Premier long métrage réussi, SPARRING nous embarque dans les coulisses de l’univers de la boxe avec une surprenante délicatesse que l’on doit à la réalisation maitrisée et à la sensibilité évidente de Samuel Jouy.

SPARRING est une invitation dans le quotidien des «ouvriers du ring», ces passionnés qui font vivre la boxe professionnelle mais ne peuvent pas en vivre, comptant souvent plus de défaites que de victoires à leur actif. C’est le cas de Steve Landry (Mathieu Kassovitz), la quarantaine, 33 défaites, 13 victoires, qui décide de se faire engager comme sparring du champion Tarek M’Barek (Souleymane M’Baye) pour pouvoir offrir un piano à sa fille (Billie Blain). Steve est un type ordinaire, modeste, qui n’espère rien car personne, à commencer par lui-même, n’a jamais cru en lui. Personne n’a jamais été là pour lui dire qu’il avait « le truc » comme il dit. Conscient de cela, il décide de croire au contraire en sa fille pour lui donner toutes les chances de réussir dans ce qu’elle aime.

SPARRING

Steve (Mathieu Kassovitz) essayant de convaincre Tarek M’Barek (Souleymane M’Baye) de le garder comme sparring

S’il y a bien l’idée de sacrifice dans la démarche de ce père qui s’engage dans un job risqué pour pouvoir soutenir sa fille, heureusement, jamais Samuel Jouy ne tombe dans le mélo. Et si certaines scènes sont un peu dures ce n’est pas tant physiquement qu’émotionnellement ou psychologiquement : voir une jeune fille assister à l’humiliation publique de son père, une mère expliquer à ses enfants que leur père pourrait laisser sa peau sur le ring en devenant sparring partner, découvrir la dure réalité du quotidien de ces hommes de l’ombre qui n’obtiendront jamais la moindre reconnaissance, …. Les scènes de combat quant à elles sont limitées à trois, assez réussies, et largement « regardables ». Probablement parce que les comédiens combattent vraiment, sans chorégraphie pré-orchestrée, et qu’il en ressort l’impression d’assister à des scènes réelles car nécessairement pas exagérées. SPARRING devient une expérience pour le spectateur grâce à la réalisation de Samuel Jouy qui nous plonge littéralement dans la vie de Steve, dans son intimité de chaque seconde, dans ses moments de solitude aussi bien que dans ceux qu’il partage avec sa femme ou sa fille. Ce sont des détails justes, une lumière particulière, un rythme et une musique qui accrochent en douceur qui créent l’illusion de parcourir un bout de chemin aux côtés de Steve et font monter la pression.

«Samuel Jouy donne sa profondeur à SPARRING, en racontant avec pudeur et délicatesse que le regard que l’on porte sur ceux qu’on aime peut changer un destin, encourager, porter, pousser à s’accomplir, ou l’inverse.»

Mais celui sans qui SPARRING n’aurait pas la même intensité, c’est Mathieu Kassovitz, chaque fois réinventé, toujours dans l’équilibre, jamais dans l’égo. Cette empathie qu’il suscite dès les premières scènes est assez incroyable. Au bout de quelques minutes à peine ce n’est plus Kassovitz, ni aucun des personnages, dans la peau desquels on l’a découvert, c’est Steve Landry. Un type dont l’humilité, l’engagement et les failles parviennent à nous toucher naturellement. Les femmes ne sont pas en reste dans le casting, qu’il s’agisse de la jeune Billie Blain ou d’Olivia Merilahti (la femme de Steve) qui signe la musique originale du film. Toutes deux, avec simplicité et justesse illuminent SPARRING et contribuent à lui conférer ce supplément d’âme qui fait la différence.

SPARRING

Steve (Mathieu Kassovitz) essuyant les humiliations qui lui sont faites en tant que sparring

Samuel Jouy réalise ainsi un premier long métrage qui se distingue de la plupart des films ayant trait à la boxe, de par la forme et par le fond, par ce contraste qu’il instaure entre la réalité brutale de ces boxeurs de l’ombre et la sensibilité intime qui anime ses personnages. Au delà de la violence des blessures qui marquent le visage de Steve (et qui sont bien réelles pour la plupart), il y a de la beauté dans le geste, dans les intentions, et dans la dignité de ce type, envers sa fille autant qu’envers n’importe qui. Et c’est par ce parallèle symbolique entre l’histoire du père et celle de sa fille que le réalisateur donne sa profondeur à SPARRING, en racontant avec pudeur et délicatesse que le regarde que l’on porte sur ceux qu’on aime peut changer un destin, encourager, porter, pousser à s’accomplir, ou l’inverse. Incontestablement, Samuel Jouy est un jeune réalisateur à suivre…

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] SPARRING
Titre original : SPARRING
Réalisation : Samuel Jouy
Acteurs principaux : Matthieu Kassovitz, Olivia Merilahti, Souleymane M’Baye
Date de sortie : 31 janvier 2018
Durée : 1h34min
3.5Note finale
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