Sergey Dvortsevoy offre une plongée radicale dans un Moscou cauchemardesque en compagnie d’une sans-papiers kirghize.

Caméra à l’épaule, Sergey Dvortsevoy suit à la trace Ayka, une sans-papiers kirghize qui erre dans un Moscou enneigé et impitoyable. Endettée, elle cherche du travail afin de survivre mais aussi pour ouvrir son atelier de couture. Du début (l’accouchement) jusqu’à la fin, tout le film se veut pénible à suivre, comme le chemin de croix de l’héroïne, étendu sur 5 jours, est un calvaire pour elle. La mise en scène brutale, faite d’improvisations, de plans tremblants, ne nous laisse aucun répit dans ce pays qui n’en n’offre que gère plus à Ayka. L’image est terne (le jour est sombre, la nuit encore plus), la sonnerie de portable qui revient en boucle nous tourmente les oreilles, les cuts se veulent anti-esthétique. Sergey Dvortsevoy tombe dans un misérabilisme constant, exacerbé par une sous-écriture qui empêche quiconque de s’attacher à ce personnage principal faisant office de punching-ball ambulant. Ayka s’apparente à un long calvaire rêche qui malgré le contexte politique qu’il dépeint, n’a pas grand chose à livrer aux spectateurs sur un plan cinématographique. Cette caméra mobile, dépendante du personnage principal, on l’a déjà vu maintenant depuis des années. Elle demeure la seule vraie idée de mise en scène pour dépeindre l’urgence qui anime Ayka. Comme un effet de style tellement évident compte-tenu du propos, qu’il en perd immédiatement de sa sève. Au lieu d’être occupé à vouloir absolument se conformer à sa note d’intention, Sergey Dvortsevoy aurait mieux fait en premier lieu de construire un personnage qui nous offre des accroches émotionnelles. Là on l’aurait suivi, au bout de la nuit moscovite, dans les endroits les plus crades. En l’état, on traîne les pieds.

Sergey Dvortsevoy n’en démord pas jusqu’à la dernière seconde minute avec son nihilisme en filmant des animaux mieux traités que les hommes. Le plan d’ouverture sur une batterie de nouveaux nés fait écho à un plan, plus tard, sur une portée de chiens, en train de téter leur mère. Il est souvent question de “ne pas faire la chariter” à propos de tous les personnages avec un peu de pouvoir. Si ton prochain peut te piquer ton travail ou ton argent, un chien ne fera pas grand chose. Pendant que certains crèvent la dalle, des petits animaux malades sont soigneusement accueillis dans une clinique vétérinaire qui traite, en revanche, ses employés avec une indifférence déshumanisante. Ce portrait que dresse Dvortsevoy de la Russie contemporaine pré-Coupe du Monde fait froid dans le dos.

Critique publiée le 19 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Maxime Bedini

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AYKA, pénible chemin de croix - Critique
Titre original : Ayka
Réalisation : Sergey Dvortsevoy
Scénario : Sergey Dvortsevoy
Acteurs principaux : Samal Yeslyamova
Date de sortie : Inconnue
Durée : 1h40min
1.5Note finale
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