The Power of the Dog

THE POWER OF THE DOG, Jane Campion de retour en virtuose – Critique

La Néo-zélandaise Jane Campion effectue un retour attendu sur Netflix en adaptant un roman de Thomas Savage. Un film dans lequel elle déconstruit le western et offre un rôle marquant à Benedict Cumberbatch, complètement habité par son personnage de salaud narcissique.

Première incursion dans le western pour la cinéaste

Cela faisait plus d’une décennie que nous n’avions pas vu un film de Jane Campion au cinéma, depuis Bright Star en 2009. Avec THE POWER OF THE DOG qui vient de débarquer sur Netflix, la réalisatrice palmée abandonne les romances en costume pour se confronter au western. Un genre historiquement représenté par des hommes et majoritairement réalisé par des hommes. La curiosité a vite fait place à l’impatience et le résultat est étonnant de maîtrise, d’ambiguïté et de virtuosité. Parce que Jane Campion ne travaille pas ses sujets de la même façon que ses collègues masculins, il est passionnant de découvrir sa vision d’artiste apposée à un texte original qui lui semblait idéalement destiné.

The Power of the Dog
Copyright KIRSTY GRIFFIN/NETFLIX

Le roman de Thomas Savage du même nom partage un synopsis similaire à son adaptation cinématographique. Pour le reste, étant donné que nous n’avons pas lu le livre, les similitudes s’arrêtent là nous concernant. L’action prend place au cœur des montagnes du Montana en 1925, dans un ranch géré par deux frères au caractère que tout oppose. George (Jesse Plemmons) avec son physique de nounours, est un homme bon et doux, presque naïf, tandis que Phil (Benedict Cumberbatch) avec sa silhouette sèche et son regard perçant au bleu d’acier a tout d’un salaud manipulateur, mais semble profondément attaché à son frère. Lorsque George décide de marier Rose (Kirsten Dunst), veuve éplorée laissée seule avec son jeune fils efféminé et de les amener vivre au ranch, Phil voit rouge. Et va se mettre en tête de leur pourrir la vie.

Déconstruction d’un genre

THE POWER OF THE DOG, c’est la déconstruction du western par une Jane Campion de retour au sommet de son inspiration. Régi par un rythme lent qui s’apprivoise, le long-métrage ne vous offrira pas de chevauchées fantastiques au crépuscule, ni de duels au soleil. À la place auront lieu des séquences singulières, tour à tour cruelles et sensuelles, où la tension sera soulignée par le score musical dissonant de Jonny Greenwood, qui décidément enchaîne les projets ambitieux. Et si Benedict Cumberbatch absorbe une bonne partie de la pellicule avec son charisme évident, le reste du casting impressionne tout autant, l’occasion de nous rappeler quelle formidable directrice d’acteurs demeure toujours Jane Campion.

Jane Campion signe un singulier western, à la fois cruel, sensuel et hypnotique. 

Ainsi Kirsten Dunst est touchante en veuve se voyant offrir une seconde chance, persécutée par ce grand méchant loup de Cumberbatch et noyant son chagrin dans l’alcool. Avec son physique frêle et son visage androgyne, le comédien Kodi Smit-McPhee (Peter) nous hypnotise à mesure que son rôle prend de plus en plus d’épaisseur au fil des minutes. D’abord peu pris en considération par Phil, qui se plaît à en faire sa victime, Peter va se rapprocher peu à peu de cet homme qui semble néanmoins beaucoup l’intéresser.

De la sensibilité au pays des cow-boys

Et c’est lors d’une bascule à mi-chemin que THE POWER OF THE DOG devient encore plus envoûtant et troublant. D’une scène à une autre, le comportement de Phil envers Peter va changer, juste après que ce dernier ait découvert un secret le concernant. Il le surprendra peu après en train de prendre un bain, ce qui réveillera la colère de Phil, mais sa réaction n’est pas celle que nous avions anticipé. Phil propose plutôt à Peter de passer plus de temps avec lui et ira même jusqu’à enseigner les choses importantes de la vie d’un ranch, de la vie d’un homme, à cet adolescent fragile qui ne sait pas monter correctement à cheval.

Le film glisse à cet instant dans une ambiguïté fascinante et déconcertante car il devient difficile de cerner les enjeux finaux qui se dessinent et les objectifs des personnages. Nous nous demandons à quel jeu les deux sont en train de jouer pendant que Jane Campion nous gratifie de séquences dont le geste de cinéma nous rappelle celui d’un peintre. Elle est toujours très à l’aise pour faire naître la sensualité en filmant la caresse du vent sur un champ de blé, lors d’une escapade au sous-texte chargé en sexualité.

The Power of the Dog
Copyright KIRSTY GRIFFIN/NETFLIX

La caméra devient un pinceau lors d’une baignade où tous ces corps d’hommes nus affluent. À travers le personnage campé par Cumberbatch, Jane Campion ausculte le genre masculin en lui offrant une complexité et une sensibilité surprenantes, au-delà d’une première approche toujours marquée par une virilité souvent ridicule. Une proposition qui n’est pas sans rappeler celle d’Ang Lee au début des années 2000 avec son très apprécié Secret de Brokeback Mountain, qui avait déjà bousculé avec brio les codes d’un genre très sujet à la testostérone.

Avec THE POWER OF THE DOG, Jane Campion signe peut-être son plus grand film depuis La leçon de piano (1993) et nul doute que le voyage en vaut la chandelle, pour celles et ceux qui accepteront la proposition. Son cinéma sensoriel vient chambouler les codes d’un genre qu’elle dépoussière avec audace et virtuosité. Quant au titre du film, la clé pour le décrypter se trouve probablement du côté de deux séquences mettant en scène un chien. À moins que la conclusion se montre plus convaincante, suggérant qu’un imprévisible tour de magie noire vient d’avoir lieu sous nos yeux ébahis.

Loris Colecchia

Note des lecteurs290 Notes
Titre original : The Power of the Dog
Réalisateur : Jane Campion
Scénario : Jane Campion, d'après l'oeuvre de Thomas Savage
Acteurs principaux : Benedict Cumberbatch, Jesse Plemmons, Kirsten Dunst, Kodi Smit-McPhee
Date de sortie : 1er Décembre 2021 sur Netflix
Durée : 2h08min
4
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Nathalie LE NEDELEC
Nathalie LE NEDELEC
Invité.e
6 décembre 2021 23 h 11 min

Très beau film tant par l’esthétique, la musique et le jeu des acteurs. Ce n’est certes pas un western classique, mais on se laisse surprendre et on en ressort bousculé. Bref, le genre de film qui ne laisse pas indifférent et qui marque à coup sûr. Chapeau bas !!

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