Massacré par des rumeurs avant sa sortie et pas aidé par une campagne promotionnelle inhabituellement calme, Justice League est malgré tout visible dans les salles obscures comme prévu dès ce 15 Novembre 2017.

Annonces de « reshoots » par son scénariste Joss Whedon, qui a été appelé à la rescousse pour finir le film suite au drame familial touchant Snyder avant la fin du tournage, rumeurs d’une fin modifiée, projections de presse restreintes affublées d’un embargo à respecter jusqu’au petit matin du jour même de sa sortie, il n’en fallait pas moins pour que les détracteurs condamnent d’emblée ce JUSTICE LEAGUE au même titre que l’échec Suicide Squad. Pourtant, force est de constater au terme des deux heures du métrage, que le résultat n’est ni une mauvaise surprise pour les fans, bien que toujours pas une bonne pour les autres. Suite directe de Batman v Superman, JUSTICE LEAGUE pourrait être tout simplement un nouveau film Batman, tant le héros campé par Ben Affleck est omniprésent et fait même office de fil conducteur narratif. C’est lui qui se charge de recruter les autres super-héros afin de former une super équipe pour mieux contrecarrer les plans d’un super méchant 100% numérisé au taux charismatique atteignant pour sa part les 0%. Scellé dans un sommeil il y a de cela des décennies, le bougre revient avec fracas et son armée, pour tout simplement détruire notre planète.

Oui, vous avez bien lu, nous sommes en 2017 et les scénaristes continuent de nous ressasser cette histoire éternellement classique et vue mille fois, au cinéma ou dans un jeu vidéo. L’excuse de vouloir rester fidèle au comics d’origine est d’autant plus irrecevable lorsque des auteurs comme Sam Raimi ou Christopher Nolan se sont déjà emparés de la figure du super-héro en la transcendant via leur sensibilité personnelle et une vision artistique nouvelle. Le constat est très simple et en toute lucidité, l’histoire de ce JUSTICE LEAGUE est d’une débilité confondante, à peine chamboulée par un invité mystère dont le retour se voyait venir comme un 747 atterrissant en rase campagne dans un champ de vaches.

2017 à Ghotam City, l’homme porte des collants, la femme une armure.

Plus saupoudré d’humour qu’auparavant, le film a toutefois le bon goût de ne pas trop se prendre au sérieux. L’un des plaisirs bien réel, toute proportions gardées évidemment, étant celui de retrouver Gal Gadot en armure de Wonder Woman. Si le personnage d’Aquaman demeure finalement assez effacé et pas aussi ridiculement traité que l’on aurait pu le craindre, JUSTICE LEAGUE fait également office de sympathique introduction au personnage de Flash, qui aura le droit à son propre film dès 2018. Pour le reste, les effets visuels débordent et le spectacle abrutissant se montre assez généreux sur deux heures de bobine, ce qui rassasiera sans doute les fans hardcore qui pourront apprécier également un tempo assez rythmé. Pas le temps de niaiser, après avoir formé l’équipe, on part tout de suite casser du vilain et des décors. Une efficacité non négligeable qui transforme ce JUSTICE LEAGUE en un objet hybride jubilatoire pour ceux ayant accepté de se prêter au jeu.

“Pas une mauvaise surprise pour les fans hardcore, ni une bonne pour les autres.”

En outre, le film n’a pas été aidé par un timing ne le positionnant pas dans des conditions idéales par rapport aux autres films de super-héros. Alors que le rival Marvel avait pris de l’avance concernant les joyeuses réunions de famille au sein du même film (Avengers et le récent Thor Ragnarok par exemple), Batman v Superman faisait office de timide apéro, tandis que Suicide Squad se plantait avec ses bad guys et une post production de charcutier. La sensation de surprise est donc éventée et n’apparaît plus comme un argument suffisant pour attirer les spectateurs. Un mot concernant le thème musical des Batman de Tim Burton, repris ici par Danny Elfman himself lors d’une séquence : il n’avait rien à faire ici.

Enfin, écrire sur ce JUSTICE LEAGUE est également l’occasion de rendre hommage au tout début de carrière d’un jeune metteur en scène extrêmement prometteur nommé Zack Snyder. Réalisateur d’un remake audacieux du Dawn of the Dead de George Romero puis de l’un des meilleurs films de super-héros aujourd’hui encore jamais tourné, n’en déplaise à son auteur Alan Moore et ses fustiges (Watchmen), l’homme ressemble désormais à un adolescent survolté de 50 ans, tristement enlisé dans un système ultra formaté où les maître mots sont « dollars » et « cahier des charges à respecter ». Son nom à la réalisation n’est plus un gage de qualité ou de quoi que ce soit d’autre, tant ses derniers films, depuis la déception Man of Steel, qui se devait d’être le nouveau “Dark Knight”, ressemblent à des films de producteurs en plus de se ressembler tous. Ce troisième film DC Comics achevé dans la douleur, Snyder se tourne désormais vers un avenir déjà tout tracé par une grosse machine dont il est l’un des conducteurs et aperçu via des séquences post-générique final annonçant toujours la suite.

Loris Colecchia

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[CRITIQUE] JUSTICE LEAGUE
Titre original : Justice League
Réalisation : Zack Snyder
Scénario : Chris Terrio, Joss Whedon
Acteurs principaux : Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Amy Adams
Date de sortie : 15 Novembre 2017
Durée : 2h00min
2.0Incassable
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