Pour son premier film, 100 KILOS D’ÉTOILES, Marie-Sophie Chambon aborde avec délicatesse et humour le sujet encore tabou des souffrances ressenties par des jeunes filles dans leur rapport à leur corps.

L’adolescence, avec son entrée dans l’âge adulte et la quête d’identité concomitante, n’est jamais un passage facile à traverser. Mais quand on est flanquée d’un surpoids non négligeable, comme Loïs (Laure Duchêne, dont c’est le premier rôle), c’est encore plus difficile. Pourtant ses sœurs aussi ont hérité de l’obésité génétique de leur mère Jocelyne/Isabelle de Hertogh (La fille de Brest), qui en est bien désolée, mais elles n’en souffrent pas comme Loïs. Son mari Jean-Luc/ (L’amour flou) est aussi gringalet que son amour pour ses filles et sa femme est grand. A ce propos, 100 KILOS D’ÉTOILES recèle l’une des plus belles déclarations d’amour vues au cinéma : celle d’un homme qui porte un magnifique regard sur sa femme et lui explique à quel point il aime chaque parcelle de son corps, même si elle-même en a horreur.

Loïs est une scientifique et le film montre de façon très originale et subtile le point de vue mathématique qu’utilise la jeune fille pour analyser son problème, voire tenter de s’en distancier. On aurait d’ailleurs aimé voir encore plus de plans de formules mathématiques incrustées dans l’image, une vraie bonne idée qui symbolise parfaitement les ressentis de Loïs.

Encouragée par son professeur de physique (Jonathan Lambert), Loïs est d’ailleurs sur le point de présenter un projet ambitieux au concours Junior du CNRS. Elle rêve surtout de devenir spationaute, mais son prof l’en dissuade pourtant car, aussi brillante soit-elle, elle est bien trop lourde pour pouvoir aller sur la lune. C’est déjà tellement injuste d’accepter de vivre avec la fatalité de son problème de poids, voilà maintenant qu’il lui faut aussi abandonner son rêve !

100 KILOS D’ÉTOILES est comme une équation mathématique : la somme des différences n’amène pas toujours à un résultat nul mais peut aussi donner une force incroyable.

Alors Loïs entreprend de perdre du poids, au détriment de sa santé. Elle nage beaucoup car dans l’eau au moins, son corps est si léger. Elle se restreint surtout de manger, même si son père la menace de ne pas la conduire à Toulouse pour son concours. Elle fait évidemment des malaises qui la conduisent à une hospitalisation d’office et à la rencontre d’autres jeunes femmes en souffrance.

La force du premier film de la réalisatrice Marie-Sophie Chambon et de sa co-scénariste Anaïs Carpita est précisément d’offrir un portrait sans pathos de ce groupe de jeunes femmes hospitalisées pour des raisons qui ne sont pas si souvent abordées au cinéma. Aucune d’entre elles n’aime son corps, a bien du mal à vivre avec les contraintes qu’il lui impose, et se sent systématiquement en décalage avec les autres.

Ainsi Amélie/Angèle Metzger (Madame Hyde), jeune femme anorexique au fort caractère et loin d’être tendre avec ses compagnes de chambrée. Elle a d’ailleurs surnommé Stannah/Pauline Seryeis (Une famille à louer) une jeune femme handicapée en fauteuil roulant et se moque systématiquement de Justine/Zoé de Tarlé, électrosensible. 100 KILOS D’ÉTOILES ne se contente d’ailleurs pas d’évoquer les difficultés dans lesquelles pataugent les quatre héroïnes. Le film va courageusement au-delà de l’empathie ressentie envers elles et ne lésine pas à montrer leurs réactions parfois agressives envers autrui. Et dans ces moments-là, même si on comprend leur désarroi, on ne les trouve pas particulièrement sympathiques.

Mais, comme dans une équation mathématique, la somme des différences n’amène pas toujours à un résultat nul. Au contraire, dans 100 KILOS D’ÉTOILES, la somme des différences de ces quatre-là vont leur donner une force incroyable et déclencher une alchimie improbable. La solidarité entre ces inadaptées de la vie et l’amitié qui se crée soulagent joliment leurs souffrances mutuelles. Elles leur donnent même l’énergie de s’accrocher, toutes ensemble, au projet de Loïs et de le mener à bien.

On reste quand même un peu dubitatif sur la fuite qui s’en suit pour se rendre à Toulouse, mais après tout, on a bien vu dans 100 KILOS D’ÉTOILES des corps qui s’élèvent dans le ciel, alors pourquoi pas ? Et puis, s’il fallait retenir un message dans ce film très touchant, c’est qu’il faut beaucoup de temps pour accepter et surmonter ses différences, mais que le regard porté sur soi et la honte parfois ressentie peuvent être modifiés dès lors que l’on est suffisamment enveloppé de confiance, d’amour et de rêves.

Sylvie-Noëlle

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100 KILOS D'ÉTOILES, croire en ses rêves - Critique
Titre original : 100 kilos d’étoiles
Réalisation : Marie-Sophie Chambon
Scénario : Marie-Sophie Chambon, Anaïs Carpita
Acteurs principaux : Philippe Rebbot, Laure Duchêne, Isabelle de Hertogh
Date de sortie : 17 juillet
Durée : 1h28 min
3.5Tendre
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