Une table ronde était organisée au cinéma Luminor à Paris, à l’occasion du festival « Les Monteur·euses s’affichent », du 11 au 16 mars 2026. Quatre chefs monteurs sont revenus sur leurs parcours afin de prodiguer leurs conseils à un public majoritairement estudiantin. On y était.
L’étage du Luminor est plein à craquer. Au fond de la salle, ils sont une quinzaine à être debout, faute d’avoir pu trouver une place. En ce dimanche ensoleillé, nombre d’entre eux ont troqué la pelouse des parcs pour l’atmosphère tamisée de ce petit cinéma.
Manifestement, l’équipe du festival « Les Monteur·euses s’affichent » ne s’attendait pas à voir autant de monde. Cette table ronde, où quatre chefs monteurs évoquent leurs parcours, a de quoi attirer. Le métier est difficile, tout le monde en a conscience.
Une salle très jeune
Dans l’assemblée, il y a des jeunes. Beaucoup de jeunes, en fait, venus glaner des conseils avec un carnet sur les genoux. D’autres sont là par procuration. Comme cette mère, qui évoque le parcours de son fils. Cela fait plus d’un an qu’il cumule les stages dans de grosses boîtes, sans être rémunéré, bien entendu. « Il n’y a pas d’embauche derrière… il commence à se demander l’intérêt de tout ça », se désole-t-elle.
Piétiner, ça fait partie du métier. Amélie Massoutier s’en souvient bien : « Il y a beaucoup de bénévolat au début. Il faut cumuler les expériences, même si elles sont peu reluisantes. » Si elle monte désormais des séries TV pour des plateformes, elle a débuté en se chargeant de clips et de publicités. « Ce sont ces petites gouttes qui s’accumulent. »
« C’est ingrat, c’est précaire »
Personne n’est dupe, il va falloir gravir les échelons avant d’atteindre le statut de chef monteur. Ce qui commence par l’assistanat auprès de professionnels. « C’est ingrat, c’est précaire », admet Baptiste Saint-Dizier, dans le métier depuis 12 ans. Pour ne pas perdre la main, il recommande de mener des montages bénévoles en parallèle.
Tant qu’à avoir un job pénible, autant le mettre à profit. « C’est l’occasion d’essayer de se connecter avec le monteur. » Qui sait, cette personne deviendra peut-être leur mentor. « Il faut tomber sur les bonnes personnes, qui ont le goût de la transmission. Il y en a. »
À leurs yeux, c’est aussi l’occasion d’apprendre auprès d’un expert dans son domaine. « On a de moins en moins l’occasion de regarder les monteurs depuis leur canapé », reconnaît Baptiste Saint-Dizier. Comme Marianne Haroche, qui a été la stagiaire de Sophie Brunet (Sambre, La Vie d’Adèle). C’est là-bas qu’elle a vu le métier de monteuse en action : « En commençant, j’avais une vision solitaire et technique. » Sur le plateau, elle a notamment pu voir l’importance du lien tissé avec le réalisateur. « Leur relation agit directement sur ce qu’il va advenir du film. »
Provoquer les rencontres
Parfois, il faut aussi provoquer ces rencontres. Comme lorsque Baptiste Saint-Dizier s’est constitué un carnet d’adresses de monteurs, à partir de mails dénichés sur Internet. L’un d’eux appartenait… à sa voisine ! « J’ai passé beaucoup de temps à écrire ce mail pour que ça ne paraisse pas bizarre », rit-il. « Ça vaut le coup de déclencher ces échanges. Elle m’a pris comme stagiaire, puis le poste est devenu celui d’assistant en cours de route. »
Ces amitiés finissent par porter leurs fruits. Maélia Lenoir, elle, en récolte aujourd’hui les bénéfices : « Les personnes que j’ai pu croiser m’appellent désormais pour bosser sur leurs projets. » Un dernier conseil pour ce fils dont la mère s’inquiétait au premier rang ? Il s’agit de se construire une « famille ». Aller vers les cinéastes que l’on aime pour tisser des liens durables, plutôt que d’enchaîner les stages sans lendemain.
— Lisa FAROU



