Si l’on est heureux de retrouver les sœurs Owens à l’écran, Les Ensorceleuses 2 peine à installer ses nouveaux personnages, trop occupé à raviver la nostalgie pour les anciens.
Une histoire de sororité
Connu essentiellement pour son rôle dans Le Loup-Garou de Londres, Griffin Dunne s’essaye pour la seconde fois à la réalisation en 1998 avec Les Ensorceleuses. Doté d’un casting solide, avec en vedette Sandra Bullock et Nicole Kidman, mais aussi Stockard Channing et Dianne Wiest en seconds couteaux de luxe, le film a tout pour séduire le grand public. D’autant plus qu’il s’agit d’une adaptation du roman à succès d’Alice Hoffman, Practical Magic. En bon rouleau compresseur, Les Ensorceleuses connaîtra un succès retentissant en salles – sauf en France, où il deviendra culte au gré des diffusions télé.
Considéré comme « niais » et « trop insouciant » pour la critique de l’époque, le film va néanmoins faire peu à peu son chemin dans la communauté cinéphile. Valorisé par le public féminin, on lui reconnaît aujourd’hui une écriture presque féministe, avec un message de sororité assez rare pour un blockbuster de la fin des années 90. Les Ensorceleuses a en effet pour lui de moderniser la figure de la sorcière, créature monstrueuse et effrayante hier, métaphore du féminin oppressé puis libéré aujourd’hui. Une thématique développée dans le métrage, où la crainte des autres femmes se transforme en un vaste élan solidaire.
De nouveaux personnages inexistants
Culte pour la génération qui l’a consommé à la télévision ou en VHS, Les Ensorceleuses n’appelait pas tellement de suite, si ce n’est pour capitaliser sur la nostalgie de ce public devenu trentenaire. Une nostalgie que l’autrice Alice Hoffman exploite pourtant depuis 2017. En effet, l’Américaine a déjà publié deux prequels littéraires à Practical Magic : The Rules of Magic en 2017 et Magic Lessons en 2020, ainsi qu’une suite directe, The Book of Magic en 2021. Et c’est cette suite qu’adapte au cinéma Les Ensorceleuses 2. Un second volet qui parvient à rassembler le casting original, mais moins à reproduire la magie.
Susanne Bier, réalisatrice relancée par Netflix en 2018 avec Bird Box, retrouve ici Sandra Bullock, qui singe quelque peu ses gimmicks faciaux d’antan, là où Nicole Kidman retrouve peu à peu son panache. La réunion manque effectivement un peu d’entrain, bien qu’on éprouve un certain plaisir à revoir Stockard Channing et Dianne Wiest dans les rôles des deux grandes tantes. Aussi gracieuses que touchantes, elles donnent de l’âme à cette suite, où l’écriture peine à offrir une véritable place aux nouvelles héroïnes, Kylie et Antonia – les jeunes sœurs Owens, encore enfants dans le premier opus.
Difficile passage de relais
Les Ensorceleuses 2 tente effectivement de passer le relais à cette nouvelle génération, mais finit par se prendre les pieds dans le tapis de sa propre mythologie. Difficile d’axer son intrigue sur des personnages nouveaux, lorsque le public vient revoir les sorcières de son enfance. Des figures cultes qu’il aime et chérit depuis bientôt 30 ans. De ce fait, le long-métrage néglige totalement de développer les filles de Sally, pourtant centrales. Toutefois, malgré ce défaut majeur, ce deuxième volet conte son aventure fantastique de manière fluide, et l’on y prend tout de même un certain plaisir.
En effet, même si sa place se trouve plutôt sur une plateforme, Les Ensorceleuses 2 offre un parfait divertissement, et ne tire pas trop en longueur malgré ses deux heures dix. On lui reprochera néanmoins un affrontement final avec des CGI dignes des pires suites de Mortal Kombat au cinéma. Tout aussi dommage que cette suite ne parvient jamais à saisir le charme, la poésie mélancolique et douce-amère du premier volet.
D’autant plus qu’Alice Hoffman a décidé de lever la malédiction qui empêchait les femmes Owens de tomber amoureuses… Et nie ainsi toutes les lectures féministes de son récit.
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