Écrite ainsi que réalisée par Scott Frank et produite par Steven Soderbergh, Godless permet à Netflix d’enrichir son catalogue d’un western original.

C’était inévitable. Dans sa recherche de diversité pour ses programmes originaux, Netflix se devait à un moment ou un autre de s’aventurer du côté du western. En gestation durant plus de 10 ans, Godless est un projet qui n’a failli jamais voir le jour. Écrit par Scott Frank et d’abord destiné au cinéma dans ce qui devait être un western ample avoisinant les 3 heures, le scénario a été mis de côté pour diverses raisons – et notamment une impossibilité de le financer. Jusqu’à que Netflix, toujours à l’affut des bons coups, se manifeste et réanime le projet afin d’en faire une mini-série.

L’histoire est celle de Roy Goode. Orphelin, il est recueilli par Frank Griffin, un hors-la-loi qui le forme et en fait son fils spirituel. Mais une fois plus grand, Roy ne se reconnaît plus dans les méthodes de Frank et sa bande. Alors, un jour, le jeune homme le trahit et devient logiquement son ennemi. Désormais traqué, il se réfugie au Nouveau-Mexique, à La Belle, une ville dont la particularité est d’être dirigée par des femmes.Photo de la série Netflix GODLESSGenre pilier du 7ème Art, le western s’est souvent conjugué au masculin, en reléguant au second plan les personnages féminins – il y a cependant de très belles exceptions ! Dans Godless les cartes sont redistribuées. Suite à un accident terrible dans une mine voisine, la ville de La Belle se retrouve quasiment dépeuplée d’hommes. Ceux qui restent sont loin de pouvoir représenter l’autorité comme il se doit : vieillards, enfants, un shérif destiné à devenir aveugle et son adjoint fougueux mais pas très futé. Là où on avait l’habitude de voir le mâle dominant, virtuose du duel, protéger les siens, ici tout se reconfigure. La série dresse le portrait d’hommes blessés, démunis, estropiés. Qu’ils soient gentils ou méchants, chacun est contraint de se traîner une tare. Comme si après des siècles de westerns à négliger les femmes, ces hommes-là subissaient le retour de flamme pour tous les actes commis par leurs prédécesseurs. Et on comprend, que dans un genre aussi codifié et commercialement très dur à vendre (à notre époque, excepté si on s’appelle Tarantino ou les frères Coen), les studios aient reculé devant ce projet.

Pour autant, Godless ne tourne pas le dos aux motifs bien connus de tous. Les petites villes, les étendues désertiques et, au milieu, les figures imposées : shérif, amérindiens, bandits. À partir de cet imaginaire commun, la série se construit sa propre mythologie en y apporte une touche d’originalité, symbolisée par la ville de La Belle, dirigée par des veuves. La série assume son envie d’apporter sa pierre à l’édifice. Scott Frank, jusqu’alors connu surtout comme scénariste de Minority Report et dernièrement de Logan, fait preuve d’une vraie solidité formelle à la réalisation – bien qu’on puisse lui reprocher parfois d’en faire un peu trop dans certains effets ou mouvements de caméra emphatiques. Pas de quoi bouder notre plaisir devant cette série qui vient prouver un peu plus que Netflix est désormais une vraie place forte pour les productions originales. Photo de la série Netflix GODLESSWelcome to no man’s land” clame astucieusement l’affiche promotionnelle. Bienvenue surtout dans un monde où la galerie de personnages féminins est d’une incroyable profondeur, où elles n’hésitent pas à prendre les armes, à s’affirmer. L’une des magnifiques idées est de convertir une ex-prostituée en une maîtresse d’école. Cet élément récurrent dans l’histoire du western est quelque part vengé, réhabilité, plus réduite à un simple corps prêt à subvenir aux besoins de cowboys bourrins. La voir utiliser vigoureusement ses armes dans l’affrontement final pour en découdre est presque une façon sublime de répondre au personnage de la pute défigurée d’Impitoyable. Il y a un petit quelque chose d’inédit à voir d’un coup un saloon déserté et des femmes prendre des décisions importantes concernant leur futur. En 2015, George Miller pondait l’un des films les plus importants des années 2010 en confiant les rênes de son récit à une bande d’amazones indomptables. Deux ans après, Scott Frank fait la même incontestable constatation : lorsque Dieu laisse à l’abandon un territoire, il ne reste que les femmes pour maintenir une lueur d’espoir.

Maxime Bedini

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[CRITIQUE] GODLESS, la mini-série Netflix
Titre original : Godless
Créateur : Scott Frank
Acteurs principaux : Jack O'Connell, Michelle Dockery, Scoot McNairy
Date de sortie :22 novembre 2017 sur Netflix
Format : 60 min
4.0Note finale
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