Nadine Labaki nous embarque dans les tréfonds du Liban en compagnie d’un enfant de 12 ans, malheureux d’être venu au monde.

Qu’est-ce qui peut pousser Zain, 12 ans, à intenter un procès à ses parents ? Lui avoir donné la vie, sur des terres  lui promettant un horizon bien sombre. Dans Capharnaüm, Nadine Labaki met sa caméra à hauteur de son petit héros principal, interprété par le prodigieux Zain Alrafeea, pour nous faire explorer les tréfonds d’un Liban offrant des conditions de vie médiocres. “Il est mort avant d’être né“, cette réplique lancée par le propriétaire trafiquant de papiers explicite tout le discours du film qui charge concrètement une irresponsable population fertile.

La mise en scène de la réalisatrice libanaise, tutoyant un aspect documentaire, témoigne d’une société à l’abandon, dans laquelle les enfants doivent travailler plutôt que d’aller à l’école. Nadine Labaki disait avoir filmé 500 heures de rushes afin d’obtenir un résultat qui s’approche de la réalité. À l’écran, la méthode paie avec une première heure tout à fait époustouflante, décrivant la relation qu’entretient Zain avec sa sœur au sein d’un bidonville surchargé, sous l’œil d’une caméra à l’affût. Nadine Labaki filme l’épopée de ce petit garçon comme un thriller urbain, caméra et mise au point dans la réaction constante pour répondre aux éléments qui l’entourent. Comme lui doit y répondre en usant de son sens de la débrouille.Mais à mi-parcours, le scénario introduit une femme sans papiers, ce qui a pour conséquence de noyer le film dans une surenchère. Le petit Zain doit composer désormais avec un enfant de deux ans sur les bras. On voit mal ce que le film cherche à produire avec cette partie qui vient gâcher tous les efforts entrepris auparavant pour un déballage de pathos qui, en plus, fait fléchir le rythme du film. Comme si Nadine Labaki traitait de deux sujets en un seul film et que le héros devait passer par cette étape supplémentaire pour se rendre compte que la vie est dure dans ce pays et pour justifier qu’il est un adulte avant l’heure. On y voit plus là un procédé de scénariste destiné à user de grosses ficelles émotionnelles plutôt qu’un chemin qui sert réellement l’intérêt du propos initial.

Puissant pendant sa première partie, le film peine sur la longueur à maintenir son discours sans employer des effets lourdingues. La conclusion, qui donne la parole aussi aux parents, apporte sur le gong un second éclairage sur une situation bien complexe que Nadine Labaki aura au moins eu le mérite de mettre en lumière dans un Grand Théâtre cannois qui porte décidément bien son nom.

Critique publiée le 18 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Maxime Bedini

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CAPHARNAÜM, mort avant d'être né - Critique
Titre original : Capharnaüm
Réalisation : Nadine Labaki
Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani, Georges Khabbaz, Khaled Mouzanar
Acteurs principaux : Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Boluwatife Treasure Bankole
Date de sortie : Inconnue
Durée : 2h03min
3.5Note finale
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