Photo du film LA FIN DE OAK STREET
Crédits : Warner Bros. France

La fin d’Oak Street, la grande aventure boulottée en cours de route

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Un quartier pavillonnaire propulsé en pleine préhistoire, un réalisateur habitué aux ambiances hors normes, un budget de blockbuster estival. Sur le papier, La fin d’Oak Street avait tout pour marquer l’été 2026. Sauf que David Robert Mitchell semble s’être un peu perdu entre son univers habituel et le costume hollywoodien qu’on lui a taillé sur mesure.

Ne se cache-t-il pas en chacun d’entre nous, un amateur d’histoire fantastique bien troussée, n’attendant que de se retrouver plongé au cœur d’une aventure surprenante, stimulante, à même de nous proposer des images et des ambiances incroyables, effrayantes et merveilleuses ? Que le curieux soit prévenu, il devra, ici, malheureusement, ne pas placer ses attentes aussi haut que le cou d’un diplodocus, car La fin d’Oak Street ne choisit jamais entre la grande aventure spielbergienne inspirée de La Quatrième Dimension, le thriller de survie nerveux aux tendances horrifiques, ou le pur (simple ?) produit hollywoodien aux contours aussi démarqués que les pelouses des banlieues américaines qu’il choisit comme environnement. Vraiment dommage, car David Robert Mitchell n’est d’ordinaire pas le dernier pour proposer des histoires uniques relevées d’images inoubliables…

La fin d’Oak Street : les dinos ont grignoté les gens, mais aussi le scénario

Tout commence dans le soleil, la banlieue type E.T., les barbecues, les jeux entre voisins, les vélos, les bandes de gosses, les petites mamies serviables… Bref, la joie et la bonne humeur. Comme toute bonne histoire style Amblin (la légendaire boîte de prod de tonton Spielberg, grande fournisseuse de superbes films familiaux dans les années 80), modelée en plus ici par un des successeurs du réalisateur, ici producteur, J.J. Abrams, c’est bien sûr une famille type qui est au cœur du dispositif. Papa Ewan McGregor a perdu son boulot et enchaîne les petits jobs, mais ne l’a pas dit à maman Anne Hathaway ; le fils est poursuivi par le petit con du quartier, la fille est curieuse et passionnée de science, tout est normal en apparence, mais il faut d’emblée préciser une chose : ce n’est pas par l’écriture des personnages (et l’écriture tout court) que le dernier « grand » divertissement venu d’Hollywood va briller.

Car si tous, même les ados, pourtant inconnus, sont des comédiens compétents (et il faut le préciser, car les ados chiants sont d’habitude une des composantes les plus insupportables du blockbuster américain standard, même le petit con a ici une bonne raison de vouloir s’en prendre à un de nos protagonistes), ils n’auront pas grand-chose de mémorable à tirer d’un script (écrit par David Robert Mitchell seul) bien bancal, pourtant rédigé par un artiste passionnant et parti d’un concept absolument alléchant, tout droit sorti d’une prolongation imaginaire de la cultissime série La Quatrième Dimension (The Twilight Zone) : suite à un mystérieux événement cosmique, un quartier se retrouve propulsé dans la préhistoire, ni plus ni moins, à l’époque des dinosaures…

Under the Hollywood Zone

Car donc, rappelons-le, puisque le bougre était attendu par les amateurs de tentatives fantastiques et horrifiques depuis des années, David Robert Mitchell est le réalisateur derrière The Myth of the American Sleepover (2010), It Follows (2014) et Under the Silver Lake (2018), les deux derniers comptant parmi les plus intéressantes propositions dans leur genre respectif : l’horreur (ici atmosphérique et travaillée) et le thriller d’enquête fantastique (mais ceux qui ont vu Under the Silver Lake savent qu’il est très difficile à classer).

Bref, avec sa capacité à travailler des ambiances très prenantes – It Follows marche presque dans les pas d’un Halloween (John Carpenter, 1978, que cette vidéo décortique avec talent) dans sa manière de mettre en scène une banlieue oppressante au ressenti entre deux mondes, et Under the Silver Lake est un ovni au début duquel personne ne peut deviner où il va aller –, mises en scène avec un talent fou (It Follows en a terrifié plus d’un avec une vraie exigence), l’amateur ne pouvait qu’être surexcité à l’idée de voir un cinéaste, aussi talentueux, plonger sa caméra au milieu d’un concept propice à quantité d’idées et de situations passionnantes.

Sauf que, dès son long premier quart d’heure, qui transmet déjà des sensations étranges – et pas du genre de celles qu’on recherche –, et qui semble long à se lancer (confirmées par la maman du rédacteur de ces lignes à côté de lui : « C’est long à démarrer quand même ! »), on sent que cette affaire ne va peut-être pas rouler comme il faut.

En effet, pour talentueux que soient McGregor, Hathaway (la meilleure, qui porte la famille sur ses épaules et son visage toujours aussi remarquablement expressif) et les enfants joués par les méconnus mais tout à fait sympathiques Maisy Stella et Christian Convery, les personnages ne sont pas que de la chair à pâtée pour les dinos (ça, c’est les voisins), mais ne sont pas non plus beaucoup plus épais que le polo bien années 80 d’Ewan McGregor.

