La série Merteuil s’attaque à un monument de la littérature en proposant une relecture contemporaine des Liaisons dangereuses, roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos publié en 1782. Un choix ambitieux, porté par un regard assumé, engagé, et résolument féminin, voire féministe.
Si le récit conserve l’essence du libertinage, de la manipulation et des jeux de pouvoir propres à l’œuvre originale, il en déplace toutefois le centre de gravité. La série privilégie une lecture féministe affirmée, mettant en lumière la condition des femmes au XVIIIᵉ siècle et leur lutte pour exister dans un monde dominé par les hommes.
Un casting en clair-obscur
Le choix de Vincent Lacoste (L’amour ouf) dans l’un des rôles masculins principaux peut surprendre. L’acteur ne correspond pas aux codes traditionnels de la séduction et du charisme habituellement associés à ce type de personnage. Pourtant, cette absence de sensualité conventionnelle semble relever d’un véritable parti pris.
Son jeu désabusé, parfois blasé, s’accorde à son personnage et lui permet de s’extraire des rôles auxquels il est souvent cantonné. Une performance audacieuse, imparfaite mais stimulante, qui apporte un décalage bienvenu. Reste que ce choix pourra décevoir une partie du public, tant il s’éloigne des attentes liées au personnage d’origine.
À l’inverse, Anamaria Vartolomei (Maria, Mickey 17) s’impose avec force, intensité et grâce. Son interprétation incarne pleinement la volonté de renverser les rapports de domination, donnant à voir une héroïne complexe, stratège et déterminée. D’abord fragile et naïve, son personnage évolue rapidement vers une quête de pouvoir assumée, affirmant sa place de femme dans un monde qui la contraint.
Face à elle, Diane Kruger (The operative) apporte une dimension plus classique, presque intemporelle, qui ancre la série dans un héritage historique et accentue le contraste entre tradition et émancipation. Le casting féminin, solidement articulé autour de ces deux figures, constitue sans doute l’un des atouts majeurs de la série.
Esthétique et pouvoir : une relecture contemporaine
Sur le plan esthétique, MERTEUIL se distingue par une liberté stylistique assumée. Les choix visuels et narratifs s’éloignent parfois du strict cadre historique pour mieux servir le propos et moderniser l’ensemble.
Cette audace formelle participe à la singularité de la série, quitte à diviser. Le libertinage y apparaît moins comme un jeu de séduction que comme un outil politique et symbolique, au service d’un discours sur le pouvoir, le désir et l’émancipation – en particulier celle des femmes.
Des dialogues qui fragilisent le récit
Les dialogues constituent sans doute l’un des points les plus fragiles de la série. Souvent très écrits, parfois excessivement longs, ils donnent parfois l’impression d’être récités plus que réellement incarnés. Les échanges manquent alors de spontanéité et de tension, comme si les personnages exposaient une idée plutôt que de la vivre pleinement à l’écran.
À cela s’ajoute une volonté de modernisation du langage qui, si elle s’inscrit dans la démarche contemporaine du projet, crée parfois un léger décalage. Certaines tournures paraissent trop actuelles pour s’intégrer naturellement au contexte historique, accentuant cette impression de dialogues simulés plutôt que vécus.
Heureusement, l’engagement des acteurs permet souvent de compenser ces maladresses. Leur présence et leur intensité donnent de l’épaisseur aux scènes, même lorsque l’écriture se révèle plus pesante.
Une relecture engagée, au risque de diviser
En définitive, MERTEUIL n’est pas une simple adaptation de plus. C’est une relecture féministe et engagée, qui prend des risques, tant dans son casting que dans son propos. Si certains choix peuvent déstabiliser, la série a le mérite de proposer une vision affirmée et contemporaine d’un classique, et d’interroger avec pertinence les mécanismes de domination et de liberté à travers les siècles.
— Émilie BINET
Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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