Photo de Strange Journey - The Story of Rocky Horror
Crédits : Magenta Light Studios

Strange Journey : un acte d’amour pour Rocky Horror, signé par le fils de son créateur

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Linus O’Brien retrace l’odyssée improbable de Rocky Horror Picture Show – de l’échec en salle en 1975 au culte planétaire. Et il le fait depuis l’intérieur, en fils du créateur, avec autant d’archives que d’amour.

Strange Journey : The Story of Rocky Horror est sorti fin 2025 pour coïncider avec le cinquantième anniversaire du film. Il a été réalisé par Linus O’Brien, fils de Richard O’Brien – créateur de la comédie musicale Rocky Horror, scénariste du film, et interprète original de Riff Raff, sur scène comme à l’écran. Disponible sur Apple, Amazon et Google Play, le documentaire retrace le parcours du phénomène depuis ses premières représentations londoniennes jusqu’à l’échec initial du film en salle, avant de dérouler comment il est devenu l’un des films cultes les plus durables de l’histoire du cinéma.

Cinquante ans d’un film qui refuse de vieillir

Rocky Horror est un film qui se laisse appréhender à plusieurs niveaux. En surface, c’est l’histoire d’un couple ordinaire – Brad (Barry Bostwick) et Janet (Susan Sarandon) – qui, après une panne de voiture, se retrouve dans une demeure hantée où l’étrange s’est installé à demeure. Cette rencontre du quotidien avec l’insolite est au cœur d’un film qui célèbre la liberté d’expression, en particulier sexuelle. Rocky Horror rend également hommage aux classiques de la science-fiction à travers ses personnages – le travesti Frankenfurter (Tim Curry), sa créature Rocky (Peter Hinwood) – et ses références assumées à Le Jour où la Terre s’arrêta, Planète interdite ou King Kong, que l’on retrouve jusque dans la musique, les costumes et le montage. Porté par des séances de minuit devenues légendaires, le film a engendré une culture participative unique : des fans qui se déguisent en personnages et accompagnent chaque projection en live, formant de véritables troupes de shadowcast à travers le monde. La comédie musicale, toujours en activité, continue elle aussi de faire vivre l’œuvre sur scène.

Un film d’amour à Richard O’Brien et à ses fidèles

Linus O’Brien aborde Strange Journey comme un message d’amour – d’abord à son père, ensuite aux fans de Rocky Horror. Le documentaire s’appuie sur une mine d’archives et laisse longuement la parole à Richard O’Brien, qui évoque la création et les mutations de l’œuvre à travers les décennies et les publics. Il y parle aussi, avec franchise, de sa lutte intérieure avec son identité sexuelle et de la façon dont elle irrigue son travail. Les entretiens avec l’équipe de production et les acteurs principaux – Jim Sharman, Lou Adler, Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Bostwick, Patricia Quinn et Little Nell – mettent en évidence l’écart entre leurs attentes d’origine et leur regard actuel sur le film. Par ailleurs, Strange Journey dit quelque chose d’essentiel sur le rôle du public dans la construction d’un mythe : c’est l’audience qui a fait de Rocky Horror ce qu’il est. Le film a été dédié à Sal Piro, fondateur et président du fan club officiel de Rocky Horror de 1977 jusqu’à sa mort en 2023. Jack Black figure également dans le casting et y évoque l’influence du film sur sa vocation : en voyant Meat Loaf (Eddie) chanter et danser à l’écran – malgré une ressemblance physique qui l’avait frappé –, il s’était convaincu qu’il pouvait faire de même.

Un voyage fascinant, mais incomplet

Strange Journey est un documentaire informatif et captivant. Linus O’Brien réussit à célébrer la nostalgie de Rocky Horror tout en réaffirmant sa pertinence aujourd’hui. La seule réserve à formuler tient à l’absence presque totale de la science-fiction dans le documentaire – un angle difficile à comprendre tant le film en est imprégné, des références visuelles aux archétypes narratifs. Entendre Richard O’Brien parler de la façon dont sa fascination pour ce genre a façonné son chef-d’œuvre aurait été précieux. C’est un manque réel dans ce qui reste, malgré tout, un voyage à ne pas manquer.

— Leonora CRAVOTTA

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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