Photo du film SORDA
Crédits : Condor Distribution

Sorda, un monde à réinventer

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4
IMDb7.3/10Letterboxd3.9/5Rotten Tomatoes100%

Sorda ne raconte pas une disparition. Il observe un déplacement. Le monde ne disparaît pas. Il change de texture. Le son se retire par instants, et ce qui reste gagne en densité : les gestes, les regards, les corps prennent doucement la place du bruit.

Habiter deux mondes sans jamais les confondre

Angela vit là, dans cet espace décentré. Avec Hector, ils tiennent ensemble. Lui traverse le monde par le son, elle par le silence. Entre eux circule une résonance fragile, déjà traversée de décalages : des mains qui arrivent trop tard, des réponses qui glissent hors du temps, des rires qui se croisent sans tout à fait se rejoindre.

L’écart use, lentement, comme une fatigue sans nom. Et pourtant le lien se maintient, se réinvente à chaque instant, porté par quelque chose qui tient, malgré tout : l’amour.

Sorda face à la maternité

Puis l’enfant arrive. Et quelque chose vacille.

Comment être mère quand une partie du monde ne se laisse pas entendre ? Comment répondre à un cri dont la source échappe ?

L’enfant entend, comme Hector. Il entre dans le monde par la voix, par l’appel. Angela, elle, y entre autrement : par l’intensité des regards, par la vibration des gestes, par la lente apparition des signes. Entre elle et lui, une distance nouvelle se dessine, plus vive, plus immédiate.

Le père répond sans attendre, dans le flux du son. La mère cherche, traduit, ajuste, devine dans les interstices.

Une langue à construire, un lien à réinventer

Elle tente de lui transmettre la langue des signes. Mais l’enfant s’y tient encore à l’écart, comme devant une porte sans clé. Et dans cette hésitation, quelque chose se heurte doucement.

Le bébé pleure. Le doute traverse le corps comme une onde.

La vie continue, obstinée. Hector habite le son. Angela habite les signes. Deux mondes parallèles qui se frôlent sans jamais se confondre tout à fait.

Et le film avance dans cette matière instable. Le son se retire encore, laissant les mains parler plus fort que les voix. La maternité n’atteint jamais une forme fixe : elle se cherche, se défait, se recommence.

Et pourtant, au milieu de tout cela, quelque chose tient. Non comme une réponse, mais comme une présence : une manière de rester ensemble, même lorsque tout ne se rejoint pas.

— Les Mots de Camille

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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