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Petit film d’horreur sympathique devenu saga d’exploitation sans âme, le premier CABIN FEVER promettait à Eli Roth un brillant avenir dans le cinéma de genre. Or, s’il a effectivement réussi à se construire une carrière, le réalisateur n’a jamais été aussi attachant que sur ce premier film, malgré une conclusion bancale et une mise en œuvre encore juvénile.
Un premier film prometteur ?
En 2002, le nom d’Eli Roth sonne effectivement prometteur à Hollywood. Après quelques figurations dans Le Monde perdu : Jurassic Park en 1997 ou Citizen Toxie: The Toxic Avenger IV en 2000, le jeune cinéaste est remarqué pour plusieurs projets d’animation, et notamment pour la série The Rotten Fruit. Déjà producteur au début des années 2000, Roth collabore avec des noms connus du cinéma de genre, tels que Scott Spiegel, Boaz Yakin et… David Lynch. Il faut dire que, dès l’âge de onze ans, le réalisateur en devenir créait avec ses frères des courts-métrages comme Splatter on the Linoleum, où les membres de la petite fratrie s’amusaient joyeusement à mourir à l’écran.
Son premier long-métrage en tant que réalisateur ne pouvait donc être, de toute évidence, qu’un film d’horreur. Sorti en 2002, CABIN FEVER récolte près de 31 millions de dollars au box-office, malgré son petit budget de 1,5 million. Pas un séisme triomphal, mais un joli succès d’estime qui ouvre des portes à Eli Roth – il collabore notamment avec Tarantino sur le premier Hostel trois ans plus tard. Or, plus de vingt ans après, de nombreux amateurs du genre ne peuvent s’empêcher de penser que Roth n’a jamais été aussi bon qu’avec CABIN FEVER – un premier long sympathique, malgré ses défauts évidents.
La Cabane au fond des bois
Comme de nombreuses œuvres de Roth, CABIN FEVER est à la frontière entre le fan film et le film de nerd fortement référencé. Rien que dans son titre, le mot « cabin » renvoie à tout un imaginaire dans le cinéma de genre américain, et notamment à la saga des Evil Dead, dont les deux premiers volets se déroulaient dans une « cabin » : ces chalets en pleine nature que les jeunes Yankees aiment louer pour se la donner 2-3 jours en bande. Un lieu équivoque, également rattaché au survival, et à la figure du redneck – autochtone local pas franchement ravi d’accueillir de jeunes bobos sur ses terres.
Or, si CABIN FEVER appuie énormément ces clins d’œil en direction d’Evil Dead et de Massacre à la tronçonneuse – maître étalon du survival américain – il s’amuse aussi avec bon nombre de poncifs horrifiques. On retient notamment cette histoire d’épouvante au coin du feu, à la manière des slashers de camp de vacances comme Vendredi 13. La mise en scène du conte, typique de la première moitié de carrière de Roth, évoque en elle-même tout un pan de la série B d’horreur. En quelques frames, on pense aux productions Charles Band, à Yuzna, à Stuart Gordon… Un talent de citation que Roth va, par la suite, quelque peu égarer pour singer plutôt ses maîtres – The Green Inferno en est la triste illustration.
Le film le plus sincère d’Eli Roth
Néanmoins, CABIN FEVER jouit de ce petit brin d’audace qui le rend un peu plus osé que la plupart des films d’horreur « à citations ». Au lieu de laisser notre bande d’adolescents se battre contre un tueur masqué ou maintenir ses rednecks en unique menace, il choisit d’emprunter aussi au film de contagion. Et il ne lésine pas sur ses effets gores, qui en font certainement l’une des petites productions les plus remarquées de son époque. La chair tombe en lambeaux. Les corps se décomposent et s’éparpillent dans la nature, jusqu’à contaminer la population redneck environnante. Tel est pris qui croyait prendre.
En 2002, cette conclusion surprenait encore, là où on aurait pu s’attendre à une énième final girl (dernière survivante) ou à un groupe de vilains autochtones triomphants. CABIN FEVER a l’audace d’éliminer à la fois toute sa chair à canon d’adolescents imbus d’eux-mêmes, et leurs antagonistes tout aussi déplaisants. Il n’empêche qu’il souffre encore de la jeunesse de son auteur. En effet, le ton hésite entre la parodie et le film d’horreur pur, tandis que le final se peuple de ces fameux rednecks qu’on a malheureusement négligés de nous présenter. Quoi qu’il en soit, à bien observer Hostel, Knock Knock ou Thanksgiving, CABIN FEVER apparaît encore et toujours comme le film le plus sincère d’Eli Roth.
— Lilyy NELSON
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