[critique livre] Laterna Magica

Lorsque Bergman jette, comme ici, un regard sur sa vie, c’est un homme profondément marqué par une éducation rigide et par une imagination débordante qui parle. Mais c’est surtout un homme de spectacle à la fois directeur de théâtre et réalisateur de films, il a vécu dans la fièvre, entre moments de grâce et échecs. Il s’exprime sans complaisance dans ses jugements, qu’il s’agisse d’inconnus, de vedettes, ou de lui-même. Mémoires, ou plutôt anti-mémoires, « confessions » modernes, ce livre témoigne de blessures et de crises, mais aussi de rêves et de bonheurs, et il foisonne de souvenirs d’un étrange rayonnement.

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de parution : 31 mars 2001
Ecrit par Ingmar Bergman
Editeur Gallimard/Collection Folio
Pages : 380
EAN13 : 9782070383382

Ingmar Bergman, au-delà de son illustre filmographie (la cinquantaine de films), s’est d’abord illustré en Homme de Théâtre. Directeur entre autres du Théâtre Dramatique de Stockholm, il égraine sa passion des planches à travers le monde, et collaborera avec les plus grands – Lawrence Olivier, Greta Garbo, Herbert Von Karajan. Le théâtre offrira à Bergman ses plus belles lettres de noblesse, de par ses propres pièces, ou par ses adaptations célèbres de Strindberg, Ibsen, Molière et Shakespeare. Affirmer que Bergman aime le théâtre est une lapalissade. Les planches lui ont servi de royaume, de refuge, d’inspiration et d’antichambre.

Dans ces pages, l’homme de théâtre nous invite, par le prisme de la Lanterne Magique qui lui fut si chère dans Fanny et Alexandre, à un voyage au cœur même de la vie d’un artiste et d’un homme. Récit autobiographique, les chapitres qui racontent cette histoire hors-normes, ne sont ni chronologiques, ni emplis de cet égotisme superfétatoire qui trahit souvent le genre. Bergman n’y va pas avec le dos de la cuillère, son écriture est crue, rugueuse, sans mièvrerie aucune, évitant les formules de style trop pompeuses, un peu comme l’objectif qu’il a si souvent braqué de son regard direct !

A l’image de sa vie, Bergman ausculte ses propres ecchymoses, à son corps défendant. Il s’acharne sur une enfance en déliquescence. Elevé dans le Décorum paternel luthérien d’une éducation stricte, voir austère, son mode de pensée se développe avec en point de mire le Libre Arbitre. A ce modèle de vie monastique, Bergman répondra par le modèle de la débauche conjugale et amoureuse. Combien de mariages, de relations extraconjugales, lui seul peut faire les comptes. Et il ne s’en cache pas, il triture la vie par tous les bouts et l’assume complètement. Son film ‘L’Heure du Loup’ reflète cette vie de frasques, orgiaque et parfois débonnaire.

L’épisode le plus marquant de sa vie, dont il consacre plus de trente pages, fut sans aucun doute ses démêlés avec le fisc suédois ‘une catastrophe, la catastrophe de ma vie’*. Arrêté dans son théâtre en pleine répétition, Bergman considère cette période de sa vie comme la plus éprouvante psychologiquement, ne sera-t-il pas interné trois semaines en hôpital psychiatrique par suite de pulsions suicidaires ‘ma main tremble, j’ai du mal à respirer’*. ‘Mes insomnies sont totales, mes démons se déchaînent et je crois que je vais être mis en lambeaux par mes déflagrations intérieures’*, il rentrera dans son pays en 1988, après neuf années d’exil en Allemagne.

Les plus remarquables passages littéraires sont ceux où il aborde la société du théâtre, des anonymes aux plus notoires. Au fil des adaptations, des répétitions, des rencontres, le cinéaste se mue en homme de scène, revête ses oripeaux de philanthrope et partage avec le lecteur ces instantanés de vie. Sa conversation avec Herbert Von Karajan illustre avec perfection le rapport que Bergman entretenait avec l’Art : un sauf-conduit naturel de sa conscience vers un univers constellé d’images, un iconodoule en somme!

Au travers de ces pages, le démiurge réalise l’acte de démystification salvateur, incarné par ses nombreuses retraites sur son île de Faro, un paradis s’il en fut. Au crépuscule d’une vie, Bergman nous fait grâce d’une œuvre intrinsèque et s’affranchit de ses démons intérieurs :
‘Le cinéma en tant que rêve, le cinéma en tant que musique. Aucun art ne traverse, comme le cinéma, directement notre conscience diurne pour toucher à nos sentiments, au fond de la chambre crépusculaire de notre âme.’*

*Extrait tiré du livre Laterna Magica.

Auteur·rice

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  1. Ok. Bon, ça laisse à réfléchir tout de même ces 50€ pour « un film ». J’ai essayé de faire le tour des sites internet et se procurer cette version longue (ou celle de Criterion) semble difficile pour moins cher…

  2. Non je possede la version Lumiere (Edition europeenne) en vo sous-titree neerlandais (comprenne qui pourra pour la non-disponibilte en ST francais?!), mais l’image et le son remasterises, nickel a ce niveau…l’edition Criterion est a mon avis non-restauree!

