Second numéro de notre rubrique RETOUR SUR… Et cette semaine, on revient sur un classique incontestable du cinéma : LA DOLCE VITA, du grand Frederico Fellini.
La Vie est-elle si belle ? Les temps peuvent être durs. Il est possible que l’hiver vous ait laissé quelques questionnements existentiels sans réponses. Le cinéma étant la Vie, nous voulons vous proposer un film qui vous aidera à répondre à ces questions : LA DOLCE VITA ! Réalisé par le néo-réaliste italien Frederico Fellini, la douceur de vivre en français, propose de suivre sans relâche le protagoniste, Marcello et sa progression dans une Rome des années 1960 en pleine extension architecturale et culturelle. Son métier de journaliste le pousse à s’introduire dans les dîners mondains, les fêtes démesurément insouciantes et à côtoyer les plus grands acteurs de la bourgeoisie et de l’industrie cinématographique.
Bercé par la merveilleuse bande originale de Nino Rota, le film laisse transparaître une certaine douceur mais également un désir de vivre. Le désir est par ailleurs un des concepts principaux de l’œuvre. La scène de la fontaine de Trevi devenue culte pour la cinéphilie mondiale, dépeint romantiquement le portrait de ce désir impossible. En pleine nuit et au cœur de Rome, Sylvia (interprétée par Anita Ekberg, important sex-symbol de l’époque) patauge gracieusement dans l’immense fontaine de Trevi et invite Marcello à la rejoindre. En vérité, elle invite le spectateur à vivre un véritable rêve, à s’approprier de la vision fantasmatique de Marcello ne la lâchant pas du regard et du bout des doigts. Comme tout rêve, la séquence abandonne la notion du temps. En un fragment de secondes, la fontaine cesse de couler et l’on passe de nuit à jour. Marcello semble le seul à prendre conscience de cette anomalie temporelle, comme si il était entrain de se réveiller. Le désir, dans LA DOLCE VITA, passe par des sentiments principalement oniriques. Virevoltant et n’oubliant jamais d’user de son charme, Marcello n’oublie pas de montrer son désir de conquêtes sentimentales et leurs démesures. Le désir n’est pas l’unique notion du film et d’autres concepts son bien évidemment abordés comme l’absence d’amour familial, les débordements de la foi, la notion de partage et l’ambition qu’a Marcello pour l’écriture.
La désillusion va jusqu’à toucher les relations amoureuses à travers la tristesse du fantasme qui ne pourra jamais se réaliser et cette réalité qui ne cesse de rattraper les désirs des personnages. La passion n’est que contrainte, hystérie et parfois même violence. C’est en ça que LA DOLCE VITA est une belle œuvre : elle ne cesse de questionner l’image que l’on peut se faire du bonheur et invite à le distinguer du désir, sans cesse inassouvi.
Si le film propose une thèse, ce ne serait certainement pas « La vie est belle ! » ou « La vie est terrible », mais plutôt « Cette vie n’est qu’un spectacle ». Il serait inutile de généraliser le récit car LA DOLCE VITA ne présente pas une vision de la Vie en générale, mais les fragments de celle d’un jeune journaliste vivant à Rome durant le début des années 1960. Les fragments d’une vie de démesure où tout est jeu : les rapports humains, l’argent, l’information, la famille, la séduction… Le protagoniste semblant tout faire pour plaire, dans un système surmédiatisé, est en définitive le seul à ne plus croire à ce spectacle et à vouloir détruire cette unicité du faux. Le fond du film LA DOLCE VITA peut rappeler l’ouvrage La Société du Spectacle de Guy Debord (cinéaste et philosophe ayant inspiré les mouvements révolutionnaires de mai 68) et plus particulièrement le fragment 3 du chapitre I :
« Le spectacle se présente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d’unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l’unification qu’il accomplit n’est rien d’autre qu’un langage officiel de la séparation généralisée ».

Guillaume Gallo
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