En choisissant comme point d’entrée l’après maladie, rarement abordé au cinéma, De plus belle d’Anne-Gaëlle Daval traite de façon émouvante une question plus universelle : l’acceptation et la transmission de la féminité.

Notre interview d’Anne-Gaëlle Daval

Le 8 mars est la journée Internationale des droits de la Femme et ce n’est probablement pas un hasard si DE PLUS BELLE, le premier long métrage d’Anne-Gaëlle Daval, sort ce jour là. Rarement un film s’est fait plus rassurant à leur égard. A travers le parcours de Lucie, interprétée par une Florence Foresti très convaincante à contre-emploi, DE PLUS BELLE invite les femmes à apprendre à s’aimer quelles que soient les épreuves psychologiques ou physiques qu’elles ont endurées et ça fait du bien.

A peine remise d’un cancer du sein, Lucie a beaucoup de mal à réintégrer sa vie et encore plus à envisager une relation amoureuse. Sous l’emprise du regard et des paroles cassantes de sa mère, et en dépit des conseils d’un frère tendre et rassurant (Jonathan Cohen, parfait dans ce registre différent), il lui est particulièrement difficile de céder aux avances du charmant Clovis (Mathieu Kassovitz). Heureusement, Lucie va rencontrer un personnage exceptionnel : Dalila – interprétée de façon éblouissante par Nicole Garcia. A son contact, Lucie va enfin pouvoir devenir la femme qu’elle n’a jamais su être.

Photo du Film DE PLUS BELLE

Clovis (Mathieu Kassovitz) et Lucie (Florence Foresti) lors de leur premier rendez-vous insolite…

Par le biais d’une réalisation simple et épurée, Anne-Gaëlle Daval souhaitait avant tout mettre en avant une histoire de femme à laquelle on peut toutes s’identifier et y parvient sans conteste. DE PLUS BELLE est d’une telle justesse, dans l’écriture de ses dialogues et de ses personnages, qu’il paraît impossible, en tous cas pour une femme, de ne pas être touchée. Bien sûr il y a la question de la maladie qui apporte une dimension dramatique au personnage mais ce n’est pas le sujet du film, la réalisatrice l’utilise surtout comme prétexte scénaristique pour aborder le rapport au corps et à la féminité – sans toutefois plomber l’atmosphère générale. Mais au delà de cet aspect, quelle femme ne s’est jamais interrogée sur sa féminité ? Que ce soit à l’adolescence, dans le rapport amoureux, ou en tant que mère, pour ne citer que les situations les plus évidentes, l’estime de soi et l’acceptation de son corps sont des problématiques incontournables. Et en dépit des apparences, nulle n’y échappe.

C’est principalement pour cette raison que DE PLUS BELLE est un film utile. Parce qu’il dit aux femmes qu’en ayant le courage d’apprivoiser leur corps (ici au moyen du strip-tease de cabaret), en apprenant à assumer leur féminité, elles ont tout à y gagner. En outre, à travers la relation que Lucie entretien avec cette mère toxique qui l’empêche d’éclore et la rabaisse à chaque occasion, la réalisatrice s’adresse à toutes celles qui n’ont pas eu la chance de trouver en leur mère, le modèle ou le soutien leur permettant de se révéler en tant que femme. Elle leur indique qu’il y a d’autres chemins, d’autres personnes dont on peut apprendre la féminité et qu’il n’est jamais trop tard. A l’instar de la merveilleuse Dalila pour Lucie, certaines rencontres bienveillantes aident à panser les maux qui entaillent l’estime de soi et donnent le courage de reprendre sa vie en main.

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Le travail scénaristique sur les relations entre trois générations de femmes (Lucie, sa mère et sa fille) ainsi que sur la sororité qui blesse souvent par comparaison, confère une réelle profondeur aux propos soutenus par DE PLUS BELLE. La réalisatrice ne se contente pas d’aborder la féminité à travers le prisme unique et classique de la relation amoureuse mais à travers les différents éléments qui la forgent ou l’entravent. Ici, la relation amoureuse ne joue pas un rôle de catalyseur mais seulement de moteur, ce n’est pas elle qui va permettre à Lucie de se révéler mais elle va l’inciter à entreprendre ce travail sur elle-même. Intelligemment, Anne-Gaëlle Daval sous-entend que l’estime de soi ne peut pas dépendre du regard de l’autre, bien au contraire. Il est très clair dans l’évolution du personnage de Lucie que c’est parce qu’elle parvient à s’aimer elle-même qu’elle s’autorise à nouer sereinement une relation amoureuse. Si elle ose enfin se lancer dans l’aventure, c’est parce qu’elle acquiert une certaine confiance en elle et ne risque plus de se placer en situation de dépendance par rapport à la vision qu’un homme lui offrirait d’elle-même, et qui pourrait changer au fil du temps… Pour autant, la réalisatrice porte un regard indulgent envers les hommes séducteurs dont elle tente d’expliquer “la face cachée” de façon sympathique, au point de nous faire tomber, nous aussi, sous le charme de Clovis…

Photo du Film DE PLUS BELLE

Manon (Olivia Bonamy) et Dalila (Nicole Garcia) subjuguées par l’éclosion de Lucie en tant que femme

Enfin, l’empathie envers le personnage de Lucie atteint son paroxysme dans la relation qui se tisse avec sa fille adolescente. Interpellée par ce que lui renvoie la féminité naissante et déjà bien assumée de cette dernière, Lucie s’interroge sur ce qui lui a été transmis et ce qu’elle va transmettre de l’image de la femme. La voir évoluer et prendre enfin sa place pour protéger sa fille est littéralement bouleversant.

Grâce à la précision de son écriture, la sincérité de son projet et la réflexion murie que l’on devine, Anne-Gaëlle Daval signe donc un très beau premier film. Loin de toute revendication féministe, elle ambitionne simplement de réconcilier les femmes avec elles-mêmes tout en permettant aux hommes de mieux les comprendre. A l’image du précieux conseil que Dalila donne à Lucie « sois douce avec toi », DE PLUS BELLE enrobe les femmes de bienveillance et de courage et les invite à relever dignement la tête pour profiter de la vie en jouant avec leur féminité.

Stéphanie Ayache

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[CRITIQUE] DE PLUS BELLE
Titre original : DE PLUS BELLE
Réalisation & Scénario : Anne-Gaëlle Daval
Acteurs principaux : Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Nicole Garcia
Date de sortie : 8 mars 2017
Durée : 1h38min
Interview d'Anne-Gaëlle Daval
4.0Emouvant
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Un article intéressant : [CRITIQUE] DE PLUS BELLE

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