Meurtre dans un palace, congés payés et quatre femmes avec chacune une bonne raison de vouloir la peau du procureur : sur le papier, L’Été 36 avait tout du carton estival. À l’écran, la série tient une partie de ses promesses, mais elle finit par se perdre dans son propre scénario.
L’Été 36 était très prometteur en tant que série. L’histoire, qui s’ouvre sur le meurtre du procureur Adrien Jacquart (Arnaud Binard) dans un hôtel de luxe sur la Côte d’Azur pendant l’été 1936, la première saison où les ouvriers profitent de congés payés, réunit tous les éléments d’une série à binge-watcher : le meurtre, le mystère, la lutte des classes et l’amour clandestin. L’intrigue se concentre sur quatre femmes de classes différentes, qui ont toutes un mobile personnel pour tuer Jacquart. Il y a Eugénie Berthier (Sofia Essaïdi), son ancienne amante issue d’une famille bourgeoise, qui l’a quitté pour un ouvrier dix-sept ans plus tôt. Blanche Ackerman (Julie de Bona), sa maîtresse bourgeoise et femme d’Édouard Ackerman (Clément Aubert). Léonie Morel (Constance Gay), auxiliaire de police qui lui en veut d’avoir refusé d’innocenter son père dans une autre affaire. Et Giulia Vincent (Nolwenn Leroy), gouvernante en chef de l’Hôtel Riviera, surendettée, une situation dont Jacquart avait connaissance. Les liens, connus ou cachés, entre ces quatre femmes rendent cette histoire palpitante.
Réalisé par Fred Garson, L’Été 36 mélange efficacement le polar et le commentaire de société. Mais le scénario de Marie Deshaires et Catherine Touzet, d’après une idée originale d’Iris Bucher, s’encombre de tant de sous-intrigues qu’il devient difficile d’en suivre le fil. La série, qui compte six épisodes, aborde par ailleurs des sujets aussi lourds que le nazisme ou le racisme d’une façon trop superficielle pour nourrir réellement l’intrigue ou les personnages. Le fait que certaines actrices se ressemblent physiquement ajoute encore à la confusion.
La série a également été critiquée pour son traitement jugé trop simplificateur du choc des classes sociales. Plutôt que de vraiment creuser cette confrontation entre bourgeoisie et monde ouvrier, le scénario se contente parfois de juxtaposer les deux univers sans les faire dialoguer en profondeur. Quelques anachronismes viennent par ailleurs ternir la reconstitution : les costumes sont bien exploités pour marquer les différences de classe, mais la mode et les coiffures ne correspondent pas toujours aux années trente. Angèle Ackerman (Victoria Eber), la fille de Blanche, porte par exemple une mini-jupe qui n’existait tout simplement pas à l’époque, et un tutoiement généralisé entre les personnages a également été relevé comme peu crédible pour la période.
Malgré ses faiblesses, L’Été 36 reste engageant, surtout du côté du roman policier. La série résout son enquête d’une manière qui retient l’attention jusqu’au bout. Le casting, qui réunit aussi Miou-Miou (Marthe Pontavice-Caron), François-Xavier Demaison (Alphonse Raven), Pascal Elbé (Raoul Delaunay) et Sam Karmann (Henri Pontavice-Caron), est très efficace. Le quatuor d’actrices principales incarne remarquablement bien ses rôles, et Constance Gay se montre particulièrement émouvante dans son interprétation. La photographie est également soignée, et la production a su recréer avec justesse la Promenade des Anglais de 1936.
L’Été 36 reste une belle proposition malgré son scénario inégal. Mais la série avait clairement le potentiel d’être beaucoup mieux menée.
Ne pas fermer les yeux – Tribune
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