Cinq lauréats sur sept ont la guerre pour décor. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est le reflet d’une époque. En clôturant sa 79e édition, le Festival de Cannes a envoyé un signal fort sur ce que le cinéma mondial veut regarder en ce moment – et sur la manière dont il choisit, malgré tout, de le raconter.
Samedi 23 mai 2026, la 79e édition du Festival de Cannes a officiellement tiré sa révérence. Au cours de cet ultime rendez-vous au mythique Grand Théâtre Lumière, le jury, présidé par le Coréen Park Chan-wook, a dévoilé un palmarès engagé. Sur les sept prix décernés pour la sélection de longs-métrages, cinq des lauréats ont pour toile de fond la guerre : Première Guerre mondiale pour COWARD (meilleure interprétation masculine), Seconde pour NOTRE SALUT (meilleur scénario), guerre froide pour FATHERLAND (meilleure mise en scène ex aequo), guerre russo-ukrainienne pour MINOTAURE (Grand Prix) et guerre civile espagnole pour LA BOLA NEGRA (meilleure mise en scène ex aequo). Pas besoin d’être très finaud pour noter l’importance de cette thématique dans cette édition 2026.
Mais de ces lauréats, on peut surtout retenir l’originalité de leur regard sur la guerre. Peu avant la cérémonie de clôture, COWARD de Lucas Dhont recevait le prix du cinéma positif – ce qui a de quoi étonner un public pas encore familier avec son film. Pourtant, en se centrant sur l’humanité des protagonistes, inébranlable face à l’épreuve inhumaine des tranchées, le réalisateur met bel et bien en exergue un optimisme sans relâche. La même chose peut être dite de LA BOLA NEGRA, qui évoque aussi des relations amoureuses sur fond de conflit ; et dans une certaine mesure, FATHERLAND s’applique à la même tâche : centrer sa focale sur une relation imparfaite mais humaine comme outil de résistance à la violence idéologique.
Ce que le palmarès dit de notre époque
Cannes a toujours été un festival ancré dans l’actualité sociopolitique, et souvent le palmarès en dit long sur le positionnement du cinéma par rapport à son époque. Cette année ne fait pas exception, et face à ce palmarès, le message est clair : la violence s’immisce dans toutes les strates de la société, que ce soit par la guerre comme par le conflit d’opinion (sujet au cœur de la Palme d’Or, FJORD). L’humanité, la tolérance et la fraternité sont plus que jamais les mots d’ordre pour lutter contre la multiplicité des divisions qui nous rongent. Et le cinéma a un rôle presque militant dans cette lutte, non comme moyen de résoudre un problème mais plutôt de bien le décrire – selon l’expression de Tchekhov reprise par Pawel Pawlikowski durant sa conférence de presse.
Cette 79e édition se clôt donc sur une note douce-amère : les films de la Compétition se nourrissent de la réalité anxiogène de notre époque, mais portent un regard rafraîchissant et souvent plein d’espoir sur la faculté humaine à s’en sortir et se construire un avenir meilleur.
Notre palmarès : tops et flops de la Compétition Officielle
TOPS
- Palme d’Or : SOUDAIN
- Grand Prix : LA BOLA NEGRA
- Prix Spécial du Jury : HOPE
- Prix d’interprétation masculine : Valentin Campagne (COWARD)
- Prix d’interprétation féminine : Virginie Efira (SOUDAIN) et Adèle Exarchopoulos (GARANCE)
- Prix du Scénario : MINOTAURE
- Prix de la Mise en Scène : GARANCE
FLOPS
- L’INCONNUE : Harari tire maladroitement les ficelles d’un pitch intéressant mais qui ne va nulle part.
- SHEEP IN THE BOX : énième film sur l’IA, qui n’apporte pas grand-chose de nouveau à la discussion et qui manque sérieusement de rythme.
- PAPER TIGER : James Gray part perdant avec une histoire rebattue ; mais on saluera quelques scènes de suspens très efficaces.
- L’AVENTURE RÊVÉE : surprise du palmarès, ce film a été la risée des derniers festivaliers, exténués à la veille de la clôture. Peut-être qu’un film aussi long (2h46) et qui semble errer sans but aurait davantage eu sa place au début de la compétition.
— Marie ARRIGHI
Ne pas fermer les yeux – Tribune
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