Le deuxième film de après The Myth of the American Sleepover (littéralement La Légende des soirées pyjamas américaines) a déjà marqué les esprits dans les différents festivals auquel il a participé : Cannes, Toronto, Deauville et Sitges pour ne citer qu’eux la même année (2014) plus Sundance ou Gérardmer, quasiment un an après. IT FOLLOWS est d’ailleurs reparti avec le Grand prix et le prix de la critique autant dire que ce film ne laisse pas indifférent.

Jay vit tout le temps en petit groupe composé de sa sœur, une amie et Paul (le garçon qui lui a donné son premier baiser). Ensemble ils gèrent aussi bien leurs études que leur vie quotidienne. Au fond on assiste à une réflexion sur la jeunesse américaine. Une nouvelle génération livrée à eux mêmes. Un soir Jay sort avec un garçon plus âgé qu’elle et tout va être chamboulé par la suite. A l’écran, le passage à l’acte déclenche ce curieux phénomène. Il lui transmet une chose (une malédiction) qui vient hanter Jay et perturber la cohésion du groupe; même si ils vont tout faire pour l’aider à s’en débarrasser. Pour s’en débarrasser il faut coucher avec quelqu’un d’autre avant que ces « suiveurs » ne s’attaque à l’hôte. Sinon la malédiction reviendra automatiquement au géniteur. Une histoire de malade…

Photo du film IT FOLLOWS

Dès les premières images on ne peut qu’être surpris mais aussi émerveillé par l’ambiance du film. Une ouverture, comme tout film d’horreur à l’ancienne. Une rue, une maison de banlieue typique, des allées avec des voitures, le voisinage… Puis une fille (ce n’est pas Jay) sort de l’une des maisons. Elle est légèrement vêtue (culotte, talons haut et petit haut très sexy), totalement paniquée. S’en suit une incroyable identification en quelques plans dynamiques appuyés par une musique électro omniprésente. On vit sa peur tout en essayant de comprendre ce qu’elle a, et ce qu’elle fuit…

Rarement une introduction aura retourné son public. Son esthétisme, son ambiance et ses cadres contribuent à créer une scène surréaliste. Il ne faut pas oublier que la jeune fille court apeurée et derrière elle rien, aucune présence. Le spectateur est même visé. C’est cette peur que le réalisateur développe tout au long du métrage. Il préfère au final avoir recours à très peu d’artifices (l’exception la plus probante étant la scène de la piscine municipale) tout en optant pour une mise en scène intelligente qui place le spectateur dans un flou total. On n’est pas du tout guidé. On est même complètement perdu.

« , c’est le résultat d’un subtile mélange de réalisme et fantastique qui donne une nouvelle version de l’horreur, la vraie. »

Ce qui étonne c’est que David Robert Mitchell arrive à foutre la trouille dans une atmosphère réaliste. Le détroit délabré et totalement abandonné en est le parfait exemple. Et sa touche fantastique employée tout au long du film est à la fois mystérieuse et onirique. IT FOLLOWS renvoie également aux peurs adolescentes : le passage à l’age adulte (d’ailleurs ces derniers sont complètement absents du métrage sauf dans les représentations que perçoit l’héroïne).

Inspiré par un cauchemar d’enfant, le réalisateur traite un sujet qu’il maîtrise parfaitement. Son premier long avait déjà exploré les prémices. On notera peu d’utilisation de plan gores ni de diminution du groupe; d’habitude ils auraient été massacré un par un jusqu’au dernier. Ici c’est complètement l’inverse.
La mise en scène propre et réaliste se rapproche plus d’un univers de « films d’auteur ». David Robert Mitchell a une vision qui se rapproche des réalisations qui ont l’habitude de dépeindre le mal de vivre de l’adolescence (On peut penser à Larry Clark). On est bien loin d’un simple film d’horreur pur et dur au risque de se répéter.

image de it follows

C’est ainsi le principal atout du métrage, sa force. Il réinvente l’horreur, un peu comme avait fait Jennifer Kent sur Mister Babadook.
La musique fait le reste du travail. Un subtile hommage aux meilleurs thèmes 80’s de John Carpenter. Le groupe c’est Disasterpeace. Eux aussi ils connaissent leurs classiques.

En poussant l’analyse, à travers ce passage à l’age adulte vécu par une jeunesse américaine qui se cherche, on peut y voir également une ode à la protection et l’utilisation d’un contraceptif (au fond elle couche avec un inconnu). Une forme de personnification d’une MST (virus du SIDA?) qui se propage à cause d’une insouciante. Le film est haletant et son résultat est plus qu’efficace. On tient une nouvelle référence au genre. Le néo-film d’horreur.

Colin

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