Junk World

Paris International Fantastic Film Festival 2025 : les 11 films à retenir

Dernière mise à jour:

Du 10 au 16 décembre 2025, le PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL donnait rendez-vous aux amateurs de cinéma de genre, en tous genres. Retour sur une programmation éclectique à travers 11 films poétiques, drolatiques, caustiques, terrifiques et bien entendu fantastiques.

REDUX REDUX

Redux redux 1155x720 1
Copyright Saban Films

Dans chaque réalité du multivers où elle fait escale, Irene n’a qu’un objectif : répéter l’exécution du pédocriminel qui a tué sa fille. L’analogie est claire et bien trouvée, elle met l’argument science-fictionnel au service des thématiques du processus du deuil et de l’impasse de la vengeance. Les Frères McManus revendique l’influence du premier film TERMINATOR sur REDUX REDUX, puisqu’au gré des circonstances, la mère vengeresse embarque dans ses voyages interdimensionnels une adolescente, victime potentielle du pervers.

Le principe de multivers entrainant ici des variations très subtiles, le décor de cette fuite perpétuelle reste celui d’une Californie contemporaine, avec ses stations-service et ses zones désertiques évoquant effectivement le premier chef-d’œuvre de James Cameron et autres films de genre et d’action des années 80-90. Mais la dynamique du duo féminin fonctionne moins comme celle de Kyle Reese et Sarah Connor, que comme la relation parentale de substitution du T800 et de John Connor dans le deuxième opus. Sans afficher le tour de biceps de Schwarzenegger, Michaela McManus (sœur des réalisateurs) s’impose en protagoniste à la fois intimidante et émouvante, et la jeune Stella Marcus lui tient clairement la dragée haute.

INFLUENCERS

Capture decran 10963
Copyright Shudder

Suite directe d’INFLUENCER, du même réalisateur, présenté au PIFFF en 2022, cet opus dont l’affiche nous présente la psychopathe de service couverte de sang, s’ancre pourtant moins dans le genre du slasher que dans celui du thriller glamour, façon PLEIN SOLEIL et autres mascarades de Tom Ripley et de ses héritiers plus ou moins légitimes. Et c’est justement là que le bât blesse, car Kurtis David Harder ne garde de ce type de récit qu’un vernis sexy lourdingue, proposant des séquences (surtout celles tournées en France) dignes d’une pub pour un parfum ou un guide de voyages.

Les vingt dernières minutes rattrapent un peu l’affaire en laissant se déchaîner le fun et la méchanceté qu’on attendait de ce jeu de massacre dans un milieu vulgaire et superficiel. Le réalisateur assume enfin un ton après avoir trop longtemps hésité avec les degrés de sérieux et de maniérisme du thriller.

THE LAST VIKING

Capture decran 10964
Copyright Rolf Konow

S’il n’a réalisé que six longs-métrages, Anders Thomas Jensen est un des scénaristes les plus sollicités au Danemark, pour son humour noir et son talent pour les personnages marginaux et excentriques. Talent exprimé ici avec le personnage de Manfred/John persuadé d’être John Lennon, ce qui n’arrange pas les affaires de son frère Anker, comptant sur lui pour retrouver le butin d’un casse enterré près de la maison de leur enfance.

John et Anker sont interprétés par Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, les acteurs fétiches du cinéaste, et entraînent avec eux une constellation de personnages secondaires tous plus truculents et attachants les uns que les autres. Car c’est dans ce traitement des personnages que réside le charme de THE LAST VIKING, on sent que Jensen les aime tous et nous invite à comprendre et à apprécier leur folie et leur différence. Un point de vue sur une humanité dysfonctionnelle qui garantit au final un parfait équilibre entre humour absurde trash et humeur feel good.

CRAZY OLD LADY

Capture decran 10965
Copyright StudioCanal

Le huis clos est un exercice délicat, d’autant plus quand il repose sur deux personnages : Pedro, un quadragénaire séquestré par Alicia une vieille dame sénile, confondant sa moustache avec celle de son amour de jeunesse. Même si la mamie en question est incarnée par la légendaire Carmen Maura, dansant, récitant des vers de Phèdre et alternant œillades charmeuses et remarques grivoises, on peut craindre au bout d’une demi-heure que l’exercice tourne court parce que trop verbeux et manquant d’un potentiel genrifique digne d’un festival comme le PIFFF.

