Phénomène horrifique du moment, explosant le box-office américain, Sans Un Bruit fait indéniablement parler de lui. Après une étrange sortie repoussée en France, le voilà qu’il débarque enfin, avec un paquet de semaines de retard sur les autres pays.

L’horreur et le fantastique sont revenus à la mode. Commercialement et auprès des critiques ou du public. Sous l’impulsion notamment de Jason Blum (producteur de Get Out, Insidious, des derniers Shyamalan), le cinéma de genre arrive même à se frayer une place parmi les prétendants aux Oscars ! Dans cette mouvance fortement agréable pour nous, spectateurs, des projets comme Sans Un Bruit voient le jour. S’il n’est pas estampillé Blumhouse Productions, le film de John Krasinski n’est pas loin d’en reprendre la recette. Un budget modéré (17 millions), un concept inventif et un profond désir de proposer du cinéma ancré dans un genre. Dans un monde légèrement apocalyptique, des monstres répandent la terreur. Aveugles mais dotés d’une ouïe sur-développée, ils traquent quiconque émet le moindre petit bruit. Les quelque survivants doivent adapter leur mode de vie et sont réduits au silence pour espérer survivre. C’est le cas de la famille Abbott. Puis, puisque des monstres ne suffisent pas, le film leur colle un trauma collectif pour ne rien arranger. Puis aussi une future naissance.Photo du film SANS UN BRUITLe problème de Sans Un Bruit est vite décelable : son scénario grossier. Hormis le concept qui permet de belles possibilités (nous y reviendrons), le film se permet d’accumuler les ficelles faciles pour jouer sur des émotions artificielles. Tout le long, le spectateur se pose tout un tas de questions qui discréditent l’édifice. La principale étant : pourquoi faire un gamin dans un monde aussi dangereux ? Une idée totalement saugrenue, destinée à nous mener à la fameuse scène de l’accouchement et à résoudre le trauma initial – compenser la perte d’un autre enfant. Tout un tas d’effets, dont le fameux clou maléfique, viennent s’ajouter à une idée initiale déjà tellement puissante qu’elle pouvait se suffire à elle-même afin de construire autour un pur récit de survie minimaliste, dont le seul enjeu logique serait pour ces parents de protéger leurs marmots. Le film se refuse à une forme de retenue, qui aurait probablement décuplée ses ambitions émotionnelles par ailleurs. La jolie scène de la cascade aurait gagné, par exemple, à se poser comme un unique sas de décompression plutôt qu’à ressasser l’impact du trauma sur la cellule familiale.

Hormis toutes ses lacunes narratives, Sans Un Bruit fonctionne indéniablement grâce aux scènes d’horreur/action. 1h30, de la générosité dans l’utilisation des monstres, un rythme bien dosé… Nous sommes bien devant une série B mainstream rondement menée. Les possibilités offertes par le silence ne sont pas toujours exploitées de fond en comble – notamment en ce qui concerne la surdité de la gamine – mais le film ne se ménage pour offrir du spectacle. Emily Blunt en tête donne tout pour que l’entreprise marche. Sans Un Bruit est un film d’horreur efficace mais il lui manque sa grande scène pour franchir un palier en terme de spectacle. La scène de l’accouchement est bizarrement expédiée alors qu’elle semblait planifiée et étiquetée pour être LA grande scène choc qui va s’implanter dans nos mémoires. Jusqu’à la dernière seconde, le film semble s’auto-brider, ne nous offrant qu’une demi-conclusion. Une fin ouverte, pour amorcer commercialement et scénaristiquement une probable suite, plutôt qu’un final digne de ce nom. Beaucoup de bruit pour pas grand chose ? La formule est facile, certes. Mais au moins autant que ce que le film propose dans son contenu.

Maxime Bedini

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SANS UN BRUIT, beaucoup de bruit pour pas grand chose - Critique
Titre original :A Quiet Place
Réalisation : John Krasinski
Scénario : Scott Beck, John Krasinski, Bryan Woods
Acteurs principaux : Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds
Date de sortie : 20 juin 2018
Durée : 1h30min
2.0Note finale
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