Photo du film LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA 2
Crédits : 20th Century Studios

Le Diable s’habille en Prada 2 : une élégance retrouvée, un mordant perdu ?

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3.5
IMDb7.0/10Letterboxd3.4/5Metacritic61/100Rotten Tomatoes78%

Le Diable s’habille en Prada 2 était très attendu, et replonge le public dans l’univers de la mode plusieurs années après. Andy a évolué dans un monde devenu ultra-numérique, tandis que Miranda doit composer avec un milieu en pleine transformation et faire face à des défis qui dépassent le simple cadre du luxe et du style.

Toujours porté par le casting emblématique — Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt (Smashing Machine) et Stanley Tucci – le film conserve l’élégance et la force de ses personnages, tout en leur offrant une évolution plus nuancée. À la réalisation, David Frankel reste fidèle à l’esprit original, tout en insufflant une tonalité plus moderne et mélancolique à cette suite.

Une suite fidèle, mais moins spontanée

Cette suite réussit d’abord, simplement mais avec une nuance essentielle : elle est agréable à regarder. Retrouver les personnages et suivre leur évolution apporte un vrai plaisir, presque nostalgique, mais sans tomber dans la répétition pure. Le visionnage est fluide, sympathique et en accord avec le premier film.

Le film s’inscrit pleinement dans son époque avec une immersion dans un monde numérique dominé par les réseaux sociaux et les nouvelles dynamiques médiatiques. Cela donne un souffle plus contemporain et plus réaliste à l’univers de la mode.

L’humour, toujours dans la lignée du premier film, fonctionne globalement assez bien. Même si certaines scènes semblent parfois légèrement forcées pour recréer l’ambiance iconique du premier film, la magie opère encore. On rit souvent avec complicité, preuve que la formule reste efficace.

« Finalement, les choses changent »

Là où cette suite surprend, c’est dans son ton plus mélancolique. Elle s’éloigne de la légèreté initiale pour proposer une réflexion sur un monde qui a changé. Entre la crise de la presse écrite et un environnement professionnel toujours plus dur et compétitif, le récit prend une dimension plus grave.

La critique de la société actuelle est particulièrement marquée : la fusion des entreprises, la vision réduite des projets, et surtout cette perte d’âme des métiers artistiques au profit de la rentabilité. Le film souligne comment les choses évoluent parfois au détriment du sens profond des réalisations et de la passion. Cette idée est résumée par une réplique de Nigel (Stanley Tucci) : « finalement, les choses changent », mais pas toujours pour le meilleur, en particulier avec la disparition progressive de certaines valeurs dans les métiers créatifs.

Esthétique, personnages et ambiance dans Le Diable s’habille en Prada 2

L’un des grands atouts du film reste l’attachement du public aux personnages. Le duo Emily et Andy fonctionne bien, même plus que dans le premier film, apportant une énergie et une complicité plaisantes.

De son côté, Miranda Priestly gagne en nuance : son cœur semble s’adoucir, laissant apparaître une facette plus humaine, presque fragile, peut-être trop. Là où Miranda brillait autrefois par son autorité tranchante, son ironie mordante et ses répliques inoubliables dans Le Diable s’habille en Prada, elle apparaît ici plus vulnérable, presque déstabilisée par les incertitudes de sa carrière. Ce changement, sans être inintéressant, affaiblit néanmoins le charisme du personnage, et contribue à la rendre moins percutante. Lors de la scène du manteau, par exemple, Miranda range elle-même ses affaires dans le placard, un geste qui aurait été impensable auparavant.

Le film met en avant les questions de bien-être au travail et les pressions exercées en entreprise. Les comportements toxiques étaient clairement présents dans le premier film et étaient exercés par Miranda sur ses équipes. Ces thèmes résonnent bien avec les débats actuels.

Visuellement, le film reste fidèle à sa réputation avec des tenues toujours aussi spectaculaires, véritables œuvres d’art à l’écran. L’ambiance globale – notamment une bande-son impeccable – est également à la hauteur, au grand plaisir des spectateurs.

Certaines scènes sont particulièrement marquantes, comme ce plan symbolique où Miranda est placée à la manière d’une figure quasi divine lors d’un dîner, devant une représentation de La Cène (Léonard de Vinci) – une métaphore qui souligne son pouvoir tout en questionnant son statut.

Les apparitions de guests apportent aussi une touche de fraîcheur, notamment celle de Lady Gaga lors du défilé final ou encore le caméo, très bref, de Donatella Versace à Milan. Ces présences renforcent la crédibilité de l’univers – entre mode, luxe et grandes figures – tout en donnant davantage de dynamisme et de modernité à l’ensemble.

Cette suite réussit à évoluer sans renier ses origines : plus mature, plus mélancolique, mais toujours élégante et captivante. Dans l’ensemble, ce deuxième opus remplit son rôle, même s’il n’atteint pas le niveau du premier. Le film se laisse regarder sans effort, avec légèreté, et s’appuie sur une nostalgie bien dosée qui fonctionne efficacement.

— Émilie BINET

Auteur·rice

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