Heureusement, Martín Mauregui relance régulièrement les enjeux de son thriller psychologique en incluant la fille et la petite-fille d’Alicia dans l’histoire, notamment lors d’une séquence de cauchemar aussi poétique qu’oppressante. Un cauchemar symbolisant l’histoire que nous dévoile progressivement Alicia entre délires violents et brefs instants de lucidité, celle d’une femme de sa génération hantée par une relation toxique, réveillant ainsi les traumatismes de la dictature militaire et phallocrate en Argentine.

APPOFENIACS

Capture decran 10966
Copyright PIFFF 2025

Difficile de comprendre la misogynie d’APPOFENIACS, dont le scénario relie les lignes temporelles et les trajectoires de ses personnages autour de l’argument d’une intelligence artificielle, génératrice d’images troublantes de réalisme. Le problème des deep fakes représente pourtant un sujet prometteur pour le cinéma de genre, du techno-thriller à la science-fiction paranoïaque, en passant comme ici par la comédie féroce.

Mais féroce envers qui ? Les riches ? Les puissants ? Les superficiels ? Les personnalités toxiques de la tech ? On ne saisit pas vraiment pourquoi Chris Marrs Piliero focalise sa vision cynique et méchante sur ces personnages, et du coup on ne comprend ni les réactions de ces derniers, ni les enjeux supposés régir et assembler les différents segments. A l’instant d’INFLUENCERS, le film gagne quelques points de sympathie dans le quart d’heure final gore, inventif et fun, qui ne rachète pas pour autant le côté « petit malin » du projet, pas loin de paraître prétentieux.

SILENCE

Capture decran 10967
Copyright PIFFF 2025

Après SKINS et LA PIETÀ, l’espagnol Eduardo Casanova poursuit son œuvre queer et rococo avec un format atypique, une mini-série de trois épisodes regroupés pour le grand écran en un moyen-métrage de 57 minutes. Trois épisodes pour un histoire de trauma familial en trois actes et trois époques, de la peste noire jusqu’au vingt-et-unième siècle, car la longévité des vampires permet à Casanova de s’amuser avec les styles, les modes, pour composer son univers flamboyant et coloré.

SIDA, toxicomanie, amours contrariées, SILENCE entremêlent les drames qui nous rappellent à notre mortalité en gardant une énergie folle et un humour irrévérencieux pour tenir à distance le pathos et le sordide. Porté par ses personnages féminins éprouvées par la vie mais d’une force incroyable, cette symphonie de la résilience, commence par nous faire rire et frémir, pour nous faire fondre en larmes au final, autant grâce à sa beauté formelle que sa beauté spirituelle. 

DOLLHOUSE

Capture decran 10968
Copyright Sato Company

Et vous prendrez bien un peu d’horreur japonaise ? Alors oui, à condition que le film proposé renouvelle un tant soit peu le concept d’objet hanté, surtout quand l’objet en question est une poupée, une de plus dans le cinéma d’horreur. On pouvait justement espérer que Shinobu Yaguchi réussisse à s’approprier ce schéma de récit en s’attardant sur les émotions des protagonistes, un couple endeuillé par la mort de sa fille. La première demi-heure permet ainsi d’installer le drame intimiste avec la pudeur adéquate, et on se dit que plus l’écriture psychologique sera soignée, plus l’élément surnaturel en approche nous paraitra perturbant et nuisible pour les nerfs.

Hélas, plus la poupée révèle son caractère maléfique, plus le film perd en subtilité et en retenue pour devenir un catalogue de tropes et d’effets clichés de la J-Horror. L’aspect grotesque voire dérisionnel perçant à certains moments dans la deuxième moitié du film, permet tout de même de rafraîchir un peu le spectacle, mais ne chasse pas totalement notre impression de voir une formule éculée, bloquée dans les années 2000.

FUCK MY SON !

Capture decran 10970
Copyright PIFFF 2025

Chaque année au PIFFF, la « séance interdite » du samedi soir, est réservée au film le plus déjanté, transgressif et bien souvent le plus dégoutant de la programmation. Cette année, c’était à l’américain Todd Rohal que revenait la tâche de choquer et d’amuser du même coup le public parisien avec FUCK MY SON ! dont le titre subtil et poétique annonce déjà la couleur. Comme pour CRAZY OLD LADY, on peut parler de « geriatric horror » où la protagoniste se retrouve également séquestrée par une vieille dame dangereuse ; mais la comparaison s’arrête là car le degré de potacherie et d’obscénité de ce petit film indépendant ne connait guère de comparaison. Adapté d’un comics underground et foutraque signé Johnny Ryan, le délire de Rohal trouverait peut-être des concurrents dans sa catégorie parmi quelques productions Trauma oubliées, dont l’humour particulier ne peut pas être apprécié par n’importe qui, n’importe quand.

