Petite devinette : Quel est le point commun entre le camion maléfique de Duel, le premier film de Steven Spielberg, et le robot boxeur entraîné par Hugh Jackman dans Real Steel ? Ils sont tous deux nés de l’imagination d’un écrivain visionnaire, Richard Matheson, ayant enrichi la littérature américaine de plus de deux-cents nouvelles ou romans touchant à la , l’horreur comme le polar. En soixante-ans de carrière, ce conteur moderne de la solitude et de la fatalité, a bien entendu était courtisé par le cinéma et la télévision. Scénariste pour La Quatrième Dimension et Star Trek dans les années soixante, il collabore avec Roger Corman à la même époque, pour formater les nouvelles d’Edgar Allan Poe en une série de huit films; de quoi marquer profondément l’imaginaire collectif de l’Amérique, et influencer les jeunes cinéphiles qui deviendront George Romero, Chris Carter et Stephen King dans les décennies suivantes. Pour rendre hommage au lien par lequel Matheson passait de l’écrit à l’écran, je vous propose une liste de cinq adaptations de ses nouvelles ou romans.

 

L’HOMME QUI RÉTRÉCIT
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Sorti en 1957, réalisé par , avec Grant Williams, Randy Stuart et April Kent
A la suite d’une contamination radioactive, un homme voit avec effarement son corps diminuer de taille. A tel point qu’il devient la proie d’un chat puis d’une araignée. Courageusement, il part à la découverte de son univers.
Première adaptation d’un roman de Matheson sur grand écran, L’Homme qui rétrécit est depuis devenu un classique du film d’aventure aux Etats-Unis, ayant cela de remarquable qui ne se déroule pas dans les décors conventionnels d’une jungle ou de quelconque extérieur sauvage et hostile, mais à l’intérieur d’une maison. Cet environnement pourtant familier pour la plupart des spectateurs, trouve ici une apparence nouvelle pleine de pièges et de dangers, dont le spectaculaire est accentué par le jeu visuel sur les proportions, et l’utilisation d’accessoires hors norme. Dans les années cinquante, faute de barnum numérique, les techniciens durent fabriquer plusieurs versions de ces décors et accessoires, à des échelles différentes correspondant aux étapes du rétrécissement du héros. A noter qu’Alexandre Payne prépare un hommage à ce classique intitulé Downsizing.

 

JE SUIS UNE LÉGENDE
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Sorti en 1964, réalisé par Sidney Salkow et Ubaldo Ragona, avec , Franca Bettoia et Emma Danieli
Le docteur Morgan, désormais seul humain dans une ville victime d’une pandémie et dont les habitants présentent tous les symptômes du , part quotidiennement en liquider quelques uns avant de rentrer se barricader chez lui à la tombée de la nuit.
Bon nombre de critiques littéraires considère Matheson comme l’inventeur du mythe moderne du , par la dimension d’invasion urbaine qui l’éloigne aujourd’hui de ses racines haïtiennes. Si cette adaptation italienne de 1964, présente les créatures comme des vampires par les caractéristiques classiques (soleil néfaste, soif de sang), leur déambulation ainsi que l’acculement du survivant dans un lieu barricadé, jette les bases de la Nuit des morts-vivants et autre Walking Dead. Charleton Heston reprendra le rôle dans Le Survivant sept ans plus tard, dont les variations dans la représentation post-apocalyptique valent le coup d’œil; même si cette deuxième adaptation, comme celle de Francis Lawrence en 2007, oublie le déplacement de point de vue vers la secte des infectés, qui proposait une réflexion sur la notion de civilisation tout en justifiant le titre original du roman.

 

LA MAISON DES DAMNÉS

Sorti en 1973, réalisé par John Hough, avec Pamela Franklin, Roddy McDowall et Clive Revill
Afin de découvrir les mystères de « la maison des damnés », une équipe composée d’un couple de physiciens, d’une médium et d’un survivant s’enferme pendant une semaine dans cette maison d’où l’on ressort soit mort, soit fou.
Contrairement aux deux films cités plus haut, le scénario de La Maison des Damnés n’a pas été signé par l’auteur du roman d’origine. A cette période, Matheson enchaînait les récits d’ pour la télévision, et préféra ainsi laisser cette adaptation à une équipe d’anglais, car ce vieux pays hanté était alors le bastion du genre grâce notamment aux productions de la Hammer et de la Amicus. Grâce à ce décorum riche en brume et en portes qui grincent, l’écrivain dépoussière un type de récit classique en y mêlant les approches psychologiques et parapsychologiques. Les années soixante-dix ont marqué le film de leur griffe, par l’atmosphère exacerbée qui matérialise toute la sensuelle émanant des personnages féminins.

 

AU-DELÀ DE NOS REVES

Sorti en 1998, réalisé par Vincent Ward, avec , Cuba Gooding Jr et Annabella Sciorra
La mort de leurs enfants a éloigné Chris de sa femme Annie. Quand à son tour il décède, Chris renaît dans une contrée illimitée, née de son imagination et dont les peintures d’Annie dessinent les contours. Un monde de révélations, et d’émotions contradictoires.
Voici une autre facette de Matheson : le sentimental; facette déjà exploitée par le cinéma en 1980 par Quelque part dans le temps, mélodrame dans lequel une relation amoureuse devait se montrer à l’épreuve de voyages dans le temps. Au-delà de nos poursuit les questionnements sur la fatalité chers au romancier, en infligeant cette fois à son personnage principal une lutte à contre-courant du monde des morts vers le monde des vivants, inspirée des mythes d’Orphée et de Béatrice. A sa sortie, cette adaptation représentait un tour de force technique, et bien qu’elle fut considérée comme un tire-larme facile et un peu grotesque; elle mérite l’intérêt des amateurs de fantastiques pour le caractère dantesque (c’est le cas de le dire) de son univers visuel.

 

THE BOX

Sorti en 2009, réalisé par , avec Cameron Diaz, James Marsden et Frank Langella
Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu’au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l’énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu’en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d’un inconnu.
De la part d’un scénariste de la Quatrième Dimension et de Duel, on peut s’attendre à des concepts particulièrement tordus dont les protagonistes principaux peinent à s’extirper. C’est justement pour la célèbre série fantastique que Matheson avait rédigé le script de , avant que Richard Kelly, jeune prodige adepte de paradoxes temporels et de relations de cause à effet, signe cette adaptation dont il va hélas dénaturer l’efficacité du concept en complexifiant la narration. Même s’il n’est pas toujours évident de démêler le postulat métaphysique de l’oeuvre; par la présence iconique de Frank Langella et par sa façon de dilater certaines plages de l’espace-temps, ce film possède un attrait Lynchien qui vaut le détour.

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