Dix mois d’attente entre deux saisons en 2015. Vingt et un aujourd’hui. Derrière ce glissement silencieux, il y a une pandémie, des grèves historiques à Hollywood et des acteurs propulsés si haut qu’on ne peut plus les réunir. Le temps des séries a changé et les audiences, étonnamment, s’y sont faites.
Stranger Things, c’est l’une des premières séries que j’ai regardées sur Netflix. J’étais au collège, et je venais de recevoir mon premier ordinateur portable. À l’époque, il n’y en avait que pour les aventures de Mike Wheeler et ses copains. On était en 2018. C’est une tout autre personne qui leur a dit au revoir lors de la saison finale diffusée en janvier 2026. Cette bande de copains sortis des eighties, je les ai quittés alors que j’entamais ma première année de master. Un cas très personnel, qui reflète pourtant quelque chose de bien plus large : la production des séries prend bien plus de temps.
Il y a une dizaine d’années, l’écart moyen entre deux saisons d’un même programme était de 10 mois. Aujourd’hui, il faut plutôt compter 21 mois, indique une étude réalisée par Ampere Analysis. Le « Stranger Things Effect », comme ce phénomène a été affectueusement rebaptisé. Tout comme dans la série à succès de Netflix, c’est aussi un monstre qui est venu perturber le monde audiovisuel : la pandémie, qui a fait stopper net la production de séries. On constate d’ailleurs que c’est à cette période que l’écart s’est creusé : en 2020, il est passé de 12 à 16 mois. En 2023 et 2024, la grève des scénaristes a également empêché la reprise des tournages. Cette fois, le délai de production est passé de 17 à 21 mois.
Des plannings d’acteurs devenus impossibles à concilier
Les séries représentent aussi un formidable tremplin pour des acteurs, qui obtiennent une visibilité directe chez leur public – qui n’a qu’à allumer sa TV pour découvrir de nouvelles têtes. Euphoria, par exemple. Il a fallu attendre quatre ans avant de retrouver Rue et ses camarades névrosés. Pour cause : Jacob Elordi, Zendaya et Sydney Sweeney ont été depuis catapultés au rang de personnalités phares du moment.
Tandis que Jacob Elordi tournait chez les plus grands réalisateurs d’Hollywood (Sofia Coppola, Paul Schrader, Ridley Scott…) et était nommé à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, Zendaya préparait les plus gros blockbusters de 2026 (L’Odyssée, Spider-Man: Brand New Day, Dune: Part Three). Sydney Sweeney, quant à elle, multipliait les projets et les publicités. Difficile de trouver un créneau pour rassembler ces acteurs désormais si demandés.
Aimant ou repoussoir ?
Un écart qui ne semble pas faire fuir les spectateurs, bien au contraire. Selon Ampere Analysis, les séries dont les saisons s’espacent de plus de 30 mois enregistrent les meilleurs taux d’engagement au moment de leur retour à l’écran. Pour Stranger Things, par exemple, l’audience aurait augmenté de 300 % juste avant la diffusion de son ultime saison.
« Le succès particulièrement marqué de la première saison suggère que de nouveaux spectateurs découvraient la série et que les fans de longue date revoyaient les épisodes précédents », écrit Deadline. « Des intervalles prolongés peuvent susciter l’attente autour des titres phares, mais ils peuvent aussi inciter les abonnés à résilier leur abonnement et à ne revenir que lorsque les séries importantes seront de retour à l’écran », signale toutefois Christen Tamisin, interrogée par le média américain.
Et encore, cela dépend des préférences des abonnés ! Selon Ampere Analysis, les amateurs de science-fiction et de fantasy, des programmes plus longs à produire en raison des effets visuels, sont plus enclins à patienter. Ce qui n’est pas le cas des férus de comédies, bien moins tolérants. Ce qui explique pourquoi une Emily in Paris aura le temps de faire tout le tour de l’Europe en 6 ans de diffusion (et six saisons !)… soit l’équivalent de deux saisons de Stranger Things.
— Lisa FAROU