Alors de la potacherie et du mauvais goût assumé pourquoi pas, mais là en l’occurrence ça ne va nulle part, la transgression n’apporte aucune réflexion et les évènements dramatiques supposés avoir un impact émotionnel, donnent surtout l’impression que le réalisateur ne sait pas quoi raconter une fois son improbable postulat posé. Et ce n’est certainement pas l’usage d’images générées par IA qui donnera l’impression d’un projet maitrisé.

MĀRAMA

Capture decran 10969
Copyright The Sweetshop

L’intérêt d’un festival international est de découvrir des œuvres atypiques venus des quatre coins du globe, et cette année, on retiendra la venue de Taratoa Stappard, réalisateur néo-zélandais, dont le premier long-métrage MĀRAMA revitalise le thriller gothique par l’apport de la culture maori. Mārama est une jeune femme maorie que les recherches sur sa famille biologique amènent jusqu’à un manoir du Yorkshire.

Le réalisateur-scénariste a eu l’intelligence de ne pas confronter sa protagoniste à un racisme frontal et agressif, mais d’installer la tension d’une domination sociale et d’un paternalisme étouffants dans les intérieurs feutrés du décor typiquement gothique. Et ce ne sont pas la violence larvée et la photographie léchée qui vont bousculer ce décorum bien connu des amateurs de fantastique. Non, l’honneur revient au personnage central dynamitant l’archétype de l’héroïne gothique pour se révéler justicière badass, de celles qu’on attend plutôt dans les rape and revenge. En rendant hommage à ses ancêtres, Stappard invoque les fantômes de l’Histoire coloniale dans le female rage actuel.

THE HOLY BOY

3cb2292051d3e2ba2ff603120e7d2c9c
Copyright Fandango

Lors de la cérémonie de clôture, le Prix du Jury Ciné+ Frisson a été attribué à THE HOLY BOY de Paolo Strippoli, qu’on peut considérait comme une fable fantastique où un adolescent capable d’ôter les souffrances psychiques chez ceux qui l’étreignent, devient une sorte de saint pour une petite ville des Alpes italiennes. Une bonne nouvelle pour le cinéma de genre italien qui reprend des couleurs ses derniers temps (ORFEO de Virgilio Villoresi​​ et THE FORBIDDEN CITY de Gabriele Mainetti était également au programme de cette édition) après des années de disette.

Au-delà des thématiques de la croyance et du miracle implantées ici dans la culture catholique latine, THE HOLY BOY brasse également les douleurs du deuil, de l’adolescence et de la pression sociale grâce à une relation intense et complexe entre un professeur et un élève. S’il souffre peut-être des quelques longueurs dans sa dernière partie, le troisième long-métrage de Strippoli installe une atmosphère inquiétante où alternent les séquences vraiment flippantes et les moments de tristesse dévastateurs. Quoi de plus terrifiant et de plus triste qu’un mal, une menace démoniaque incarnée dans un être aimé par le protagoniste et qui suscite notre empathie ?

JUNK WORLD

Capture decran 10971

Et cette année, l’Œil d’or revient à JUNK WORLD, prequel de JUNK HEAD qui à la manière de la prélogie STAR WARS et de FURIOSA, élargit le lore de son univers sous prétexte de raconter l’origin story d’un personnage. Le public du Max Linder a donc plébiscité ce film d’animation dont la stopmotion est d’autant plus fascinante que les animateurs·trices n’étaient que six pour abattre ce travail monstre. Difficile de définir succinctement l’univers de Takahide Hori, où s’entremêlent cyberpunk, post-apo, science-fiction militaire, pour donner justement cette impression de foisonnement, de gigantesque foutoir où les formes semblent en perpétuel mutation.

Et ainsi, JUNK WORLD nous apparaît en créature mutante, dérivant de la page de bande-dessinée façon Métal Hurlant et du film en prise en vues réelles, jusque dans la temporalité de son récit en boucles temporelles et dimensionnelles, ouvrant de nouvelles possibilités physiques et métaphysiques. Si dans cette histoire de vaisseau échoué et d’équipage perdu en territoire hostile, l’accumulation de péripéties nous fait parfois perdre de vue les enjeux globaux, on reste fascinés devant la direction artistique prodigieuse, en se demandant quelles idées de design l’équipe va trouver pour le troisième opus de la trilogie déjà annoncé.

Auteur·rice

Nos dernières bandes-annonces

S’abonner
Notifier de
guest

0 Commentaires
le plus récent
le plus ancien le plus populaire
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
0
Un avis sur cet article ?x