Magnifique film du réalisateur Pawel Pawlikowski, IDA frappe d’emblée par la qualité des images en noir et blanc. Véritables tableaux, entre ombre et lumière, chaque plan paraît soigneusement pensé, travaillé et dégage un esthétisme rare. Filmés en Pologne, dans un décor enneigé et des lieux inspirant la solitude, les acteurs sont comme perdus dans un coin du cadre, comme soumis à une puissance supérieure. Pawel Pawlikowski, quand il ne privilégie pas les gros plans, offre à son film des lois esthétiques peu communes : les deux tiers des plans sont occupés par le décor, souvent austère : un mur, l’intérieur d’un couvent, un escalier, etc… sont comme les lignes directrices d’une composition où l’homme semble noyé, petit, voire écrasé.

Le personnage d’Anna, jeune orpheline, est admirablement interprété par Agata Trzebuchowska. Sorte d’oisillon tombé du nid – en l’occurrence du couvent où elle a grandi – Anna est temporairement logée chez sa tante Wanda dans ce temps qui précède la prononciation de ses vœux. En “couple” tendu vers une même quête des origines, les deux femmes forment un tandem majestueux par la force de leur opposition. Alors que la silencieuse Anna s’impose timidement par sa droiture et un regard franc et déterminé, sa tante Wanda paraît libre, loquace, volage et aimant la musique et l’alcool. Cependant, sous ces airs grandiloquents se cache une faille, une femme blessée et écorchée vive par un passé honteux qu’elle ne tardera pas à mettre au jour avec sa nièce.

Photo du film IDA

© Memento Films Distribution

IDA est un film pétri d’émotions, de sentiments tel que le courage, l’abnégation, mais aussi de doutes et de désespoir. Les deux femmes, en totale contradiction dans leur mode de vie, se regardent  en miroir  et vont trouver un semblant de complicité pour finalement se rapprocher dans l’horreur d’un passé familial commun. Au cœur de la forêt, alors qu’Anna cherche la tombe de ses parents, juifs polonais, toutes deux enquêtent pour découvrir la vérité sur leur mort.

IDA possède une beauté esthétique qui allège la noirceur du thème sans pour autant annihiler une dimension grave et profonde. Wanda (Agata Kulesza), dont on perçoit la détresse, est un personnage alerte, charmant et séducteur, tout comme Lis, qu’Anna observe du coin de l’œil et dont les talents de saxophoniste égayent les soirées des deux femmes lors d’une étape en ville. IDA baigne dans des références musicales pointues tant en classique qu’en jazz, ce qui n’est pas pour déplaire aux amateurs… (à noter la très belle apparition de Joanna Kulig sublimée en diva yéyé).

« Un film pétri d’émotions, de sentiments tel que le courage, l’abnégation, mais aussi de doutes et de désespoir. »

Le film est très touchant dans le sens où la rencontre d’Anna avec sa tante va être déterminante dans les choix futurs de la jeune fille. Alors qu’Anna a occulté de sa vie toutes pensées coupables et sa part de féminité, elle va subir profondément l’influence de Wanda, du moins suffisamment pour remettre en question sa vocation religieuse. La force de caractère d’Anna sous une apparente juvénilité va peu à peu révéler des failles : est-elle vraiment prête aux sacrifices qui l’attendent? Orpheline, elle n’a jamais eu de modèles féminins telle cette tante qui la jauge dans son éventuel potentiel de séduction ou encore sa mère Ida dont elle découvre le visage sur un vieux cliché. Tant par amour pour sa tante que par envie de s’affranchir, on la verra se métamorphoser comme une parenthèse nécessaire à la confirmation ou non de ses choix, tel ce sourire timide qu’elle ose envers Lis et qui illustre les prémices d’un hypothétique changement.

Ce qui reste troublant – sans dévoiler la fin du film – est le choix final d’Anna, marquant bien le poids de la religion catholique dans cette Pologne qui semble comme endormie.

Dans la Pologne des années 60, avant de prononcer ses vœux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, part à la rencontre de sa tante, seul membre de sa famille encore en vie. Elle découvre alors un sombre secret de famille datant de l’occupation nazie.

