TV with streaming with a remote control near the wall in the room
Crédits : Ales / Alones / Canva

Streaming vs cinéma : qui façonne les films dont on se souvient ?

Red Notice a battu des records d’audience, Bird Box a fait le tour des réseaux sociaux : sur le papier, deux cartons XXL. Mais un an après leur sortie, qui en parle encore vraiment ? À l’heure où les plateformes engloutissent des centaines d’œuvres chaque mois, la vraie question n’est peut-être plus de savoir ce qu’on regarde, mais ce qu’on retient.

Le cinéma et, plus récemment, le streaming ont profondément changé notre manière de regarder des films, mais aussi la place que ces œuvres occupent dans notre mémoire. Né à la fin du XIXe siècle, avec les premières projections publiques des frères Lumière en 1895, le cinéma devient progressivement un divertissement populaire et une véritable expérience collective. Plus d’un siècle après les premières projections, notre façon de regarder des films a une nouvelle fois été bouleversée, cette fois par le streaming. Si les premières plateformes de streaming apparaissent dès les années 2000, c’est au cours des années 2010 que leur usage se démocratise véritablement à grande échelle, avec l’essor de Netflix, puis l’arrivée progressive de nouveaux acteurs comme Amazon Prime Video (2016), avant que Disney+ (2020, France) et Apple TV (2019) ne rejoignent le marché au tournant des années 2020.

Aujourd’hui, nous n’avons jamais eu autant d’œuvres à portée de main. Pourtant, cette abondance a aussi un revers : à force d’enchaîner les contenus, certains films semblent être oubliés presque aussi vite qu’ils sont découverts. Les nouveautés s’enchaînent, les anciens contenus disparaissent rapidement et certains succès, pourtant massivement regardés et relayés sur les réseaux sociaux, semblent s’effacer quelques semaines après leur sortie.

Alors, les succès du streaming sont-ils condamnés à l’oubli, ou les plateformes sont-elles simplement en train de redéfinir le paysage du 7e art ?

Le streaming, une machine à créer… et à oublier

Aujourd’hui, quelques clics suffisent pour accéder à un catalogue d’œuvres quasiment impossible à épuiser. Les plateformes sortent constamment de nouveaux films, séries et documentaires, ce qui nous pousse à passer rapidement d’une nouveauté à l’autre. Résultat, les contenus s’enchaînent et les précédentes sorties sont rapidement mises de côté, parfois seulement quelques jours après leur arrivée sur la plateforme. La cadence des sorties est tellement soutenue qu’il est impossible de tout regarder.

Notre manière de regarder a elle aussi changé. Contrairement à la séance de cinéma, qui impose un temps dédié et une attention continue, le streaming permet de mettre pause, d’arrêter un film, de le reprendre plus tard ou même de passer d’une production à une autre. Le visionnage devient plus flexible, mais aussi beaucoup plus fragmenté.

Mais être un succès au moment de sa sortie ne signifie pas forcément qu’un film restera dans les mémoires. Un film peut cumuler des millions de vues, faire parler de lui sur les réseaux sociaux et devenir incontournable pendant quelques semaines, sans pour autant laisser une véritable empreinte dans la mémoire collective.

Finalement, à l’ère du streaming, le nombre de spectateurs suffit-il encore à mesurer le succès d’un film ?

Qu’est-ce qui fait qu’une œuvre devient « culte » ?

Difficile de définir un film culte uniquement à partir de son nombre d’entrées ou de vues. On se souvient davantage d’un film pour ses personnages, ses scènes marquantes ou certaines répliques que l’on continue de citer des années plus tard. Ce sont ces éléments qui permettent parfois à une œuvre de dépasser l’écran et de devenir une véritable référence dans la culture populaire.

Un autre signe qu’un film a marqué les esprits est sa capacité à continuer à faire parler de lui des années après sa sortie et non simplement pendant sa commercialisation. Une communauté de fans peut contribuer à cette longévité, tout comme les rediffusions, les références dans d’autres œuvres ou encore les redécouvertes par de nouvelles générations.

Un gros succès au box-office ne garantit donc pas qu’un film deviendra culte. Certains films connaissent un énorme succès à leur sortie – des fois même avant – et disparaissent progressivement des mémoires, tandis que d’autres, parfois moins populaires à leurs débuts, deviennent des références avec le temps.

Reste donc à savoir si les productions des plateformes peuvent, elles aussi, atteindre ce statut. Et surtout, le cinéma offre-t-il davantage de chances à une œuvre de devenir culte grâce à l’expérience collective, à la sortie en salle et à l’importance symbolique associée au grand écran ?

Les plateformes peuvent-elles malgré tout créer leurs propres classiques ?

Malgré cette consommation toujours plus rapide, certaines productions montrent que le streaming est capable de créer de véritables phénomènes culturels. Des films comme Red Notice, Bird Box, Don’t Look Up ou Glass Onion ont dépassé le simple statut de productions destinées au streaming : certains sont devenus de véritables phénomènes culturels, générant des discussions, des références et une forte visibilité bien au-delà de leur diffusion sur la plateforme.

Les plateformes offrent également une visibilité considérable à de nouveaux talents. Avec leurs catalogues internationaux, elles permettent aussi à certains acteurs, réalisateurs ou scénaristes de se faire connaître rapidement auprès d’un public beaucoup plus large. Le 7e art est très concurrentiel et le streaming permet d’élargir la découverte de nouveaux talents.

Il reste cependant une question importante : comment une œuvre peut-elle devenir un classique si elle peut disparaître d’une plateforme du jour au lendemain ? Contrairement au cinéma, où les films peuvent connaître des ressorties en salles, être conservés physiquement ou être redécouverts au fil des générations, un contenu en streaming peut disparaître d’un catalogue du jour au lendemain.

Au fond, le streaming nous oblige peut-être à revoir ce que l’on entend par « classique ». À l’avenir, la longévité d’une œuvre ne se mesurera peut-être plus uniquement à sa présence dans les salles ou à ses rediffusions, mais aussi à sa capacité à être régulièrement redécouverte ainsi qu’à continuer d’influencer la culture populaire et les nouvelles générations.

En quelques années, le streaming a changé bien plus que nos habitudes de visionnage : il a aussi modifié la manière dont nous découvrons, consommons et retenons les œuvres. Avec toujours plus de productions et un rythme de sortie accéléré, les plateformes peuvent favoriser l’oubli : un succès est rapidement remplacé par une nouvelle sortie et finit parfois par disparaître des conversations. Pourtant, cela ne signifie pas que les œuvres de streaming sont condamnées à être éphémères.

Certaines productions parviennent déjà à s’inscrire dans la culture populaire et à créer une véritable communauté autour d’elles. La différence se joue finalement entre être beaucoup regardé et être durablement mémorisé. Si les plateformes doivent encore prouver leur capacité à créer les grands classiques de demain, elles ont déjà montré qu’elles pouvaient donner naissance à de véritables phénomènes culturels.

Le streaming ne condamne donc pas forcément les films à être oubliés. Il nous oblige peut-être simplement à repenser ce qui fait qu’une œuvre traverse le temps.

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.

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