Avec un concept aussi explosif qu’évident, THE CRIMINALS avait tout pour devenir un thriller sous haute tension. Mais chez David Mackenzie, la mèche brûle parfois plus vite que le récit ne se construit.
Sur un chantier dans le quartier londonien de Paddington, à Londres, un ouvrier, musique dans les oreilles, manipule la pelleteuse sans se poser de questions. Mais son contremaître se précipite vers lui : une bombe de la Seconde Guerre mondiale est à moitié enterrée juste devant eux, dans la boue.
Light the fuze
Un commandant de l’armée, incarné par Aaron Taylor-Johnson (The Fall Guy), s’entraîne au sniper sur une base en dehors de la ville. Appelé pour s’occuper de la situation, cogérée avec la police, avec Gugu Mbatha-Raw en responsable, on sent le bonhomme distant et un peu bizarre. Et alors que le major commence à inspecter le dispositif, un groupe de braqueurs s’éveille dans un des appartements évacués du quartier, descend au sous-sol et commence à faire un trou dans le mur de la banque du coin…
Le concept du nouveau film de David Mackenzie, The Criminals chez nous, Fuze – « détonateur, mèche » – en VO, était alléchant et promettait un thriller tendu et excitant, alors que le réalisateur écossais avait su orchestrer un excellent film de braquage pile dix ans plus tôt avec le néo-western mélancolique Comancheria (Hell or High Water, 2016), dont on vous avait déjà parlé également. Il avait ensuite notamment redirigé Chris Pine et Aaron Taylor-Johnson dans Outlaw King, fresque historique sur un homme de son pays, Robert Bruce, ou mis en scène L’Intermédiaire, thriller d’espionnage sorti l’année dernière, avec Riz Ahmed et Lily James, dont votre rédacteur n’avait pas entendu parler.
Il a déjà bien entamé sa carrière, 60 ans au compteur, mais est pourtant encore peu connu, même, on vous le parie, de la plupart des cinéphiles. Mackenzie, que Le Point nous décrit comme « l’un des cinéastes les plus chaleureux que vous puissiez rencontrer » lors d’une rencontre à Reims, a pourtant déjà dirigé Ewan McGregor, Eva Green, Jack O’Connell, Jeff Bridges ou encore Sam Worthington, ici aussi, et est de ces cinéastes qui utilisent le film d’action, décliné en plusieurs sous-genres selon les films, pour distiller certaines critiques sociétales. Le résultat, c’est que vous avez dans ces cas-là, à la fois des thrillers avec des scènes d’action maîtrisées et qui contiennent aussi plusieurs niveaux de lecture. Le meilleur résultat étant bien sûr, encore une fois, Comancheria, dans lequel l’ambiance mélancolique de la mise en scène magnifiait un script intelligent de Taylor Sheridan pour un film que l’humble auteur de ces lignes considère comme un des meilleurs du genre de la décennie précédente…
On est alors un peu déçu de constater que celui qui nous intéresse ici ne rejoindra pas la lignée de ce genre de réalisations…
The Criminals, détonateur de thrillers
The Criminals n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il est juste un « simple » thriller avec des gentils, des méchants, des protagonistes finalement antagonistes, et des rebondissements qui permettent de le classer facilement dans la liste des séries B du samedi soir offrant une dose hebdomadaire de spectacle, mais pas beaucoup plus. Parce que, si on continue de se baser sur Comancheria, le drame investissant le Texas fonctionnait si bien parce que Mackenzie et Sheridan laissaient de l’espace pour le silence, la contemplation, la réflexion. Chaque petite scène apportait des détails supplémentaires au tableau fait d’une Amérique creusant toujours plus les écarts sociaux, et le métrage avait alors des allures changeantes au fil des scènes, du film de braquage au policier, en passant par le western, le drame ou le buddy-movie. Le cinéaste appréciait d’ailleurs le plan-séquence pour commencer ses films, ceux de Comancheria et Outlaw King sont particulièrement efficaces, mais ici, le plan le plus long du film sera juste un travelling au drone qui commence du ciel en survolant la ville, pour s’approcher jusqu’au chantier.
Dans The Criminals, tout s’enchaîne sans aucun temps mort puisque le découpage est efficace et le montage nerveux, mais rien n’a jamais vraiment le temps de se développer. On aurait pu avoir un formidable film à suspense qui étirerait son rythme à partir de cette fameuse bombe, et c’est le cas au début, quand le personnage de Johnson inspecte la bombe, on a alors l’occasion de voir du matériel spécifique en action, ce qui est toujours un des aspects les plus fascinants de ce genre de films, mais, sans rien en dire, le scénario de Ben Hopkins modifie tout à la moitié environ, et fait passer le métrage dans le pur film d’action. La fin, et son flashback, prouvent d’ailleurs bien que l’intrigue avait quelques défauts majeurs et se basait sur des tropes un peu faciles. Même si les acteurs sont bons.
Savoir-faire jouer les « belles gueules »
Car en plus d’être un technicien tout à fait capable et souvent inspiré, David Mackenzie est aussi un bon directeur d’acteurs. Le rédacteur de ces lignes n’a vu que très peu de ses films pour l’instant, mais il est intéressant de noter que le Britannique a toujours su tirer le meilleur d’acteurs au début catalogués comme beaux gosses mais pas forcément comme de vrais bons comédiens. Chris Pine avait sûrement cette image auprès des gens au début de sa carrière, et a priori, il semble peu probable que beaucoup de personnes vous citent Aaron Taylor-Johnson ou Theo James si vous leur demandez quels sont les meilleurs acteurs de ces dernières années, sans du tout vouloir les critiquer, mais force est de constater que les deux sont tout à fait convaincants. Sam Worthington sait encore une fois jouer les types menaçants, et Gugu Mbatha-Raw est excellente comme d’habitude mais n’a pas grand-chose à faire malheureusement.
The Criminals tient donc plus de la simplicité et de la brutalité d’Un homme en colère de Guy Ritchie, que du suspense plus étiré et maîtrisé d’Inside Man de Spike Lee. « David Mackenzie a toujours été un metteur en scène du tourment intérieur et de son explosion », disait Simon Riaux dans sa critique d’Outlaw King.
Des explosions, le spectateur en aura, en s’asseyant devant The Criminals. Malheureusement, des tourments intérieurs, beaucoup moins.
— Simon BEAUCHAMPS
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