David Gordon Green et son scénariste Danny McBride ressuscitent la figure du mal incarnée par Michael Myers en l’opposant 40 ans après les événements du premier film, une nouvelle fois à Laurie Strode. Le tout sous le regard bienveillant et approbateur de John Carpenter qui officie sur le film en tant que producteur exécutif.

Quatre ans après Halloween – La Nuit des Masques, le duo Debra Hill-John Carpenter récidivait à la production et au scénario de Halloween 2 en 1982, Big John délaissant la réalisation au profit d’un certain Rick Rosenthal. Suite directe des événements survenus à Haddonfield la nuit du 31 Octobre, ce deuxième film prenait place dans un hôpital où Michael revenait pour achever Laurie alors clouée à son lit médical. Traité comme un huis clos et bien qu’inférieur au mythique premier film, ce second opus était néanmoins d’une bonne facture.

Les nombreux autres films qui s’ensuivront ne feront que s’enliser dans la médiocrité, malgré quelques noms officiant toujours derrière la caméra ou des retours attendus dont celui de Donald Pleasance (le fameux docteur Loomis). Bien que déconnectés de la saga, les deux films de Rob Zombie en 2007 et 2009 avaient fait forte impression en marquant la véritable résurrection de la saga, dans un reboot qui dépoussiérait le mythe de Michael Myers.

Lorsque le duo d’amis que sont Danny McBride et David Gordon Green sont allés frapper à la porte de John Carpenter, ils lui ont proposé de se joindre à eux dans la conception d’un nouveau projet faisant fi de toutes les itérations existantes entre le premier film et le leur. Soit une suite directe 40 ans après. Non seulement les deux garçons s’étaient fait remarqués jusque-là pour leur collaboration sur des séries comiques (Kenny Powers puis Vice Principals), à mille lieux du genre slasher donc, mais leur idée avaient déjà fleurie dans les esprits en 1998 lorsque le réalisateur Steve Miner metta en scène Jamie Lee Curtis une nouvelle fois dans la peau de Laurie Strode pour une suite sous-titrée « 20 ans après ».

Cette version 2018 avait donc tout pour intriguer, les deux bougres répétant inlassablement leur amour et respect pour l’œuvre de Carpenter lors du processus de promotion/production, incluant le cinéaste au cœur du processus créatif (John Carpenter est producteur exécutif et compositeur avec son fils), alors qu’en même temps, le spectateur n’avait plus rien à attendre de cette saga.Photo du film HALLOWEENRésolument classique dans sa forme (un slasher ultra cliché) et empreint de cette schizophrénie inhérente au genre, à savoir le teen movie niais voir débile cédant sa place aux séquences à suspense angoissantes et stressantes, cette version 2018 met en scène une Laurie Strode grand-mère érigée au rang de guerrière badass prête à protéger sa famille et qui attend de pied ferme le retour de Michael pour enfin le renvoyer en enfer.

Si esthétiquement les hommages visuels et musicaux provoquent déjà leur petit effet, les nombreuses faiblesses de l’écriture viennent jouer les trouble-fêtes lors des premières minutes. En cela, le script ne nous épargnera toujours pas des jump scares faciles ou quelques glissades grotesques alors que la caractérisation du personnage interprété par Jamie Lee Curtis laisse parfois à désirer.

Toutefois, ce n’est pas aussi dérangeant que le traitement subit par le personnage du docteur Sartain, à mi-chemin du film, assez gênant. Aussi, plutôt que de s’embêter à mettre en scène plus clairement ce qui sera l’élément déclencheur du film, les scénaristes ont préféré se laisser gagner par une certaine facilité en ellipsant tout simplement une séquence récurrente à presque tous les autres films de la saga : l’évasion du croque-mitaine.

L’aisance avec laquelle Danny McBride s’est souvent glissé lors de ses projets passés dans la peau d’un professeur débile au milieu du monde du lycée et de ses ados nous laissait espérer plus de rigueur et de fraîcheur pour les mêmes séquences de cet Halloween 2018. Le casting est mauvais, les jeunes sont laids et depuis 1978, les baby-sitters attendent toujours de se débarrasser du gosse pour pouvoir inviter leur petit ami afin de fumer de l’herbe ou de se faire tripoter sur le canapé. Et il faudra faire une croix sur l’humour. Mais quoi qu’il en soit, nous ne sommes pas venus pour cela, n’est-ce pas ?Photo du film HALLOWEENEn dépit de tous ces accrocs, cette nouvelle version n’est jamais aussi meilleure que lorsqu’elle met en scène les déambulations macabres d’un Michael Myers de retour dans sa ville favorite, fétichisant les accessoires nécessaires à son massacre. Les hommages pleuvent, les plans références aussi et ces travellings accompagnés par la lancinante partition musicale inventée il y a de cela 40 ans par Big John, font toujours office de purs instants de mise en scène marquants. Il y a aussi le sentiment de ne pas perdre trop son temps puisque lorsque la chasse est lancée, les confrontations s’enchaînent et le tempo ne se relâchera jamais.

Laurie aura finalement une dernière occasion d’en finir avec son alter-ego maléfique lors d’une dernière partie judicieuse où les rôles auront tendance à s’inverser, l’occasion pour la caméra de David Gordon Green de répéter les plans de 1978 mais pas avec le même personnage à l’intérieur. Des clins d’oeils qui pourront faire sourire tout en s’avérant parfaitement réjouissants.

Halloween version 2018 interroge la place occupée par le genre du slasher au cinéma de nos jours. Tout en sentant fortement le réchauffé, ne pouvant décemment plus rien inventer, il semble être une sorte d’objet cinématographique tout droit sorti du passé et pas vraiment présentable face à un certain renouveau de l’épouvante auquel nous assistons depuis quelques années. Il est cependant une déclaration d’amour à une œuvre culte, un cadeau réalisé par des fans pour des fans empreint d’une belle générosité et d’une indéniable efficacité.

Loris Colecchia

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HALLOWEEN, 40 ans plus tard - Critique
Titre original : Halloween
Réalisation : David Gordon Green
Scénario : Danny McBride, David Gordon Green, Jeff Fradley, d'après les personnages créés par John Carpenter et Debra Hill
Acteurs principaux :Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak, Haluk Bilginer, Nick Castle, Will Patton
Date de sortie : 24 Octobre 2018
Durée : 1h49min
3.0Six Trouilles
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HALLOWEEN, 40 ans plus tard – Critique

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