    Evite la version cinema, amputee et franchement galvaudee!

  3. Salut Vincent,
    Merci pour l’investigation.

    La version que tu mentionnes, il me semble que tu la possèdes ? En terme de qualité technique, est-elle bonne ? (les films de 3H en DVD sont généralement très « doux » en terme d’image)
    En fait, j’ai une amie norvégienne qui va venir en France le mois prochain et j’hésite à lui demander de me prendre le blu-ray du film, disponible en norvège avec des sous titres anglais. Cependant, il semblerait qu’il ne contienne que la version cinéma… Peut-on se priver de la version longue ?

  4. Salut Dom,

    Je me suis renseigne concernant Fanny et Alexandre aupres de la Svensk Filmindustri, voici leur reponse concernant les droits du film pour la France:’Thank you for your email. The distributor Gaumont owns the rights to Fanny & Alexander in France. They should know if there is a French subtitled version that you can get a hold of.’

    Je n’ai pas eu de reponse de Gaumont a ce jour!

    Je te renvoie vers le lien de Potemkine qui distribue encore la version sous-titree en anglais, edition 5 dvd super complete, relativement bon marche au regard du materiel:

    http://www.potemkine.fr/Potemkine-fiche-film/Coffret-fanny-et-alexandre-5-dvd-fanny-och-alexander-/pa11m5pr1409.html

    a+

  5. Jusqu’à présent mes deux Bergman favoris sont Persona et Les Fraises Sauvages. J’ai Les Communiants en DVD mais j’attends pour le regarder, je distille son oeuvre !

    Oui je n’ai vu Le Miroir qu’une seule fois pour l’instant. De Tarkovski, il ne me reste que ses deux derniers films à découvrir. Pour l’instant, le seul qui m’a laissé sur ma faim est Solaris. Les thématiques sont intéressantes mais la mise en scène me parait bien étriquée…
    Je ne connais pas Theo Angelopoulos, je vais donc me pencher sur ce réal.

    Quand je parle de contemporains, je parle pas spécialement d’un film. Disons qu’Avatar est un cas particulier, de par son budget. Dans les contemporains, ce sont surtout des américains/britanniques qui m’intéressent : David Fincher, Paul Thomas Anderson, Darren Arofnosky, Christopher Nolan, et bien qu’ils soient loin d’être des manchots, aucun ne peut prétendre à une telle maitrise filmique que les réalisateurs précédents ont atteint très vite – L’enfance d’Ivan est effarant pour un premier long-métrage, Tarkovski est déjà un virtuose !

    Avant hier, j’ai vu Get Low sur Canal +, avec Robert Duvall et Bill Murray. Le jeu d’acteur est très bon, mais le réalisateur – dont j’ai déjà oublié le nom – ne sait rien dire avec la caméra. Il filme ses acteurs tout simplement.

    D’une façon générale, on perd la puissance évocatrice des images, des mouvements de caméra. J’attends beaucoup du Tree of Life de Terrence Malick, la bande-annonce promet des plans exceptionnels.

  6. Salut Dom,

    Pour Bergman, ‘Les Communiants’ marque un tournant dans son oeuvre et dans sa philosophie de vie (egard a la religion), et ‘Persona’ consitute un film epique sur les rapports humains, a voir et revoir pour bien le cerner!

    As-tu vu le Miroir une seule fois?

    Pour ce qui est de ‘lier’, et je suis d’accord avec toi concernant Le Septieme Sceau et Roublev, Tarkovski a expressement demande a Sven Nykvist (collaborateur de Bergman sur une 10 de films)d’etre directeur de photographie pour ‘Le Sacrifice’, comme quoi tout est lie!

    Si tu aimes Tarkovski a ce point, je ne peux que te conseiller un autre realisateur, grec (et la tu feras le lien avec Homere et non les plages balneaires du pays!), Theo Angelopoulos, une pure merveille!

    Film contemporain?????? Tu penses a Avatar…-)

  7. Un grand cinéaste dont je suis loin de maitriser l’oeuvre, j’ai découvert il y a quelques jours Le Silence. Très bon et surprenant – difficulté à cerner les relations entre les personnages, à cerner l’époque, le lieu, présence de scènes érotiques.

    Sinon, c’est un peu hors sujet ici (quoi qu’on peut probablement relier certaines de leurs oeuvres, comme Le Septième Sceau et Andrei Roublev), je continue de découvrir Tarkovski avant de lire Le Temps Scellé. Rares sont les films qui m’ont autant marqué et fasciné que son fabuleux Andrei Roublev ainsi que Le Miroir.

    D’un autre côté, visionner à la suite des films de réalisateurs comme Bergman, Tarkovski, Welles, Fellini, (…) rend les films contemporains assez hideux : y a peu de metteurs en scène qui peuvent rivaliser avec leur génie.