On se demande alors pourquoi Robert Mitchell irait faire un produit hollywoodien sans aspérité, et si les costards-cravates ne l’ont pas trop muselé.

C’est divertissant, mais c’est trop simple… Mais c’est divertissant, mais c’est trop simple… Mais c’est…

En fait, on peut laisser Adam Sanchez résumer tout ça avec efficacité chez GQ : « Le montage, qui semble avoir pâti de ses deux années de post-production, répète ad nauseam les séquences à rebondissements, sans faire naître un début d’enjeu plus intéressant que la survie de ses personnages. »

Car c’est exactement ça. Robert Mitchell était devenu un nouveau spécialiste des atmosphères contrariées, naviguant entre deux mondes à l’aide de plans longs savamment composés et d’une caméra remarquablement utilisée, à mi-chemin entre David Lynch et John Carpenter. Le cinéaste de 51 ans semble ici condamné à enchaîner des scènes presque toutes de la même durée, assez fonctionnelles, qui ne servent qu’un divertissement pop-corn dans lequel on se demande qui va survivre ou se faire dévorer. Ce ne sont pas les séquences de dialogues, aux répliques rarement engageantes (ça n’a pas aidé de le voir en VF) et souvent basiques, qui donneront de l’épaisseur à cette famille pourtant touchante et sympathique.

MAIS, s’il y a bien un point sur lequel on attendait le monsieur, c’est bien sûr la mise en scène. De ce côté-là, s’il ne faut bien sûr pas s’attendre à retrouver les sensations procurées par ses deux précédents films, La fin d’Oak Street profite d’un style plutôt jouissif. Jugez plutôt.

En fait, beaucoup de plans laissent les dinosaures vivre dans le cadre et au-dehors, comme si la caméra filmait nos protagonistes autant qu’elle pouvait, mais qu’elle ne pouvait contenir cette vie sauvage autour d’eux, qui fait sa vie justement. Régulièrement, et pour notre plus grand plaisir, les personnages évoluent dans leur environnement, et on voit apparaître un peu partout dans le champ une ombre, une queue, une peau, ou même toute une silhouette entière. À plusieurs reprises, Robert Mitchell se montre malin et on se régale de se demander à quelle ombre appartient celle apparue derrière un mur alors que le protagoniste fait marche arrière en courant, quelle est la taille de la bestiole qui longe la maison alors que ses écailles (et ses plumes) passent devant la fenêtre, ou encore à quel point est menaçante la créature préhistorique qui fait bouger les arbres derrière le jardin…

Le cadre fourmille donc souvent de détails, et, de chaque côté, des malheureux essaient de sauver leurs miches.

D’autant plus que, réjouissons-nous, le cerveau derrière It Follows ne cède jamais au jumpscare facile, alors que le film en contient plusieurs délectables (et une scène tendue comme l’arc du fiston, alors qu’un serpent, digne du Basilic d’Harry Potter, se faufile dans l’intimité de la petite famille). Car, d’ailleurs, puisque c’est quand même l’attraction principale (!), le bestiaire est tout à fait varié et représenté avec talent (et avec plus de véracité historique que chez Spielberg) : il est aussi moteur de scènes de tension et de jeu du chat et de la souris assez réussies (et un certain Allosaure, ici de courte apparition mais remarquée, pourrait tout à fait se mesurer au T-Rex sur son propre terrain).

Quelques notes réussies et une fin ratée

Enfin, il y avait une autre raison de se jeter dans la gueule du dinosaure (et de laisser néanmoins une petite place à ce film qui restera une friandise sympathique) : un certain Michael Giacchino à la musique. Immense compositeur responsable, entre autres, de superbes partitions chez Pixar, de celle de Lost, Super 8 ou encore des Jurassic World – excepté le dernier (la seule chose réussie dans chacun des films) –, le merveilleux musicien signe ici une bande originale qui commence avec des notes qui font monter la tension alors que le film se lance, et donne le sourire aux lèvres.

Toujours capable de créer de très belles mélodies (celles de Lost ou de Super 8 convoquent des émotions instantanément), on retrouve un peu de ça ici : quelques morceaux, notamment grâce au piano, émeuvent et plongent dans cette ambiance type qu’on recherche devant ce genre de productions, alors que le spectateur ne demande qu’à retrouver des sensations d’enfance. Quant aux morceaux qui accompagnent les scènes de tension, ils sont efficaces mais fonctionnels, et donc oubliables en dehors du contexte.

Enfin, on vous laissera juger de la fin, mais on pourra malheureusement parier que peu de gens la trouveront maligne et intelligente, tant elle respire les notes d’exécutifs de studios penchés au-dessus de l’épaule du cinéaste.

Reste donc un film jamais ennuyant, parfois touchant, souvent mis en scène avec suffisamment de maîtrise et de malice, mais surtout le regret d’imaginer ce que cette prémisse aurait pu donner comme aventure si elle n’avait pas été fantastique qu’au sens propre, mais aussi au figuré.

Auteur·rice

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