Photo du film JUSTE UNE ILLUSION
Crédits : ADNP / Ten Cinéma / Gaumont / TF1 Films Production / Quad Ten

Juste une illusion, retour réussi pour le duo Toledano / Nakache dans les années 80

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4.5

Juste une illusion, retour réussi pour le duo Éric Toledano / Olivier Nakache dans les années 80. Long métrage brillant et très intime, le film aborde l’entrée dans l’adolescence avec finesse. Camille Cottin et Louis Garrel s’en donnent à cœur joie, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Juste une illusion capte ce moment où l’enfance vacille

Camille Cottin et Louis Garrel font mouche en couple qui s’engueule mais qui s’aime. On se souvient toutes et tous de ce moment de bascule marquant la fin de l’enfance et des illusions qui l’accompagnent, notamment à propos des parents. L’entrée dans l’adolescence est ainsi souvent décevante, parfois fracassante.

Et c’est sur ce « moment turbulent d’arrachement, ce tourbillon au cours duquel on change de tête et de façon de voir la vie » que les réalisateurs Éric Toledano et Olivier Nakache, rencontrés à Bordeaux aux côtés de leurs interprètes, se sont attachés. Signant avec Juste une illusion leur film le plus intime, ils ont ainsi nourri leur personnage de Vincent Dayan (Simon Boublil) de leurs propres souvenirs, un « gloubiboulga de tout ce qu’ils ont vécu ».

Une photographie parfaite de l’époque

Avec un sens indéniable du défi et du détail, les réalisateurs reconstituent parfaitement leur premier film d’époque. Décors, vêtements, morceaux musicaux, qu’ils « ne voulaient pas trop datés des années 80 pour éviter qu’ils soient justement démodés » : tout y est. Le chef décorateur Jean Rabasse, qui avait pour consigne de faire « jusqu’à ressentir l’odeur en entrant dans l’appartement », écrin de la famille, a ainsi sollicité des « collectionneurs dans toute la France pour retrouver avec précision un ordinateur, un Télé 7 Jours, un canapé ou une affiche ».

Car Juste une illusion dresse avec finesse un portrait fidèle de ces années de mutation de la société française. Le film revient notamment sur la honte ressentie par les cadres confrontés au chômage, la jubilation des femmes qui s’émancipent au travail, les différences d’origines et de classe sociale, et la montée du racisme. Ce qui est particulièrement touchant dans le film, ce sont les incidences de ces changements sur chacun des membres de la famille de Simon, et leurs ressentis face à l’évolution de la place de chacun.

On est toujours le pays de son enfance

Simon vit donc avec ses parents Sandrine (Camille Cottin) et Yves (Louis Garrel), et son frère Arnaud (Alexis Rosenstiehl). « Alors que ce n’était pas évident de voir leurs parents incarnés à l’écran, notamment la figure maternelle », Éric Toledano dit « qu’écrire pour leurs deux interprètes était très stimulant. Camille était presque une évidence, car elle a tout à la fois : la gravité, la sensibilité, le recul et l’humour ».

Camille Cottin, qui incarne en effet avec beaucoup de grâce cette femme, a aimé réfléchir à cette « maman-papa, ancrage solide dans la maison, profitant de cet espace, de cette faim de l’affection des enfants qui grandissent, pour réinventer l’endroit de la mère et assumer son envie de se réaliser en dehors du foyer ». On se demande d’ailleurs si Sandrine n’a pas trois fils, tant les réactions d’Yves sont parfois enfantines. Ses propres illusions de croire qu’il agit en tant que chef de famille, et ses interactions avec sa famille et Berger (Pierre Lottin), le gardien de leur immeuble, sont tordantes.

Une famille attachante

L’interprétation toute en moues, mimiques et regards de Louis Garrel est en effet jubilatoire, rappelant à bien des égards son personnage dans son propre film L’Innocent. Olivier Nakache avait « envie d’aller dans son ADN comique, qui n’est pas souvent développé, en chopant sa vulnérabilité touchante à l’italienne des Marcello Mastroianni ou Vittorio Gassman, beaux acteurs charismatiques, avec plein de panache et de failles ». Louis Garrel reconnaît d’ailleurs « s’être amusé dans ce rôle burlesque, répondant à la demande d’expressivité de la part des réalisateurs, tout en ayant eu un peu peur de disparaître derrière les moustaches et les lunettes ».

Et ils ont en effet bien fait de les choisir, ces deux-là, tant le couple qu’ils forment transpire l’amour. Mais surtout l’humour des exilés d’Afrique du Nord, « qui ont aussi subi les affres de l’histoire » et dont la nostalgie de la terre natale s’exprime autant par la joie que par les disputes bruyantes. C’est d’ailleurs pendant le tournage que la très bonne idée est venue aux réalisateurs de « leur demander de parler toujours en même temps sans savoir s’écouter, avec ce côté old school de ces familles qui laissent toujours au père l’illusion que c’est lui qui a le dernier mot ».

On ne s’est jamais préoccupé dans aucun film ni aucune scène de savoir qui de nous deux a émis l’idée, sinon ce serait le début de la fin du duo.

Les auteurs ont rejeté cette nostalgie pendant l’adolescence, précisément parce qu’ils avaient plutôt « envie d’être comme les autres et pas qu’on leur dise qu’ils avaient loupé cet épisode et auraient dû naître là-bas ». Pour autant, Éric Toledano assure avoir voulu évoquer ces « déracinés nostalgiques plus comme un fait à décrire que comme une revendication qui exalterait les différences ». En effet, Juste une illusion ne déroge pas à la ligne de leur feel-good cinéma qui « essaye de réunir les gens dans la salle de cinéma, dernier bastion de mélange de rires et d’émotions sans agression du monde extérieur ».

L’adolescence, c’est aussi le temps des découvertes, et le film s’amuse beaucoup avec celles de Simon avec ses potes. Ou celle de ses premiers amours pour Anne-Karine (Jeanne Lamartine), dont la famille un peu trop catholique tranche avec l’extravagance de la sienne. Grâce à un casting et des dialogues parfaits, Juste une illusion se révèle donc source de grandes émotions, autant de rires que de serrements de gorge. À voir absolument !

Sylvie-Noëlle

Auteur·rice

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