Retour du duo , trois ans après Théo et Hugo dans le même bateau, pour un huis-clos en apesanteur : cinq inconnus se retrouvent dans un appartement perché en haut d’un immeuble pour évoquer leur amant commun.

Depuis le succès en 1998 de Jeanne et le Garçon formidable, le duo Ducastel / Martineau s’est fait une place à part dans le paysage cinématographique francophone – porteurs d’une œuvre plurielle, diverse, faite d’expérimentations autour de la question de l’homosexualité et de la marginalité, les deux cinéastes ont aussi, au fil des années, déployé un amour profond du « concept » dans ce qu’il peut avoir de plus contraignant, libérateur, dangereux et récréatif : de la comédie musicale à la Demy dans Jeanne et le Garçon formidable au film en quasi-temps-réel cru et sulfureux dans Théo et Hugo sont dans le même bateau, cela semble être une constante de leur filmographie. Tenter, repousser les limites de leur propre cinéma, faire de la référence sans tomber dans le pastiche : si il y a de la Nouvelle Vague dans chacune de leurs nouvelles propositions, il y a quelque chose en plus. De la modernité de ton ? Du décalage ? Pas seulement, car Ducastel et Martineau c’est aussi une approche du personnage.

Dans cette suite narrative logique, est un film hautement conceptuel – d’aucun diront qu’il pourrait même paraître artificiel. Un groupe d’inconnus se retrouvent une nuit dans un appartement parisien – celui d’Olivier Ducastel – pour parler du même homme, un « pervers narcissique » qu’ils ont enfermé dans la pièce d’à côté. Huis-clos verbeux très théâtral, HAUT PERCHÉS dénote aussi par un choix stylistique fort : entièrement éclairé par des lumières vives bleues, rouges, violettes, le film est plongé dans une atmosphère très particulière, virtuelle, hors-temps, presque loufoque derrière son apparat baroque, non sans évoquer Fassbinder, Honoré, ou même encore les maîtres du giallo.

Photo du film HAUT PERCHÉS

Dans ses dialogues récités qu’on pourrait dire frelatés, comme dans son postulat de mise en scène qui fait perdre à chaque plan toute illusion de réel, HAUT PERCHÉS peut sonner creux. Voir insupportable. C’est aussi dans ce sentiment total d’artificialité, dans un esprit justement très théâtral, qu’il trouve son charme profond : du cinéma philosophique plus qu’il n’est psychologique, dont on comprend les motivations et les aboutissements en quelques minutes seulement. La roue tourne très vite dans le vide et si certains trouveront leur compte dans cette débauche d’échanges quelque peu endimanchés, impossible de passer outre les plaies ouvertes d’une proposition qui, si elle ne manque pas d’audace, manquait peut-être de matière.

Ducastel et Martineau nous parlent du Désir avec un grand D : la complexité et le dérèglement parfois pervers des relations humaines et amoureuses. Le propos, d’abord trop sombre pour être curieux, puis trop répétitif pour rompre une routine narrative laborieuse, finit par trouver son salut dans une conclusion presque nihiliste : à défaut de rêver de lendemains qui chantent, on pourrait peut-être trouver de la sagesse dans le néant, oublier sa souffrance pour relativiser sa passion. Le temps détruit tout, même les plaies du désir.

HAUT PERCHÉS c’est un dispositif. Narratif, visuel, philosophique. Plutôt que d’arriver à le faire parler, à le tordre à force de le faire tourner, le duo de réalisateurs s’enferme dans une sorte de facilité casanière dans laquelle ils n’arrivent plus à dire quoi que ce soit, dans laquelle ils se retrouvent piégés – comme leurs personnages – de leur obligation d’attendre le lever du jour. A moins que cela ne soit profondément méta (on en doute), cela rend l’objet encore plus tragique : il y avait, au cœur de ce huis clos, une idée forte de cinéma, et même du cinéma.

Vivien

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HAUT PERCHÉS : tout en haut du monde – Critique
Titre original : Haut Perchés
Réalisation : Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Scénario : Olivier Ducastel, Jacques Martineau
Acteurs principaux : , ,
Date de sortie :
Durée : 1h30min
2.0Décevant
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