En cette semaine du mois d’Octobre 2019 vient de sortir directement en vidéo le dernier film de , cinéaste que l’on ne présente plus, en fin de carrière et contraint de rechercher des financements du côté de co-productions européennes pour continuer de faire du cinéma. représente sa dernière bataille de perdue envers une industrie qui ne compte plus vraiment sur lui depuis de bien longues années, malgré sa volonté toujours intacte de nous raconter des histoires à travers son atypique point de vue.

Avant de se lancer dans la chronique de l’échec filmique qu’est Domino, inutilement sous-titré « La guerre silencieuse » après avoir été repris en main par les pires instances marketing, il convient de rappeler certains faits qui ont heurté de plein fouet De Palma et son équipe lors de la production du film. Le réalisateur a tout simplement été abandonné par sa production, qui n’a pas su tenir ses promesses de financement, aurait arrêté de payer certains de ses collaborateurs artistiques à mi-chemin, ce qui a eu pour conséquence le retrait d’une éventuelle programmation en festival ou en salles. Il se murmurait que Domino aurait pu atterrir à Cannes ou à Berlin, tout comme le fait que Brian De Palma, désavouant son œuvre, serait parti entre la fin du tournage et le début de la post-production. Ce qui est étrange aujourd’hui, c’est que le film d’une durée de 1h30, comporte une construction classique avec un début, un milieu et une conclusion pour rester prosaïque, et que le nom de son réalisateur est présent partout jusqu’au générique de fin.

Domino ressemble en tout point à un téléfilm. L’image ne convainc pas, certains plans portent encore les stigmates d’une post-production capricieuse (ce qui doit être un euphémisme), la direction d’acteurs est en roue libre totale, aucun comédiens ne parvenant à croire en leurs personnages et le scénario se prend les pieds dans le tapis à causes de facilités aberrantes pour un film qui sort en 2019. On ne peut pas faire la guerre aux terroristes de nos jours en oubliant son arme de service dans sa chambre à coucher.Le projet de base mis en place par De Palma s’ancre dans la période actuelle et plus particulièrement autour des dernières attaques terroristes subies en Europe, revendiquées par Daech pour la plupart. Déjà dénonciateur de la guerre du Vietnam avec Outrages en 1989, puis en 2007 avec Redacted en Irak, il n’y avait qu’un cinéaste comme lui pour prendre le risque de montrer l’inmontrable auquel nous avons dû faire face il y a peu, devant le stade de France jusqu’au Bataclan en passant par les bureaux de Charlie Hebdo. Nous parlons de nous, mais le reste de l’Europe et du monde a été et ne cesse d’être touché. Alors avant de se lancer devant la vision de Domino, il y a cette fascination qui nous taraude : comment le cinéaste a pu se sortir de la tourmente dans laquelle il a été embarqué ? Le film ressemble-t-il tout de même à un film de Brian De Palma ?

Domino s’apparente à un téléfilm étrange et souffreteux néanmoins marqué par la patte de son auteur, qui s’auto-parodie malgré lui. Reste quelques fulgurances très De Palmiennes, en surnage au milieu d’une entreprise sabordée.

Oui, mais à un film de De Palma malade. Si les scénarios qu’il filmait dans les années 80-90, souvent faibles, passaient encore à l’époque, c’est parce que le monsieur ne s’en servait que comme d’un prétexte pour que sa mise en scène se déploie et prenne le dessus sur tout le reste. Dès lors qu’il pouvait financer ses propres films, De Palma avait les pleins pouvoirs, d’où un carton « Produced and directed by » au lieu du traditionnel « Written and directed by » sur ses génériques. Aujourd’hui, la faiblesse du script de Domino n’est pas vraiment compensée par l’aspect formel, assez poussif et peu maîtrisé dans l’ensemble. Le grotesque n’est jamais bien loin, à cause des antagonistes caractérisés de manière bien simpliste et cliché et certaines actions se montrent involontairement comiques, à l’image de ce qui va se passer lors d’un grand final qui marque le retour de la séquence « DePalmienne » par excellence, à savoir un ralenti opératique et chorégraphique à suspense.Il y a donc encore de beaux restes qui subsistent dans Domino, ce qui en fait définitivement un objet étrange, voir inclassable. Le score musical composé par l’un des fidèles alliés du cinéaste, ne souffre d’aucune fausses notes et fait planer une aura baroque et sombre sur ce thriller assez léthargique. Observez donc la séquence de « poursuite » nocturne sur les toits pour en convenir. Les tics techniques de mise en scène propre à son cinéma sont de retours. Plans subjectifs à foison, split-screen lors d’un attentat qui sonne faux en milieu mondain (cela pourrait être le festival de Cannes), mais qui au moins nous secoue un peu, ainsi que le retour de lents zooms pour mettre en exergue un objet ou un lieu. Plus personne ne filme de cette façon de nos jours, mais cela fonctionne toujours entre les mains de De Palma, n’est-ce pas ? A moins que ce ne soit une admiration pleine de nostalgie qui parle. L’ennui, c’est que l’œuvre, avec un peu de recul, ressemble au final à une auto-parodie. Si certaines scènes lui avaient valu à l’époque moult critiques lui reprochant de filmer l’horreur tel un esthète de la mise en scène, il persiste ici avec son style mais a au moins le mérite de prendre un risque qu’aucun autre de ses collègues cinéastes n’a encore entrepris.

Quoi qu’il en soit, cette époque où les médias réagissaient avec véhémence à son cinéma est désormais révolue, Domino – La guerre silencieuse étant sorti en DVD et Blu-Ray dans une indifférence et un silence probablement anticipés par son mauvais sous-titre.

Loris Colecchia

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DOMINO, De Palma malgré lui - Critique
Titre original : Domino
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Peter Skavlan
Acteurs principaux : , , , ,
Date de sortie : 12 Octobre 2019
Durée : 1h29min
2.0Domi-non
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