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« Chronique d’une défaite », c’est ainsi qu’Edouard Deluc défini lui-même son dernier long métrage aux allures de biopic : GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI.

La messe est dite, en choisissant cet épisode à la fois riche et douloureux de la vie de Paul Gauguin, le réalisateur s’oblige à une tonalité mélancolique qui se traduira à la fois dans les couleurs, la musique et le propos du film. Librement adapté de Noa Noa – le carnet de voyage illustré du peintre – GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI se noie malheureusement dans son lyrisme et dilue ses qualités au lieu de nous permettre simplement de les apprécier.

Photo du film GAUGUIN - VOYAGE DE TAHITI

Gauguin et sa muse Tahura heureux, au début de leur histoire

Profonds et intenses, les paysages sont à couper le souffle, les douces lumières aussi sublimes qu’inattendues, et offrent par là même un décor incroyablement crédible à cette aventure exotique qui débute certes à Paris, mais se déroule principalement sur l’île de Tahiti. Récit des deux années durant lesquelles le peintre y séjourna (de 1891 à 1893) avant d’être rapatrié en tant « qu’artiste en détresse », GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI dépeint l’homme bien plus que son œuvre et c’est tout de même un peu dommage. Inutile donc, pour le néophyte, d’espérer apprendre quoi que soit hormis la brève évocation de la recherche de son Eve sauvage. Bien entendue la peinture est indissociable de l’artiste, elle est son moteur, et même sa drogue est-on tenté de dire au sortir de ce film, mais ce sont les traits de son caractère bien plus que ceux de ses dessins qui sont mis en relief.

« Un récit aussi peu instructif que réjouissant qui, en dépit d’un esthétisme léché et de comédiens de choix, finira de nous plomber par la lenteur de son rythme.»

Ce qui pêche, c’est qu’au delà des bonnes intentions du réalisateur de montrer à quel point le peintre fut guidé, voire contraint par ses idéaux, ce sont les versants négatifs qui prennent largement le dessus. Ce que l’on retient de son départ solitaire de Paris, de ses convictions, de ses choix de vie – dont il émane une nature profondément sauvage- c’est surtout son égoïsme, son incapacité de prendre soin ou de protéger ceux qu’il aime, son absence totale de limite dans l’accomplissement de sa passion qui l’entraîne vers le fond, etc… Trop peu de choses laissent le spectateur entrevoir le talent, la modernité et l’intégrité que reflètent son art. De ces images et de l’artiste tel qu’il nous est présenté ne résultent ainsi qu’amertume et déceptions, voire une certaine suffisance, et on ne peut s’empêcher de se demander si cela reflète réellement l’intention du réalisateur où si son casting l’a fait dériver à son insu au fil du tournage.

Photo du film GAUGUIN - VOYAGE DE TAHITI

Gauguin et Tahura usés par l’aigreur, la faim et l’infidélité

Selon Edouard Deluc, Vincent Cassel s’est imposé comme une évidence pour incarner Gauguin. Un choix aussi judicieux que risqué eu égard au talent incontestable du comédien, à son charisme indéniable mais aussi à son imposante personnalité car c’est exactement ce qui ressort de sa prestation. Plus éblouissant que dans n’importe lequel de ses rôles, Cassel crève l’écran mais propose un Gauguin qui le reflète et non l’inverse. Impossible de savoir réellement quelle était la personnalité du peintre mais ici, en dépit du travail qui se devine, difficile d’y voir quelqu’un d’autre que Vincent Cassel qui phagocyte malgré lui son personnage. Ceci étant, la présence à ses côtés de Tahuei Adams (Tahura, sa muse) et Pua-Taï Hikutini (Jotépha), parfaitement inconnus mais non moins talentueux, permet de nous retenir vers la fiction. A côté de la rudesse de Gauguin (réelle ou imaginée par Cassel ?) et de son destin, c’est d’ailleurs le personnage de Tahura qui fait contrepoids à travers sa douceur, sa dignité et le merveilleux sourire de la comédienne qui l’interprète.

GAUGUIN – VOYAGE DE TAHITI relate ainsi la lente descente aux enfers du peintre que l’on verra progressivement dépérir, se couper davantage du monde et tout sacrifier pour persévérer dans son art sans obtenir la moindre reconnaissance. Un récit aussi peu instructif que réjouissant qui, en dépit d’un esthétisme léché et de comédiens de choix, finira de nous plomber par la lenteur de son rythme.

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] GAUGUIN - VOYAGE DE TAHITI
Titre original : Gauguin – Voyage de Tahiti
Réalisation: Edouard Deluc
Acteurs principaux :Vincent Cassel, Tuheï Adams, Malik Zidi
Date de sortie : 20 septembre 2017
Durée : 1h42min
2.0Mélancolique
Avis des lecteurs 7 Avis

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guierre
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guierre

pas du tout convaincu par ce portrait de gauguin, je partage largement votre point d vue. evitez ce film plus qu’ennuyant.