Attendu après le tiède Evil Dead Rise, le nouvel opus de la saga s’annonçait prometteur avec à la barre le Français Sébastien Vaniček, réalisateur remarqué en 2023 pour Vermines. Or, si son Evil Dead Burn relève le niveau de la saga, il manque néanmoins de cette saveur originelle bien particulière, qu’il est malheureusement difficile de reproduire.
French touch
Parmi les franchises horrifico-fantastiques américaines, Evil Dead n’est pas la première à compter un épisode frenchy. Sébastien Vaniček marche effectivement dans les pas de Dominique Othenin-Girard, réalisateur de Halloween 5 en 1989 et de La Malédiction 4 : L’éveil en 1990, de Jean-Pierre Jeunet, auteur d’Alien, la résurrection en 1997, mais aussi de Julien Maury et Alexandre Bustillo, à la réalisation de Leatherface en 2017. Des cinéastes invités sur ces projets tantôt pour leur talent, tantôt pour répondre à un cahier des charges strict. Des impératifs toujours en vigueur en 2026.
Sur Evil Dead, Sam Raimi et Rob Tapert, réalisateur et producteur de la trilogie originale (1983-1994), assurent vouloir offrir un tremplin à de jeunes réalisateurs et leur donner une grande liberté créative. Effectivement, on ne niera pas que le remake de 2013, le reboot Evil Dead Rise de 2023 et le dernier-né Evil Dead Burn portent la vision, le style et les gimmicks de Fede Alvarez, Lee Cronin et Sébastien Vaniček. Il n’empêche que dans ces trois occurrences, leurs qualités entrent au chausse-pied parmi les exigences de la saga : deadites, Necronomicon et objets tranchants mécaniques.
Un épisode respectueux du lore de la franchise
Or, sur ce point, Evil Dead Burn s’en sort avec les honneurs, là où le remake, tout comme Rise, échouaient et se vautraient dans les grandes largeurs. En effet, Florent Bernard, scénariste déjà à l’œuvre sur Vermines, parvient à nous raconter son histoire de drame familial, sans jamais oublier de l’inclure au lore d’Evil Dead. Nous nous trouvons parmi les descendants de l’un des scientifiques à l’origine des recherches sur le Livre des morts. Les deadites s’en prennent à la petite famille dans le but de récupérer la dague Kandarienne, seule arme capable de renvoyer les démons en Enfer.
Evil Dead Burn se raccroche ainsi sans heurts à la trilogie originale et ose s’éloigner du précepte de la lecture accidentelle des invocations maléfiques, devenue lassante et par trop évidente au fil des années. Il n’empêche que, bien que le film s’en soit dépêtré, la final girl ne peut s’empêcher de lire les termes maudits. On lève alors un sourcil circonspect. Peut-être que les voies du cahier des charges restent impénétrables, finalement. On saluera toutefois un propos sur les violences domestiques, certes peu subtil, mais qui a le mérite d’être abordé, là où Ash se définissait comme un héros plus classique, en homme musclé qui espérait sauver sa copine.
Un pastiche fade de l’original
Malgré tout, l’écriture n’est pas exempte de défauts et l’on remarque ici et là quelques touches d’humour noir hérité des films de Sam Raimi, mais sur un ton trop peu maîtrisé pour réellement faire mouche. Quant à la réalisation, on s’interroge. Vaniček témoigne de tout son talent, avec notamment un plan séquence remarquable en milieu de métrage et une cascade spectaculaire dans une pièce mouvante, clin d’œil à Evil Dead 2. Or, on se demande pourquoi une grande partie du film présente un flou d’arrière-plan. Certainement une volonté artistique, mais omniprésente au point de gêner la lisibilité des plans.
De même, la photographie, désaturée à en faire pâlir le Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel, ne se révèle pas très heureuse. Même si elle s’explique dans un retour à la couleur d’une grande beauté à la fin du film, elle demeure fade et sans relief pendant près de 96 % de l’intrigue. Dommage, compte tenu des qualités de Vermines sur ce point. Enfin, si les effets gores nous en donnent largement pour notre argent dans un spectacle des plus réjouissants, on est vite déçu par le design numérique et artificiel de certains antagonistes, loin du charme du latex et du stop motion, quintessence même des premiers films.
En d’autres termes, si ce Evil Dead ne compte pas comme le pire volet de la saga, il souffre d’être un énième pastiche des originaux. Oui, il parvient ça et là à décrocher un sourire, un léger sursaut d’effroi. Malheureusement, il tente encore une fois de nous servir une intrigue sur fond social et des VFX à foison, alors qu’Evil Dead était, à l’origine, synonyme de slapstick et d’artisanat tâcheron. Peut-être serait-il temps de laisser les jeunes auteurs s’exprimer par eux-mêmes. Et d’accepter qu’un produit des années 80 ne peut être reproduit inlassablement sans perdre de l’éclat… À l’image de la photo de cet Evil Dead Burn.
— Lilyy NELSON
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