Sous des allures de fable rurale sucrée par le miel et le bluegrass, le second film d’Andrew Patterson cache un vrai dard. Entre un Matthew McConaughey au sommet et un scénario qui ne tient jamais en place, faut-il craindre la piqûre ou savourer le miel ?
Oklahoma Honey, un ovni venu du fin fond de l’Oklahoma
Pour son second long-métrage, le réalisateur Andrew Patterson (The Vast of Night) décide d’ancrer les racines de sa fiction dans son Oklahoma natal. C’est l’occasion d’explorer par la fiction la culture locale et notamment celle des petites villes de l’Oklahoma, dont Patterson organise une célébration, menée par une bande-son de style bluegrass étonnante. Du fin fond de l’Oklahoma, le réalisateur met bien en avant la singularité déroutante du mode de vie local, singularité qui se propage dans la structure même du film. Au programme : un ovni cinématique qui emprunte à tous les genres pour créer un résultat fidèle à son propos.
Cette exploration de l’Oklahoma, le réalisateur l’affiche dès la scène d’ouverture. Marquante par ses choix esthétiques, entre son montage saccadé et la bande-son intradiégétique d’un concert spontané qui prend forme, c’est aussi comme cela qu’on est introduit à l’étonnant personnage d’Amziah (Matthew McConaughey, sûrement dans son meilleur rôle des dix dernières années), un apiculteur aussi grande gueule que grand cœur, qui voue une passion sans bornes à ses abeilles, malgré les échos, alentour, de vols de plus en plus fréquents de ruches. Mais très vite le film diverge et c’est Kateri, une jeune fille mystérieuse d’origine amérindienne qu’Amziah reprend sous son aile, qui prend la relève de l’apiculteur et nous plonge dans les profondeurs de l’Oklahoma rural. Du hangout movie au revenge movie, Oklahoma Honey passe d’un genre à l’autre et ne cesse de surprendre par chacun de ses revirements et ses rebondissements.
Quand le scénario butine sans jamais se poser
C’est bien ce qui fait la particularité du film. Tordant les genres et les références cinématographiques à l’extrême, Patterson fait une proposition de cinéma qui suppose au préalable une confiance totale du spectateur. De fait, et contrairement à ce que l’on peut voir trop souvent, le scénario d’Oklahoma Honey est imperméable à toute prédiction quant à la direction et la tonalité que va prendre l’histoire.
L’effort de déconstruction des normes et des attentes est remarquable, mais il a pour corollaire une structure scénaristique quelque peu fouillis : alors que l’exploration touche à sa fin, il est difficile de comprendre quel est réellement le propos du film. Heureusement, les vingt dernières minutes, tout aussi étonnantes que les vingt premières, apportent un point final réussi.
Des personnages qu’on se refuse à juger
La dimension unique et imprévisible du film vient aussi souligner le portrait de ses personnages étonnants, en faisant du même coup un film sur l’ambiguïté humaine. Principaux ou secondaires, chacun porte son bagage de vertus et de vices, de manière parfois décontenançante. En effet, Patterson invite à sortir d’un jugement trop facile et à accepter d’autres visions du monde, dans lesquelles, par exemple, le système judiciaire est relégué hors-champ.
En faisant du paysage rural du fin fond de l’Oklahoma un personnage à part entière, le film met en valeur des communautés fonctionnant indépendamment des prérogatives fédérales et, plus encore, nationales.
Une signature visuelle, entre grâce et essoufflement
Finalement, on retiendra l’originalité du regard d’Andrew Patterson sur son Oklahoma natal, portée par la sublime photographie synesthésique de M.I. Littin-Menz (qui avait déjà opéré sur le premier film du réalisateur) et le montage créatif et effréné de Patrick J. Smith, dont l’hyperactivité visuelle allait comme un gant à un blockbuster comme F1, mais qui a tendance à s’essouffler dans l’univers plus intimiste d’Oklahoma Honey.
Si la constante recherche d’originalité du film peut s’avérer quelque peu épuisante à suivre, il n’empêche qu’Andrew Patterson signe ici une véritable proposition de cinéma, qui confirme l’émergence d’un réalisateur aux grandes idées.
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