Photo du film PIECES OF A WOMAN
Crédits : Netflix

Pieces of a Woman, Vanessa Kirby en état de grâce

IMDb7.0/10Letterboxd3.5/5Metacritic66/100Rotten Tomatoes76%
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Elle a de la grâce, typique des grandes dames, telle une reine, une princesse. Ce qu’elle a déjà incarné dans les deux premières saisons de The Crown, où elle interprétait Margaret, la sœur de la reine Elizabeth. Ici, c’est une jeune femme du monde bien réel, que Vanessa Kirby incarne avec une force et une précision d’une rare intensité.

Genèse de Pieces of a Woman

Née du duo artistique – et conjugal – de Kata Wéber et Kornél Mundruczó, l’histoire de Pieces of a Woman remonte à la création d’une pièce de théâtre écrite par Kata Wéber et représentée pour la première fois en 2018.

L’émancipation d’une femme

À travers l’épreuve qu’est ce terrible deuil, Martha va s’émanciper de toutes les règles qu’on tente de lui imposer. Première règle : un accouchement à l’hôpital. Martha veut décider du lieu où naîtra sa fille. Ce sera chez elle, près de son compagnon et de sa sage-femme.

Deuxième règle : elle refuse la vengeance et se moque du pardon. Elle n’est absolument pas dans ce schéma biblique, cette morale judéo-chrétienne dont elle ne sait que faire.

Troisième règle dont elle s’affranchit : son histoire familiale. Martha vient d’une famille d’Europe de l’Est, sa mère est une survivante de la Seconde Guerre mondiale. C’est elle qui lui dicte la vengeance – la seule manière de s’en remettre, selon elle. Il faut que quelqu’un paie. Et ce quelqu’un, ce sera la sage-femme, accusée d’incompétence. La mère a déjà tout prévu, tout maîtrisé : elle a contacté l’avocate, manigance avec son beau-fils qu’elle méprise pour que sa fille cède.

Elle ne cèdera pas. Au cours du procès intenté contre la sage-femme, Martha prend la parole face au jury et va la remercier. Là où sa mère cherche la punition, Martha choisit la douceur et la rédemption pour se relever.

Une présence magnétique

Vanessa Kirby (Les quatre fantastiques : Premiers pas) a remporté la Coupe Volpi de la Meilleure Actrice au festival de Venise pour ce rôle. Elle est quasiment sur tous les plans, jusqu’au dernier – bien que le dernier soit dominé par la vue d’un pommier en fleurs, dont on verra la signification. Elle illumine de sa beauté, de sa froideur même, de sa liberté dans son deuil. Car elle a perdu son enfant qui a vécu quelques minutes à peine, avant de ne plus donner souffle de vie.

Dans la première scène du film, tournée en un très long plan-séquence de près de trente minutes, nous assistons à l’accouchement du bébé de Martha, et à sa disparition. Scène extrêmement forte qui va déterminer le reste de l’histoire. L’accouchement ne se passe pas comme prévu, et malgré les soins prodigués par son compagnon, malgré l’extrême bienveillance de la sage-femme, le bébé ne survivra pas.

Le temps nous est communiqué par la ponctuation de dates évoquant le fil d’une année accompagnant le deuil au sein du couple. Il file, de manière accélérée, bien qu’à l’image chaque plan ressemble à un tableau tranquille : une plante qui s’assèche, une lumière enveloppante…

L’odeur de la pomme

Ce film touchera sûrement le cœur des femmes qui ont eu la grande tristesse de perdre leur bébé. C’est un deuil impossible et douloureux, car il est impossible de décrire avec des mots le lien qui unit une mère à son nourrisson. Tout passe par les sens. Comme les premiers soins que l’on donne à son enfant.

Il s’agit de l’histoire de la scénariste et de son conjoint réalisateur, et on sent toute la part autobiographique dans ce portrait de femme – cette histoire de vie si particulière qu’est l’année après la perte. On a l’habitude de compter les jours d’un enfant à partir de sa naissance : deux semaines, un mois, cinq mois, dix-huit mois. Comment quantifier les jours, les mois, après le deuil ?

Car son deuil à elle se fait en silence, avec ses sens et ses émotions qui restent en alerte. C’est une femme aux abois, aux aguets, animée par une rage intérieure et par un côté sombre inexorable. La mort de l’enfant imbibe tout dans la maison du couple : des fleurs que l’on oublie d’arroser et qui meurent, des silences, les restes alimentaires qui végètent sur la table.

Le deuil se voit, se vit, à travers ce couple qui se disloque sous nos yeux. Le mari, joué par Shia LaBeouf, évolue en un être minable. D’un homme profondément bon et dévoué dans la première scène, on voit un homme lâche, perdu, qui ne sait plus faire. Ce deuil va redéfinir les rôles de chacun dans cette famille. Et puis, la renaissance arrive, longue, patiente. En se reconstruisant, Martha se donne la possibilité d’être mère à nouveau, quand le moment sera venu.

La dernière scène est dédiée à la renaissance, à la vie qui continue. Malgré un thème tragique, Pieces of a Woman offre une des scènes de fin les plus lumineuses et les plus émouvantes qui soient.

— Marie B

Cet article a été publié suite à une contribution d’un·e rédacteur·rice invité·e.
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