[CRITIQUE] NOTRE PETITE SŒUR

Preuve du talent de Hirokazu Kore-Eda pour nous toucher en plein cœur, nos deux rédacteurs Pauline et Georgeslechameau ont perçu le film positivement, mais aussi très différemment.
Leurs deux critiques, l’une ancrant le film au sein de la filmographie de l’auteur, et l’autre davantage centrée sur l’émotion qui en émane, sont ainsi visibles ci-dessous !

Bonne lecture.

NOTRE PETITE SŒUR, de Hirokazu Kore-Eda

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FESTIVAL DE CANNES 2015: La sélection officielle

Titre original : Umimachi Diary
Réalisation : Hirokazu Kore-eda
Scénario : Hirokazu Kore-eda
Acteurs principaux : Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho
Pays d’origine : Japon
Sortie : 28 octobre 2015
Durée : 2h3min
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Hirokazu Kore-Eda nous raconte l’histoire de trois sœurs vivant, malgré leur différents caractères et rythmes de vie, en harmonie dans une grande baraque située dans la province de Kamakura.
L’enterrement de leur père, avec qui elles n’avaient plus de contacts, leur fera rencontrer leur petite soeur, dont elles n’auraient jamais soupçonné l’existence… L’occasion de la rencontrer, de la connaître, et de l’accueillir progressivement au sein de leur unité.

NOTRE PETITE SŒUR est un film particulièrement léger dans le sens ou absolument aucun drame ne vient diriger le film dans aucune direction, en dehors de l’évènement initial.

Kore-Eda, comme ses héroïnes, se laisse porter par leurs humeurs, les hasards de la vie.
En cela, le film est une bulle de simplicité et de limpidité dans laquelle on est happés dès les premiers instants.
On peut d’ailleurs attribuer à cette réussite, l’aspect hybride du cinéma de Kore-Eda.  Comme à son habitude, celui-ci emprunte autant à la culture occidentale qu’à la culture japonaise pour se définir.

Notre petite soeur

Du japon, j’ai vu dans la caractérisation de ces héroïnes, de nombreux mangas que j’ai pu lire, ou voir. Loin d’être un défaut, cela provoque une sorte d’identification et d’accessibilité envers NOTRE PETITE SŒUR. Ces femmes, malgré leur personnalité forte, ou l’intelligence de l’écriture de Kore-Eda, sont de véritables clichés vivants dans lesquels il est facile de se retrouver. Ces personnages sont notamment construits dans l’opposition de leur caractère et de leur métier. Ainsi, la cadre est la plus imprévisible, l’infirmière est la moins sensible (en apparence tout du moins), l’écolière est avenante et joviale… Chika, le personnage le moins socialement abouti, est la médiatrice entre les 3 autres, et son caractère s’efface bien vite au profit de la cohésion de groupe.
Le film s’éloigne sensiblement du cinéma-réalité de Tel Père Tel Fils, par exemple car à travers ces beaux portraits de femme, Kore-Eda communique une certaine vision du Japon. Pas vraiment sociale toutefois… car si chaque sœur représente une certaine caste, la ruralité de l’environnement façonne un microcosme ou finalement, les aspirations et hasards de la vie sont ce qui définit chacun comme égal aux autres. Un discours simple, touchant et sans moralité nous est ainsi transmis. C’est beau, et surtout universel.

« Un feel-good movie simple et sans prétentions, capable d’emporter l’adhésion malgré toute barrière culturelle. »

Peut être est-ce paradoxalement lié à ce que j’appelle « l’aspect occidental » du film, perceptible lorsqu’il s’agit de façonner l’empathie envers ces femmes.
Les moments choisis, les ambiances installées, la technique, tout cela se fait moins distant et contrôlé qu’ à l’accoutumée… Une liberté qui m’a rappelé la Nouvelle Vague (j’ai pensé aux Bonnes Femmes de Chabrol), ou certains Almodovar.
Cela contribue en tout cas, à distiller cette ambiance unique qui fait de NOTRE PETITE SŒUR un film précieux au sein de la filmo de Kore-Eda. Le film est bien sur, l’occasion d’aborder d’autres thèmes personnels, comme la transmission, l’évolution en communauté…; Il est également moins grave, moins social, et peut se voir comme un feel-good-movie sans prétentions capable d’emporter l’adhésion malgré toute barrière culturelle.

 

suivre @Georgeslechameau

Après Tel père, tel fils, le réalisateur japonais Hirokazu Kode-eda continue de décortiquer, avec une finesse toute orientale, les relations familiales. NOTRE PETITE SŒUR met en scène trois sœurs, déjà adultes, qui découvrent à la mort de leur père, avec qui elles avaient peu de rapport depuis longtemps, l’existence d’une demi-sœur, Suzu (Suzu Hirose), 15 ans. Elle envisage d’un œil malheureux le futur tête-à-tête avec sa belle-mère et part donc vivre dans une petite ville du bord de mère dans la maison de ses trois nouvelles grandes sœurs, Sachi (Haruka Ayase), Yoshino (Masami Nagasawa) et Chika (Kaho). La venue de l’adolescente, solaire mais méconnue, bouleverse le trio, dans leur quotidien et dans leur âme. Les plans, fixes ou au mouvements presque imperceptibles, captent intensément l’évolution des personnages, soulignée par quelques notes de musique égrainées çà et là. Hirokazu Kode-eda pratique un cinéma épuré, d’une sincérité qui transperce, vous emporte dans un monde serein et doux. Sans pour autant ignorer le conservatisme de la société contemporaine japonaise, le cinéaste explore les relations de ces quatre sœurs, modernes et libérées, avec une infinie subtilité. Le quatuor, composé d’actrices absolument magnétiques, cherche son équilibre, entre relations amoureuses, responsabilités familiales et professionnelles. Laissant une place intelligente aux pauses dans les dialogues, à la photographie, souvent méditative, Hirokazu Kode-eda obtient un rythme emprunt de profondeur. On s’immerge avec délice dans ce film délicatement ciselé par la sincérité de ses émotions, des mots et des paysages.

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Notre petite soeur

 

NOTRE PETITE SŒUR a été présenté en sélection officielle, au Festival de Cannes édition 2015. Il sortira en salles le 28 octobre 2015 !

(l’article date du 15 mai 2015)