci répétés en boucle sur les plateaux de télévision lorsqu’elle défendait en en 2004 son rôle de Marie Madeleine dans La Passion du Christ de Mel Gibson : ”La vie de Jésus est ultraviolente. Un film sur sa vie doit être ultraviolent.” Plus tard, on a conclu qu’il s’agissait de l’un des films les plus controversés jamais réalisés. A juste titre, sans doute. Vu par 80 millions d’américains, puis condamné à la censure par les filiales de nombreux distributeurs en Europe et à travers le monde, La Passion du Christ a laissé un tel traumatisme dans le milieu des grosses productions que l’on en ressent encore aujourd’hui ses conséquences. Il semblerait que Marie Madeleine ait choisi de réhabiliter le débat, paisiblement, sans heurter qui que ce soit, au risque de paraître ridicule. La relève populaire signée Garth Davis est le parfait opposé du Gibson. Aujourd’hui, Marie ne pèche pas, ne doute pas, et glane avec elle certaines considérations sociétales subtiles et actuelles (une chance), tout en jouant des codes du genre pour asservir une sainteté convenable, loin des fantasmes furieux et délirants dans intégristes de l’Église.

« Marie, tu as rendu faible notre Jésus », conclut Pierre. Ce qui, au final, contredit un peu le bien-fondé du geste centré sur le rayonnement féminin. Dommage. On ne sait plus où se placer si Marie Madeleine se heurte confronte in fine aux avis d’apôtres mâles.

Sina Regnault

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MARIE MADELEINE, l'anti-Passion du Christ de Gibson - Critique
Titre original : Marie Madeleine
Réalisation : Garth Devis
Scénario : Philipa Goslett, Helen Edmunson
Acteurs principaux : Rooney Mara, Joaquin Phoenix, Chiwetel Ejiofor
Date de sortie : 28 mars 2018
Durée : 1h59min
2.5Mignon
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SinaJocelyne JEROMElanciaux Recent comment authors
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lanciaux
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lanciaux

C’est un film bouleversant, qui permet le questionnement le recueillement l’apaisement tout est dit sans violence ou presque les acteurs sont d’une justesse magnifique. Marie-Madeleine est juste éblouissante de vérité ainsi que Jésus est. Ce film m’a encore permis d’avancer sur le cheminement de la conscience
Merci de tout cœur pour ce film magnifique avec des acteurs vrais ❤️

Jocelyne JEROME
Invité
Jocelyne JEROME

je donne 5 sur 5 à ce film magnifique où transpire la foi !