Vidéaste star du gaming, Markiplier ose proposer sa propre adaptation du jeu vidéo Iron Lung. Auto-financé avec un budget limité et distribué par ses propres moyens aux États-Unis, le film est un succès surprise au cinéma. Or, si les lauriers sont mérités sur certains aspects, Iron Lung souffre néanmoins de défauts difficiles à ignorer.
Un succès surprise mérité ?
38,5 millions d’abonnés et plus de 23 milliards de vues. Sur YouTube, Markiplier est un mastodonte du divertissement. Aux yeux de la production cinématographique, il est – à l’inverse – un petit indépendant. Il n’empêche que son premier film, Iron Lung, a atteint les 50 millions de dollars au box-office mondial. Les mauvaises langues affirment que les dés sont pipés : les spectateurs s’empressent moins d’aller voir le film que d’admirer leur YouTubeur préféré sur grand écran. D’autant plus qu’il a misé sur l’adaptation d’un jeu vidéo, certes indépendant, mais lui aussi populaire, auquel il a contribué à construire l’aura.
Doit-on pour autant considérer Markiplier comme un businessman totalement dénué de talent ? Répondre oui serait passablement hypocrite. En effet, en termes de direction artistique, d’effets visuels et de maquillage, Iron Lung vaut bel et bien le coup d’œil. Malheureusement, si l’esthétique paraît presque impeccable, des manques surviennent à l’écriture. Dommageables, ces défauts rendent l’ensemble tantôt incohérent, tantôt nébuleux. Incapable de faire un choix, le scénario hésite sans cesse entre rester énigmatique et céder à la surexplication. Au point d’ennuyer malencontreusement son spectateur…
Un premier film prometteur
Iron Lung n’en demeure pas moins prometteur. Avec un budget limité de 4 millions de dollars – une bagatelle dans les productions actuelles –, Markiplier parvient à installer une ambiance glauque et étouffante dans son huis clos rétrofuturiste. Enfermés dans un sous-marin à parcourir un insondable océan de sang, on ressent cette fragile et vétuste prison de fer, mais aussi le liquide visqueux et épais qui nous menace à l’extérieur. Pour parvenir à observer l’environnement à travers le sang, le protagoniste est forcé de prendre des photos avec un objectif externe, dont l’éclat nous offre un semblant de luminosité.
On sent là toute la mécanique du jeu vidéo. Se servir des photos pour s’éclairer et gérer les commandes du vaisseau autant que possible. Or, rares sont les adaptations à parvenir à retranscrire un gameplay sans trop en faire ou pas assez. De plus, sur sa dimension horrifique, Iron Lung n’a pas à rougir de ses effets. Peu à peu, des formes et des créatures monstrueuses se dessinent dans le flou des photos. Se créent alors un malaise et une sensation d’étrangeté, augmentés par des jumpscares habilement placés et un body horror spectaculaire pour une production si peu coûteuse.
Mais une écriture peu maîtrisée
Là où le bât blesse, c’est malheureusement dans l’écriture. Le jeu vidéo éponyme n’égrenait que peu d’éléments de lore, misant avant tout sur son ambiance lovecraftienne. Le joueur ne disposait que de peu d’éléments pour comprendre ce qu’il cherchait dans cet océan et pourquoi son personnage avait été condamné à effectuer cette mission. Iron Lung, le film, ne sait lui pas sur quel pied danser. Dans ses fulgurances, il ose s’aventurer dans un huis clos sans concession, où le spectateur ne comprend pas mieux ce qui se passe à l’écran que le protagoniste lui-même. Un postulat intéressant.
D’autant plus intéressant qu’il évoque L’Appel de Cthulhu dans sa perte de repères et dans la folie croissante du personnage. Malheureusement, le film n’assume pas entièrement son concept et tente par instants de donner du sens à cette quête dans les abîmes. Du moins, seulement en apparence. Puisque toutes les clés de résolution sont annulées une par une. Il devient alors compliqué de comprendre les intentions du réalisateur. Maladroit, loin d’être parfait mais prometteur, gageons néanmoins de rappeler que Iron Lung est le premier film de son auteur. Attendons donc une seconde proposition pour attester ou non de son talent.
— Lilyy NELSON



