C’est par cette périphrase lyrique que le réalisateur a caractérisé son nouveau film, lors d’une conférence de presse donnée à Paris début octobre. Inspiré librement du roman, Go Like Hell: Ford, Ferrari, and Their Battle for Speed and Glory at Le Mans d’A. J. Baime (2010), le cinéaste propose un récit agréable et prenant mais qui ne révolutionne rien. En piste. 

« Évoqués individuellement, les noms de Caroll Shelby et de Ken Miles ne disent rien d’un temps où le purisme commençait à décliner »

Elle est là, cachée dans les méandres d’Internet: l’archive du journal Le Monde qui consacre très exactement six lignes à l’accident mortel de Ken Miles, l’un des deux protagonistes  du film, sur la piste de Riverside en juillet 1966. Six petites lignes que le spectateur, ému par un propos davantage enclin à l’émotion qu’à l’émerveillement face aux séquences de courses automobiles, ne manquera pas de contester. Mais c’est peut-être à cela que carbure LE MANS 66: faire prévaloir les histoires d’individus passionnés dans l’industrie automobile du début des années 1960. Leurs voitures, ensemble de pièces métalliques mais surtout secondes maisons, parviennent à allier étroitesse et réconfort. Évoqués individuellement, les noms de Caroll Shelby et de Ken Miles ne disent rien d’un temps où le purisme commençait à décliner face à une verve de businessmen en quête de gloire. Artisans d’une époque et d’une voiture devenue légendaire, la Ford GT40, les deux pilotes interprétés respectivement par et reçoivent à ce titre un hommage posthume mérité.

Photo du film Le Mans 66

Copyright 2019 Twentieth Century Fox

En effet, si le film s’étale sur près de 2h30, impossible de s’y méprendre: le titre français est trompeur. Certes, le métrage réserve une longue séquence à l’édition de la course qu’il annonce relater. Mais une telle durée permet surtout de dépeindre l’aventure déshumanisante qu’était celle du monde automobile de l’époque. Cruelle et imprévisible, elle ne semble préserver ni les organismes, ni les esprits et encore moins les emplois. Ken Miles, mécano ronronnant à l’oreille de ses voitures et pilote talentueux, doit ainsi jongler avec une réalité économique qui n’épargne pas sa famille. La légendaire scuderia Ferrari est au bord de la faillite et doit faire face à la proposition de rachat de son concurrent américain. En somme, la passion individuelle est balayée au profit de la marque (même si en refusant de passer sous le joug de Ford, Ferrari fait le choix de l’authenticité). À ce sujet, le titre original «  » est bien plus indicatif du principal  enjeu du film, lorsque les histoires, elles, se valent et se superposent allègrement. 

Peinture de la relation longtemps complexe puis émouvante Caroll Shelby / Ken Miles, exposé d’une des courses les plus prestigieuses au monde qui, créée en 1923, voit un équipage de 2 pilotes se relayer pendant 24 heures pour parcourir un circuit de 13,626 km, LE MANS 66 manie conjointement et avec justesse ces deux trames narratives. Enfin, la présentation du contexte historique, guerre tiède entre le légendaire Enzo Ferrari et Henry Ford II, est particulièrement réussie en ce qu’elle ne se prend pas du tout au sérieux. Les deux hommes d’affaires sont davantage des caricatures nationales que celles d’un business. Au large businessman américain à la tête d’un empire dont il n’a qu’une connaissance très superficielle fait face un italien forcené qui jure davantage qu’il ne parle. Entre ces deux personnages pittoresques, le parti-pris du spectateur se calque aisément sur celui suggéré par le film. 

D’ailleurs, le film fait le choix mécanique et constant de faire évoluer des duos. Ford et Ferrari (les enseignes et les hommes) mais surtout, comme précédemment cités, Caroll Shelby et Ken Miles. L’Histoire semble avoir oublié le second (Christian Bale a lui-même avoué n’en avoir jamais entendu parler). D’origine britannique, il quitte l’Europe pour les États-Unis dans les années 1950. Naturalisé par la suite, il court avec succès sur des MG (voitures de compétition)… et c’est à peu prêt tout. Du moins, son palmarès parait famélique comparé à celui de Caroll Shelby qui remporta l’édition des 24 heures du Mans de 1959. À ce propos, se forme un décalage entre le Ken Miles dépeint à l’écran et celui dont on ne trouve quasiment aucune trace sur Internet. La fin du film rappelle à ce sujet une des principales loi du sport: seuls les gagnants remplissent les pages des livres d’Histoire.

Photo du film Le Mans 66

Copyright 2019 Twentieth Century Fox

Le film en lui-même, mais s’il témoigne d’un effort de reconstitution historique – la scène de pré-course à l’aube voyant dialoguer Christian Bale et Matt Damon utilise les véritables répliques de leurs personnages – ne révolutionne rien. Scène immersive de début, écriture filmique de L’automobile pour les nuls afin de rappeler, s’il fallait le rappeler, qu’on ne gagne pas les 24 Heures du Mans seulement avec un moteur puissant, enjeux familiaux décortiqués et séquence de fin prenante, le spectateur regarde le film qu’il s’attend à voir. Commercial à souhait, par un casting clinquant et une narration vue et revue, LE MANS 66 n’en demeure pas moins un film plaisant. 

(Pour les curieux qui voudraient prolonger l’expérience du film, l’Automobile Club de l’Ouest propose une exposition du même nom qui se tient jusqu’au 23 février 2020 au Musée des 24 Heures du Mans.  De même que lemans.org propose une interview enrichissante de Peter Miles, le fils de Ken Miles, qui revient sur son souvenir de l’édition de 1966.)

Francesco Depaquit

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, « une histoire d’amitié à 300 km/h » - Critique
Titre original : Le Mans 66
Réalisation : James Mangold
Scénario : , ,
Acteurs principaux : Matt Damon, Christian Bale,
Date de sortie :
Durée : 2h33min
3.5Pas mal
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