Photo du film DOGMA
Crédits : D.R.

Dogma : ni tout à fait comédie, ni tout à fait film d’action

IMDb7.3/10Letterboxd3.6/5Metacritic62/100Rotten Tomatoes72%
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Kevin Smith commence son film par un avertissement à moitié sérieux, priant le public de ne pas s’offenser. Vingt-sept ans plus tard, Dogma n’a plus grand-chose de choquant. Ce qui reste, en revanche, c’est un film qui ne sait jamais tout à fait sur quel pied danser.

Dogma (Kevin Smith, 1999) est un film étrange. Assez peu connu du grand public, il rassemble pourtant des têtes d’affiche comme Matt Damon et Ben Affleck, ou encore le grand – et regretté – Alan Rickman.

On y suit deux anges déchus sur Terre, Loki (Matt Damon) et Bartleby (Ben Affleck), qui veulent profiter d’une sorte de flou juridique dans les lois divines pour regagner leur place perdue au paradis. Leur retour est toutefois impossible sans remettre en cause l’infaillibilité de Dieu et, par conséquent, risquer de détruire la réalité elle-même. Pour les en empêcher, la hiérarchie céleste, représentée notamment par le Metatron (Alan Rickman), trouve l’élue : une jeune femme du nom de Bethany (Linda Fiorentino) qui devra, bien malgré elle, retrouver puis arrêter notre duo d’anges.

Réalisé par Kevin Smith, le film commence par un long disclaimer à moitié sérieux, à moitié drôle, priant les spectateurs de ne pas s’offenser de ce qu’ils vont voir. Une approche non sans rappeler Rabelais, qui nous prévenait dans le prologue de Gargantua qu’il ne fallait pas s’arrêter aux blagues graveleuses que l’on trouve en surface, mais bien identifier le sous-propos critique qui, déjà à l’époque, avait notamment pour cible le monde ecclésiastique. Cette approche historique est presque plaisante : le film devient ainsi une forme moderne du roman, embrassant jusqu’à son formalisme, avec le disclaimer qui fait office de prologue.

Cette « notice » a principalement deux effets. Dans un premier temps, ça nous fait douter de la qualité de l’œuvre que l’on s’apprête à voir. En effet, pourquoi un artiste aurait-il besoin d’avertir son audience de l’œuvre qu’elle s’apprête à découvrir ? L’émotion que l’on ressent devrait-elle être guidée par une quelconque alerte ? N’en serait-elle pas nécessairement amoindrie, puisqu’elle ne serait plus totalement immanente, mais en quelque sorte préparée, donc moins authentique ? Une dernière interrogation naît de ce disclaimer : ne faut-il pas laisser à l’œuvre toute la liberté d’émouvoir ?

La seule raison qui semble avoir du sens est qu’à l’image de Rabelais au XVIe siècle, la place de l’Église, et par conséquent son pouvoir, était beaucoup plus importante dans la société et notre imaginaire commun. Il fallait donc prendre des précautions, notamment face au risque de censure. Dans un second temps, il faut avouer que ça crée de l’attente, ça excite : on se demande bien quels sacrilèges, blasphèmes et autres blagues foireuses ont dû être mis en scène pour justifier un tel avertissement.

Dogma est également un film étrange car il peine à s’imposer tantôt comme une comédie loufoque, tantôt comme un film d’action fantastique. Kevin Smith a pourtant clairement voulu jouer sur ces deux tableaux, sans toutefois réussir à totalement servir son propos sur l’un comme sur l’autre.

Du point de vue comique, Dogma repose majoritairement sur une désacralisation parfois drôle des « idoles » catholiques en général, et sur quelques personnages assez loufoques. Presque chaque scène propose une relecture critique de dogmes ou d’un autre pan de la culture catholique, en mettant en scène des situations et des personnages parfois bien graveleux. On rit parfois, mais 27 ans après sa sortie, on est loin d’être choqué, et Dogma ne fera offense aujourd’hui qu’aux plus anciens d’entre nous. C’est là qu’on se rend compte de l’aspect iconoclaste de l’ensemble des films qui sortent en salles depuis trente ans, à tel point qu’un long métrage comme Dogma, qui pourtant se définissait notamment par sa description « trash » de la religion catholique aux États-Unis, semble somme toute assez léger en termes de satire.

Pour la partie action et aventure fantastique, Kevin Smith parvient à mettre en place une hiérarchie céleste claire, avec des personnages aux pouvoirs divers, ce qui rend l’histoire dynamique. On veut en découvrir davantage dès qu’un nouvel élément fantastique est ajouté à l’histoire. Tout le worldbuilding, qui s’appuie en détail sur la Bible, est réalisé avec passion et ça se voit. La montée graduelle des enjeux est elle aussi bien amenée : le spectateur démarre avec divers groupes de personnages éparpillés qui, assez naturellement, se regroupent à mesure que les enjeux s’intensifient.

Dogma est un film intéressant. On pense tomber dans une comédie et on y trouve son compte en majeure partie. On se fait toutefois surprendre par la portée de l’intrigue arrivée aux deux tiers du film, et on se rend compte qu’on est plutôt dans un film d’action dramatique, avec des scènes d’action à l’ambition des grands blockbusters, mais sans le budget d’effets spéciaux qui va avec.

Auteur·rice

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