Le texte contient des éléments du film, il est conseillé de l’avoir vu avant de lire ce qui va suivre.

Passer du jeu à la réalisation est un exercice complexe pour n’importe quel acteur. La manœuvre a parfois des allures de caprice : user de son nom pour être à son tour, celui qui dirige. Pour autant, si on reconnaît volontiers que certains s’en sortent avec les honneurs dans ce changement de poste (l’exemple flagrant le plus récent est Ben Affleck, davantage intéressant derrière que devant la caméra), on reste toujours sur nos gardes quand un interprète réalise son premier long-métrage. On l’est doublement face au projet ambitieux que s’impose  en adaptant Pastorale Américaine, le pavé de Philip Roth, auréolé d’un Prix Pulitzer. D’abord uniquement embauché pour jouer le rôle principal, il reprend le projet à l’abandon et convainc les producteurs de diriger le bateau. La réticence est de mise parce le projet est d’envergure : suivre sur des années, un tournant politique majeur dans l’histoire des USA (émeutes, guerre du Vietnam) au travers d’un héros qui représente à l’excès ce qu’est le rêve américain (belle gueule, femme charmante, entreprise qui fonctionne, maison dans un coin paisible).

Photo de American Pastoral

L’explosion du rêve américain

Si le film montre bien scénaristiquement que le pays est en train de changer, il le doit avant tout au roman. C’est sur le plan formel que le premier essai d’Ewan McGregor accuse une faiblesse flagrante. Embourbé dans un académisme qui ne l’aide pas, l’écossais ne réussit pas à transcender l’aspect politique de son script et n’apporte aucune plus value, préférant se reposer sur une mise en scène illustrative, dénuée de propositions. L’utilisation d’images d’archives à de brefs instants est un exemple simple mais concret de l’incapacité du film à savoir dire les choses par le biais de la mise en scène pure. Sans porter de jugement, sans poser un regard d’auteur, McGregor se réfugie dans la sécurité. Dès lors, nos craintes se justifient. Pourtant tout n’est pas à jeter, notamment une scène entre Seymour et Rita dans une chambre d’hôtel. McGregor instaure une tension sexuelle et un malaise qui démontre que lorsqu’il n’a pas à traiter d’enjeux filmiques qui le dépassent, il sait enrober une scène qui sort le long-métrage de son train-train.

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Ce qui semble intéresser le désormais « réalisateur », est de montrer comment le rêve américain s’effondre sur le plan intime, comment tous les symboles évocateurs de réussite se désintègrent un à un par des problématiques qui touchent individuellement. La très belle scène finale où Merry vient assister, tel à un fantôme, à l’enterrement de son père laisse un goût des plus amers. Ce ne sont pas les funérailles d’un homme, mais d’un idéal qui n’est plus possible. Par une idée toute simple de mise en scène qui consiste à cadrer la jeune fille de dos sans que l’on puisse voir son visage, l’apprenti réalisateur laisse entrapercevoir le potentiel cinématographique de : filmer des âmes vouées à disparaître par les bouleversements de la société  – Merry est un spectre sans face, Seymour meurt au sens premier du terme, sa femme Dawn devient une déesse insensible désincarnée ayant perdu son âme.

Une question nous taraude à la sortie de la salle : Ewan McGregor a-t-il les capacités pour être un vrai réalisateur ? Difficile d’y répondre… Alors on lui laissera le bénéfice du doute, en espérant le voir continuer avec un second essai plus incarné et moins scolaire.

Maxime Bedini

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