Photo du film THE BRIDE
Crédits : Warner Bros. Entertainment Inc.

The Bride! : un Bonnie and Clyde gothique et monstrueux

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4
IMDb5.7/10Letterboxd2.9/5Metacritic55/100Rotten Tomatoes58%

Audacieux second film, The Bride! est un pari réussi qui subvertit les codes : une œuvre à apprécier pour sa forme esthétique plus que pour le fond de son propos.

The Bride! : revisiter le mythe de Frankenstein

« Here comes the motherfuckin’ Bride! » Quelques mois à peine après la sortie du Frankenstein de Guillermo del Toro sur Netflix, qui adaptait le roman de Mary Shelley tout en s’inspirant de ses adaptations cinématographiques précédentes, Maggie Gyllenhaal propose avec son deuxième long-métrage sa propre interprétation du mythe. Cette fois, c’est La Fiancée de Frankenstein de James Whale qui sert d’influence principale. En 1935, le réalisateur imaginait la création d’un alter ego féminin créé pour combler le besoin de compagnie de la créature. C’est avec ces prémices que commence The Bride!, qui dès son titre indique sa revendication féministe : il n’est plus question de la « fiancée de Frankenstein », mais juste de la Fiancée.

Cette Fiancée, c’est Ida (Jessie Buckley), une jeune femme du Chicago des années 1930, déterrée par Frank (la créature, incarnée par Christian Bale) et ramenée à la vie par le Dr. Euphronious (Annette Bening). Comme dans le film de Whale, l’objectif est de combler le vide affectif de Frank, qui vit dans la solitude depuis plus d’un siècle. Mais cette Fiancée, possédée par l’esprit espiègle de Mary Shelley, a quelques comptes à régler.

Avec son film, Maggie Gyllenhaal exhume Mary Shelley et lui insuffle une nouvelle vie. Mary devient un personnage à part entière, qui prend contrôle de la psyché d’Ida jusqu’à ce que celle-ci soit capable de se rebeller par elle-même. En redonnant vie à la romancière, Gyllenhaal lui permet de prolonger le mythe de Frankenstein et de lui donner une portée féministe plus revendiquée.

Une cavale monstrueuse dans l’Amérique des années 1930

En effet, la création de la Fiancée subvertit peu à peu l’équilibre de Chicago, ville aux prises avec la mafia et la corruption, où les femmes sont soumises au bon vouloir d’hommes puissants et dangereux. S’ensuit une course-poursuite à travers l’Est des États-Unis, qui répand comme de la poudre à canon l’insurgence du couple de « monstres ».

The Bride! prend la forme d’un collage de fragments hétéroclites, rafistolés ensemble pour donner un tout monstrueux. Gyllenhaal entrelace comédie, romance, horreur et grotesque, ainsi que de multiples clins d’œil cinématographiques dans ce périple identitaire et amoureux. Si le discours général du film se trouve quelque peu étouffé par cette myriade de références et de propositions esthétiques, Gyllenhaal donne ici sa conception du cinéma en tant que genre fragmenté, qui prospère en jouant sur cette esthétique d’associations : tout comme Victor Frankenstein créa un monstre à partir de parties humaines composites, un cinéaste se doit de prendre le risque de mélanger des entités apparemment hétérogènes pour construire un tout uniforme à l’esthétique singulière.

Cinéma, influences et imaginaire collectif

Plus qu’un manifeste féministe (quelque peu boiteux dans ses positions), ce film prend la forme d’une lettre d’amour aux pouvoirs du septième art. Maggie Gyllenhaal centre son récit sur l’un des mythes les plus recyclés au cinéma : à ce jour, on compte plus de 80 adaptations du mythe de Frankenstein, et c’est sans compter les réinterprétations librement inspirées. Ce choix permet de positionner au cœur de son propos l’importance des influences sous toutes leurs formes dans la création filmique – et leur impact sur notre vision du monde : « life imitates art », disait Edgar Allan Poe.

Le thème du voyage vient illustrer cette idée dans le film. Frank et la Fiancée passent une grande partie du film en cavale, troussés par un détective étrangement compatissant et une associée désireuse de faire ses preuves. S’il est si aisé pour ce duo d’enquêteurs de suivre les traces des criminels, c’est parce que ces derniers s’arrêtent constamment dans les villes qui proposent la projection des films de Ronnie Reed, l’acteur fétiche de Frank. En fuyant les conséquences de leurs actions, Frank et la Fiancée fuient aussi la réalité de leur condition, et voyagent par l’image.

La réalisatrice rend hommage au cinéma comme utopisme, ou « escapist entertainment » selon la théorie de Richard Dyer. Dyer évoquait ce pouvoir transportatif du cinéma au prisme de la sombre réalité de la Grande Dépression. Symptomatiquement, c’est dans les années trente que se déroule le film. Si à l’époque, le public moyen se rend au cinéma pour oublier le temps d’une séance leur quotidien lugubre, Frank y voit un refuge, où il peut s’identifier pleinement au charismatique Ronnie Reed (Jake Gyllenhaal) – sorte de Fred Astaire incarnant des personnages séduisants, romantiques et insouciants.

Il y aurait énormément de choses à dire de The Bride!, tant son tissu référentiel est épais. Ce qu’il faut cependant retenir de ce film, c’est la force avec laquelle Maggie Gyllenhaal établit son intention et sa vision en tant que réalisatrice. The Bride! ressemble à un pamphlet cinématographique, qui plaide en faveur d’un retour à l’expérimentation formelle, quitte à aller trop loin ou à dire trop peu. À une époque où la « netflixisation » du cinéma favorise une uniformité polie, The Bride!, comme son personnage, prône une révolution socioculturelle où la forme monstrueuse vaut mieux que le conforme.

— Marie ARRIGHI

Auteur·rice

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