Photo du film Les Musiciens
Crédits : Pyramide Distribution

Les Musiciens, l’harmonie est-elle une affaire de musique ?

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Les Musiciens (Grégory Magne, 2024) est une comédie aux allures de vaudeville qui raconte l’histoire d’Astrid (Valérie Donzelli) et de son souhait d’honorer son défunt père en faisant jouer pour la première fois quatre Stradivarius, des instruments d’exception.

Le film emprunte au cinéma choral, tant par la diversité ses personnages que par l’intrication, plus ou moins délicate, de leurs intrigues. Mais il délaisse la complexité souvent associée au genre au profit d’une légèreté comique qui n’est pas sans rappeler la comédie de mœurs. Ici, les nombreux personnages se retrouvent réunis autour d’un événement commun : le concert qui doit tous les rassembler. Cette échéance donne à l’intrigue son dynamisme et permet de faire monter progressivement les enjeux. Les Musiciens parvient ainsi à proposer un récit engageant, drôle et divertissant autour de la musique classique. C’est cependant une thématique bien plus dramatique et universelle qui va dominer ce long métrage : la quête de sens.

Deux univers qui percolent

Les Musiciens capte d’abord notre attention grâce à un savant mélange, esthétique autant que conceptuel, entre deux mondes que tout oppose. D’un côté, celui des affaires, représenté par le frère de la protagoniste (Nicolas Bridet), qui a repris la direction de l’entreprise familiale. Sans surprise, c’est le monde du pragmatisme et de la logique, auquel Astrid n’appartient pas. Elle est une rêveuse pour qui un tel concert se situe, par nature, au-delà de toute considération utilitariste ou boursière.

De l’autre, le monde de la musique, incarné par les quatre solistes qui doivent jouer sur ces Stradivarius inestimables, ou presque. Mais cet univers n’est pas davantage celui d’Astrid.

Si le film fonctionne, c’est notamment parce qu’il adopte majoritairement le point de vue de deux personnages qui n’appartiennent pleinement à aucun des deux mondes qui s’affrontent : la protagoniste, d’abord, interprétée avec justesse par Valérie Donzelli, mais aussi le compositeur solitaire Charlie Beaumont, brillamment incarné par Frédéric Pierrot.

C’est le morceau de ce même Charlie Beaumont qui est retenu pour être joué par ce quatuor d’instruments de légende. Astrid fait donc appel à lui, dans l’espoir de parvenir à diriger un groupe de fortes personnalités qui peine à travailler ensemble et à trouver l’harmonie.

Un film en deux temps : saccadé pour mieux atterrir

La première partie du film, avant l’arrivée du compositeur, parvient à installer une intrigue dynamique. Pourtant, on comprend assez rapidement que c’est ce personnage central qui va donner au récit toute sa portée. Il donne du sens non seulement à son œuvre, sur laquelle les musiciens s’épuisent depuis des jours, mais aussi, dans un mouvement presque métatextuel, au film lui-même. Par sa présence, Frédéric Pierrot vient donner une direction à une œuvre qui en manquait jusque-là. Car il ne s’agit plus simplement de parvenir à jouer un morceau ou d’honorer un père défunt : le compositeur apporte avec lui cette quête béante de sens et d’harmonie.

Frédéric Pierrot est particulièrement convaincant dans le rôle de ce compositeur qui a perdu la passion de son métier. Sa quête devient alors le moteur émotionnel du film : c’est cet homme d’âge mûr à qui l’on offre le plus beau des cadeaux, mais qui se révèle incapable d’en être heureux.

Derrière les chamailleries et les difficultés d’un quatuor à trouver son harmonie, Les Musiciens finit donc par raconter quelque chose de bien plus intime. Si jouer ensemble suppose de trouver un accord entre des sensibilités différentes, la musique ne suffit pas pour autant à combler les manques de ceux qui la pratiquent. Charlie Beaumont en est l’illustration la plus frappante : lui qui devrait trouver dans son art une source d’épanouissement semble incapable d’y puiser la moindre joie.

Comme quoi, il ne suffit pas de réunir quatre Stradivarius pour faire de la musique, pas plus qu’il ne suffit d’avoir tout pour être heureux.

Auteur·rice

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