Touchée en plein cœur par DITES-LUI QUE JE L’AIME, le dernier Objet Filmique Non Identifié de Romane Bohringer, notre rédactrice Sylvie-Noëlle interpelle le lecteur et lui fait partager son engouement.
Ami lecteur du Blog du Cinéma
Pour évoquer DITES-LUI QUE JE L’AIME, le dernier film bouleversant de Romane Bohringer co-écrit avec Gabor Rassov, j’ai décidé de faire appel au tutoiement et de parler directement à ton cœur. Car l’œuvre, adaptée du livre éponyme de Clémentine Autain (que je te conseille vivement de lire), rend son histoire avec sa mère, l’actrice Dominique Laffin, si proche de celle de Romane avec sa mère Maguy, qu’elle nous plonge avec pudeur dans leur intimité. Et que nous ne pouvons et ne devons pas rester à distance de leurs émotions. S’il est question d’amour maternel, sont aussi évoqués l’abandon, le déracinement, l’adoption, l’absence, la mère de substitution et surtout ce qui fait lien.
L’enquête intime de Romane Bohringer
Grâce à sa brillante mise en scène chronologique, Romane donne à voir à l’écran son chamboulement en découvrant l’œuvre de Clémentine. Dominique Laffin, étoile filante disparue en 1985, a beaucoup marqué le cinéma, notamment dans Dites-lui que je l’aime de Claude Miller ou La femme qui pleure de Jacques Doillon. Dès lors, adapter le livre devient vital pour Romane, d’autant que lui saute aux yeux la résonance avec les souvenirs de sa propre enfance et de sa propre mère.
Ami lecteur, si tu connais les précédentes réalisations de Romane Bohringer (son film L’amour flou, coréalisé avec Philippe Rebbot, et sa suite dans la série L’amour flou), tu sais sûrement qu’elle a une façon de filmer très personnelle et audacieuse. Comme elle me l’a confié lors de la présentation de son film au Festival du Film Francophone d’Angoulême, « cette audace est toujours née d’une soudaine, profonde et intime conviction et une espèce de pressentiment puissant d’être littéralement appelée par un sujet proche de moi ».
Les témoins ont tous accepté de témoigner, c’est l’âme du film.
Romane Bohringer
Ami lecteur, accroche-toi car Romane va t’embarquer dans un poignant patchwork de récits familiaux. « Forte de la confiance et de la totale liberté de la part de Clémentine », Romane dit « avoir pris le risque d’emprunter à tous les supports et de faire cohabiter des genres tout à fait différents pour raconter des morceaux de vies multiples ».
Tu vas en effet découvrir, judicieusement imbriqués dans un format hybride, les lectures filmées de ses textes par Clémentine, des archives, des extraits de films, les témoignages des pères protecteurs, des amies de jeunesse ou même des filles des amis. Ainsi que les tâtonnements et questionnements de Romane avec Clémentine, sa psy (Josiane Stoléru) ou son fils. Sans oublier la part de fiction, avec Eva Yelmani qui rejoue le rôle de Dominique.
« Rêvant que celle qui l’incarne ait en elle cette enfance, ce jaillissement, cette impolitesse si particuliers et soit la retranscription de sa nature, de sa poésie et de son audace », Romane révèle avoir été « aimantée lorsqu’Eva lui est apparue, mélange miraculeux de ces deux mères ». Ami lecteur, si tu as connu et aimé l’actrice Dominique Laffin, tu seras toi aussi ébloui par le jeu et la ressemblance frappante d’Eva, qui reconnaît avoir eu « un parcours similaire dans le sens où, comme Dominique, elle n’a pas froid aux yeux, a envie d’essayer, dans l’instinct, aimant apprendre en pratiquant, ne pouvant pas rêver mieux comme premier film ».
Comment être mère quand on n’a pas eu de modèle maternel ?
Tirant les fils de sa vie au fur et à mesure que Clémentine tire les siens, Romane découvre ainsi la vie fascinante de Maguy. Ami lecteur, tu seras au bord des larmes en voyant les deux femmes s’adresser directement à leurs mères avec leur cœur de petites filles, se souvenant ici d’une gare ou d’une cuisine sale, là d’un sentiment de déception ou de honte. Tu les accompagneras avec bienveillance dans leur enquête intime à rebondissements, car il en faut du courage pour oser fouiller dans le passé tabou et faire remonter à la surface les non-dits ! Et tenter de comprendre les raisons du mal être et du départ de leurs mères, et de leur mort longtemps inexpliquée ou tue.
Tu seras touché par la façon dont elles s’interrogent, ayant souffert de l’absence de modèles, sur leur propre capacité à être mères. Tu assisteras avec émotion à la transformation de leur regard et de leur tendresse envers leurs mères, ainsi que le dit Eva, « défaillantes et dysfonctionnelles qui ne manquent pas de volonté, mais qui n’y arrivent juste pas ». Tu les verras approcher de la vérité dont elles ont été ou se sont préservées, une vérité certes douloureuse mais finalement si douce.
Ami lecteur, tu l’auras compris, DITES-LUI QUE JE L’AIME est un véritable coup de cœur ! Et même si le sujet n’est pas de prime abord joyeux et même si tu ne connais pas Dominique Laffin, je te promets que tu vas vibrer d’émotion et partager de précieux moments.
— Sylvie-Noëlle



