Photo du film C'EST QUOI L'AMOUR ?
Crédits : Zinc

Alors, c’est quoi l’amour ?

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La question qui semble simple en apparence ne l’est pas vraiment : c’est quoi l’amour ? Il y a des films qui prennent un détour inattendu pour poser une question essentielle. Celui de Fabien Gorgeart commence presque comme une comédie légère, un peu tirée par les cheveux, et doucement, sans jamais en rajouter, glisse vers quelque chose de beaucoup plus fragile.

Tout part d’une proposition à la fois simple et vertigineuse : un homme demande à son ex-femme de l’aider à faire annuler leur mariage religieux pour pouvoir se remarier. Mais pour que cette annulation soit acceptée, ils doivent prouver qu’ils ne se sont jamais aimés. Et c’est là que le film ouvre une brèche : comment dire l’absence d’un sentiment, quand celui-ci a bien existé, d’une manière ou d’une autre, et structuré une partie de notre vie ?

Quand les certitudes vacillent

Le récit se construit alors comme une enquête intime. Les souvenirs ressurgissent, les récits divergent, les certitudes vacillent. Ce qui semblait clos – une histoire terminée, un couple du passé – se remet à vibrer. Très vite, on comprend que l’amour n’est pas une donnée stable que l’on peut balayer ou pire, nier. Il est fait de moments inoubliables, d’élans contradictoires, de gestes minuscules qui échappent à toute définition claire et qui s’inscrivent irrémédiablement en nous.

Ce qui est très juste dans le film, c’est cette manière de laisser coexister plusieurs vérités. D’un côté, il y a la mécanique presque burlesque de la situation, les démarches administratives, les auditions, les tentatives d’argumenter « l’inargumentable ».

De l’autre, il y a quelque chose de beaucoup plus souterrain : une émotion qui affleure malgré les discours, une mémoire affective qui résiste à la relecture.

L’amour en zone grise

Vincent Macaigne et Laure Calamy portent un amour qui s’avère moins évident que prévu. Ils incarnent cette zone intermédiaire, beaucoup plus réelle : celle où les sentiments ne sont ni complètement là, ni totalement éteints. Leur présence donne au film une intensité particulière, à la fois vive, drôle, et légèrement équivoque.

Et puis il y a la question de la famille, qui élargit encore le regard. Car ce n’est pas seulement un couple qui revient sur lui-même, mais tout un réseau de relations : enfants, nouveaux partenaires, recompositions affectives. L’amour n’est plus un tête-à-tête, mais un ensemble mouvant de liens qui se transforment, se déplacent, se redéfinissent sans cesse.

Ce que le film réussit, au fond, c’est à tenir une ligne très délicate : ne jamais réduire l’amour à une formule, à une définition, à un verdict. Il montre au contraire à quel point il est impossible de trancher. Peut-on dire qu’on n’a pas aimé, lorsque quelque chose, malgré tout, persiste, dans un souvenir, dans une complicité, dans une manière de se parler, encore ?

C’est quoi l’amour ? : l’impossible réponse

Il y a dans C’est quoi l’amour ? une douceur mélancolique presque nostalgique, qui ne cherche pas à résoudre, mais à accueillir cette incertitude. Comme si aimer ne consistait pas à atteindre une vérité, mais à habiter cette zone floue, mouvante, où les choses ne se disent jamais complètement.

Et peut-être que la réponse du film tient là, justement : l’amour n’est ni une preuve, ni une certitude, mais assurément ce qui résiste, quand on essaie de dire qu’il n’y a rien eu.

— Marie DASPAS

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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