Photo du film ROMERIA
Crédits : Quim Vives / Elastica Films

Romería, là où les absents reprennent forme

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3.5

Dans Romería, Marina, jeune cinéaste marquée par la perte de ses parents emportés par le sida, retourne en Galice pour affronter un silence familial tenace. Entre journal intime et images recréées, elle tente de faire surgir une mémoire qui n’a jamais pu se dire.

Ce que le silence laisse derrière lui

Ils vivaient simplement. Comme si les jours allaient de soi. Les rires encore proches, les étoiles dans les yeux, l’élan fragile des débuts. Jeunes, portés par l’amour, par cette impression que rien n’était encore écrit.

Puis quelque chose s’est refermé autour d’eux, sans bruit. Une maladie déjà connue, tenue à distance comme une menace qu’on ne veut pas nommer. On l’évite dans les phrases, on la contourne dans les regards, on la laisse hors des histoires. Elle devient un silence partagé, une honte diffuse qui circule entre les familles et les gestes retenus. Le sida. Et ce qui arrive à ceux qu’il touche disparaît deux fois : une fois dans la vie, une fois dans les mots.

Marina est née de cela. Elle était encore toute petite quand ses parents sont morts. Il ne lui reste aujourd’hui d’eux qu’une absence sans image, sans récit continu. Des fragments seulement : des objets ordinaires, des traces de gestes dans le temps. Et un journal intime, celui de sa mère. Des pages écrites avant sa disparition, comme une voix posée quelque part, qui continue de respirer.

Romería ou le geste de faire revenir

Plus tard, sa caméra à l’épaule, elle met le cap sur la Galice pour obtenir un document d’état civil nécessaire à son entrée en école de cinéma. Là-bas, elle rencontre ses grands-parents paternels. Elle se heurte à leur silence. Elle insiste. Par petites fissures, elle tente de faire revenir ce qui a été tenu à distance : la maladie, l’histoire de ses parents, ce qui n’a jamais été prononcé.

Les mots du journal ouvrent des instants de vie. Les récits arrachés à la famille en révèlent d’autres, plus fragiles encore. Et dans les blancs, Marina fabrique des images. Sa mère et son père reviennent comme deux présences jeunes, traversées par l’éclat des débuts, par une vie encore ouverte, à peine effleurée par la fin.

C’est ici que naît le cinéma. Dans cet espace fragile où les mots deviennent images. Où l’absence prend forme sans jamais être comblée.

Le cinéma ne ramène pas les morts. Il les fait revenir autrement. Une forme. Une lumière. Un passage.

— Les Mots de Camille

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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