Diane

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Stéphane

Bonsoir,
“Ida” m’a ému mais la dernière séquence suscite une réticence de taille. Dans une interview donnée à la revue Positif, le réalisateur dit que la situation finale reste ouverte : certes, on voit Ida marchant vers le couvent et j’ai pour ma part estimé, comme vous apparemment, qu’elle y retournait pour y prononcer ses voeux ; P. Pawlikowski estime au contraire qu’on ne sait quel va être son choix (peut-être va-t-elle annoncer son retour à la vie laïque à la directrice du couvent ?). La façon dont Ida quitte son amant suggère cependant qu’elle ne veut faire sa vie avec lui et renforce l’idée qu’elle va se vouer à Dieu. J’ai le sentiment que P. Pawlikowski a proposé une fin politiquement correcte, son film étant produit en Pologne : tout en dénonçant le conservatisme nationaliste de l’Eglise polonaise et l’antisémitisme répandu dans le pays, il me semble qu’il a préféré ne pas choquer un public polonais très catholique. D’où vient mon trouble ? Du fait que la lumière ayant été faite sur son passé – ses parents ont été assassinés par des antisémites ; elle découvre ses origines juives (notons que P. Pawlikowski a lui-même des origines juives) ; le destin de sa tante est tragique – elle paraît retourner au couvent alors que le film aurait pu, sinon la faire renoncer explicitement à ce choix, du moins laisser plus clairement la question de celui-ci en suspens. Il reste malgré tout vraisemblable, dans l’économie du scénario, qu’elle décide de se dévouer à Jésus : elle a été éduquée au couvent ; et le film nous montre son cheminement vers un choix non pas subi mais responsable. Façon, certes pas suffisamment convaincante à mon sens, de dénoncer l’aliénation d’une Eglise polonaise (du moins d’une frange importante de celle-ci) plus ou moins dominée par l’intégrisme et l’antisémitisme. Dans ses interviews, P. Pawlinowski, qui a connu l’exil du temps de la Guerre froide et dont “Ida” marque le retour en Pologne, souligne la visée didactique de son film : la Pologne doit poursuivre un travail de mémoire rigoureux, elle doit creuser son passé (comme le meurtrier creuse la terre où se trouvent les dépouilles des parents d’Ida et du fils de sa tante), briser la glace (le film est marqué par la métaphore du gel) en regardant en face les crimes antisémites dont elle s’est rendu responsable durant son histoire, que ce soit avant et pendant la Seconde guerre mondiale ou après celle-ci, sous l’ère (l’hiver) communiste (c’est lors de purges antisémites menée au sein du parti au pouvoir à la fin des années soixante que la famille du réalisateur a dû s’exiler).

Stéphane
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Bonsoir,
“Ida” m’a ému mais la dernière séquence suscite une réticence de taille. Dans une interview donnée à la revue Positif, le réalisateur dit que la situation finale reste ouverte : certes, on voit Ida marchant vers le couvent et j’ai pour ma part estimé, comme vous apparemment, qu’elle y retournait pour y prononcer ses voeux ; P. Pawlikowski estime au contraire qu’on ne sait quel va être son choix (peut-être va-t-elle annoncer son retour à la vie laïque à la directrice du couvent ?). La façon dont Ida quitte son amant suggère cependant qu’elle ne veut faire sa vie avec lui et renforce l’idée qu’elle va se vouer à Dieu. J’ai le sentiment que P. Pawlikowski a proposé une fin politiquement correcte, son film étant produit en Pologne : tout en dénonçant le conservatisme nationaliste de l’Eglise polonaise et l’antisémitisme répandu dans le pays, il me semble qu’il a préféré ne pas choquer un public polonais très catholique. D’où vient mon trouble ? Du fait que la lumière ayant été faite sur son passé – ses parents ont été assassinés par des antisémites ; elle découvre ses origines juives (notons que P. Pawlikowski a lui-même des origines juives) ; le destin de sa tante est tragique – elle paraît retourner au couvent alors que le film aurait pu, sinon la faire renoncer explicitement à ce choix, du moins laisser plus clairement la question de celui-ci en suspens. Il reste malgré tout vraisemblable, dans l’économie du scénario, qu’elle décide de se dévouer à Jésus : elle a été éduquée au couvent ; et le film nous montre son cheminement vers un choix non pas subi mais responsable. Façon, certes pas suffisamment convaincante à mon sens, de dénoncer l’aliénation d’une Eglise polonaise (du moins d’une frange importante de celle-ci) plus ou moins dominée par l’intégrisme et l’antisémitisme. Dans ses interviews, P. Pawlinowski, qui a connu l’exil du temps de la Guerre froide et dont “Ida” marque le retour en Pologne, souligne la visée didactique de son film : la Pologne doit poursuivre un travail de mémoire rigoureux, elle doit creuser son passé (comme le meurtrier creuse la terre où se trouvent les dépouilles des parents d’Ida et du fils de sa tante), briser la glace (le film est marqué par la métaphore du gel) en regardant en face les crimes antisémites dont elle s’est rendu responsable durant son histoire, que ce soit avant et pendant la Seconde guerre mondiale ou après celle-ci, sous l’ère (l’hiver) communiste (c’est lors de purges antisémites menée au sein du parti au pouvoir à la fin des années soixante que la famille du réalisateur a dû s’exiler).

[CRITIQUE] IDA

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