Un enfoncement des yeux dans leurs orbites, une tête qui éclate comme une pastèque, une épée qui transperce une gorge, une autre qui pénètre une tête par derrière puis ressort par la bouche… Ce court florilège d’effets gore nous semble représentatif de la mécanique qui régule GAME OF THRONES dorénavant : si la série a toujours fait montre d’une certaine fascination pour la violence, celle-ci s’est transformée depuis la saison trois en une complaisante et inutile surreprésentation dans le but de masquer les trous d’air dans la narration. Pour donner au spectateur une satisfaction que l’intrigue ne peut plus lui apporter, les décideurs à la tête de la série se voient presque dans l’obligation de racoler à chaque épisode pour réanimer un show clairement sur la pente ascendante.

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Alors que les deux premières saisons brillaient de mille feux, particulièrement d’un point de vue narratif, la troisième saison tombait dans l’ennui en s’embarquant dans une logique feuilletonesque, où les échéances importantes – et donc intéressantes – étaient repoussées à la fin de la saison pour donner envie de voir la suivante, laissant les épisodes précédents meubler comme ils pouvaient. La mécanique à l’œuvre cette saison est la même, et l’épisode le plus abouti est indéniablement le dernier, passionnant de bout en bout, voir presque surchargé en résolutions d’intrigues en comparaison du reste. Auparavant, dépassée par le nombre effarant de personnages auxquels il faut accorder une place, la saison quatre enchaîne mécaniquement les scènes pour les faire tous exister. Malheureusement, l’intérêt des histoires de chacun diffère grandement. On regrette l’attention trop prononcée portée à certains, car tous n’accaparent pas l’attention avec la même efficacité : les problèmes de reine de Daenerys passionnent peu ; Arya fait un voyage interminable et linéaire et Theon Greyjoy est une pathétique victime dont il faudrait abréger les souffrances. Le tout au dépend, par exemple, d’un Tyrion, qui voit sa partition grandement réduite : il n’apparaît pas dans plusieurs épisodes du fait de sa condition de prisonnier, ou seulement au détour d’une ou deux courtes scènes. Ce qui est bien dommage étant donné que les quelques séquences de , acteur génial au service du personnage phare de la série, sont les meilleurs moments de la saison – notamment la fin de l’épisode 6.

”Si GAME OF THRONES reste quand même de bonne facture dans la production télévisuelle actuelle, la série nous avait habitué à beaucoup mieux”

De plus, si on ne demande pas forcément à une série télévisée, médium de scénariste, d’être bien mise en scène, la jurisprudence BREAKING BAD, géniale à tous points de vues, nous impose quand même un minimum d’exigence, pas souvent atteint ici – l’épisode 5 est exemplaire en ce sens. Le seul épisode qui brille dans la grisaille est le neuvième, réalisé par Neil Marshall (THE DESCENT), dont le savoir-faire lors des scènes de bataille entre la Garde de Nuit, dirigée par Jon Snow, et les Sauvageons, flatte la rétine. Cet épisode, concentré sur une poignée de personnages – certes, pas tous intéressant, notamment les rôles très secondaires, ce qui limite la portée des scènes d’émotions -, capte l’attention du spectateur qui n’est plus baladé au quatre coin de Westeros à chaque transition. S’il est évidemment une exception, le rythme moins soutenu de cet épisode devrait être la règle.

En l’état, si on ne peut imputer à la série seule tous les problèmes qui lui incombent, puisqu’elle dépend à l’évidence de son modèle papier, toujours en cours d’écriture, il lui serait toutefois judicieux de prendre ses distances avec l’œuvre originale et de réinjecter une dose d’intrigues flamboyantes, servis par des dialogues inspirés, et au service d’une vraie évolution des personnages. Faire de l’épisode dix de cette saison le modèle pour tous les suivants. Si GAME OF THRONES reste quand même de bonne facture dans la production télévisuelle actuelle, la série nous avait habitué à beaucoup plus. Malgré tout, grâce à un épisode final épique, on attend la suite avec un brin d’impatience.

CASTING

Saisons : 4
Nombre d’épisodes : 10
Format : 52 minutes
Date de 1ère diffusion US : O6 AVRIL 2014 (HBO)
Date de 1ère diffusion FR : 07 AVRIL 2014 (OSC City)
Création : David Benioff et D. B. Weiss, d’après les romans de George R. R. Martin
Avec Peter Dinklage, , , ,
Synopsis : Après le massacre des  Noces Pourpres, l’emprise des Lannister sur le Trône de Fer est totale. De son côté, Stannis Baratheon poursuit la reconstruction de son armée. Au Nord, la Garde de Nuit fait face au problème que représente les Sauvageons. A l’Est, Daenerys Targaryen, accompagnée de ses trois dragons et de son armée d’Immaculés, s’apprête à libérer la ville de Meereen… <address>

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