Matteo Garrone à Cannes, c’est un choc avec Gomorra et deux autres films passés par la Croisette sans faire trop de vagues (Reality, son deuxième Grand Prix en 2012, puis Tale of Tales). Avec Dogman, l’Italien entend à nouveau secouer son petit monde avec un polar rageur adapté d’un fait divers ayant secoué l’Italie.

Alternant longs plans et plans-séquences (ce n’est pas la même chose, rappelons-le), Matteo Garrone filme une tragédie urbaine hyper-réaliste dans laquelle Simoncino (Edoardo Pesce), un ancien boxeur cocaïnomane, fraîchement sorti de prison, tourmente une bourgade italienne et Marcello (Marcello Fonte). Marcello est le Dogman. Il garde les chiens des gens, les toilette puis les sort. Pas vraiment à l’aise dans ses relations sociales, il reporte son affection entre sa fille qu’il voit lorsque son ex-femme lui dépose et les chiens dont il s’occupe. Il va former en compagnie de Simoncino, un improbable duo basé sur la crainte et les menaces, s’improvisant assistant lors d’un cambriolage ou dealer pour calmer les pertes de sang-froid de son acolyte. Un acolyte qui a tout d’une brute épaisse, capable de tuer avec ses mains et dont la plupart des neurones se sont déjà fait siphonner par la drogue.

Adapté d’un fait divers ayant fait frissonner l’Italie, de par sa cruauté et sa brutalité, Dogman se voit comme une relecture du combat de David contre Goliath. Marcello, avec sa petite taille et son sourire gêné, est enfermé dans un cadre ou les objets et les chiens sont souvent plus grands que lui. Cette fragilité s’oppose à la force colossale de Simoncino, qui va lui en demander toujours plus. Lorsqu’il en demandera trop, Marcello réfléchira à une vengeance pour se faire justice lui-même. Bien que décrit comme un western urbain par Matteo Garrone, Dogman ressemble aussi beaucoup à une série B typée « revenge-movie » qui pullulait dans les années 70-80. Si cette remarque n’a rien d’un compliment, le cinéaste italien n’en fait jamais un produit bas de gamme, mais va transcender son film, en commençant par refuser l’extrême violence tirée de l’histoire vraie survenue en 1988.On l’attendait plus percutant, plus insoutenable et inconfortable. Si en un plan, le rapprochement avec le genre du « torture porn » est évident, Matteo Garrone surprend pourtant en ne versant jamais dans un excès de violence graphique. Visiblement intéressé par autre chose, il préfère nous raconter une métaphore évidente de manière pas très fine, vue par le regard de nombreux chiens. Ou quand les rôles sont inversés. Il se rattrape lorsqu’il parle de l’importance qu’accorde certains quant au regard des autres dans la société et de la solitude d’un être, qui restera enfermé dans une prison immortalisée via un dernier plan très fort.

“Dogman ne nous met pas K.O. mais n’en demeure pas moins un polar rageur, au réalisme social prononcé et parfois contemplatif, questionnant avec brio la solitude et l’importance accordée au regard des autres en société.”

Aussi, l’Italie dépeinte par Garrone fait froid dans le dos. Marcello et les autres vivent dans une sorte de bidonville géant, en périphérie de Rome. Accaparés par le gros problème que représente Simoncino, qui les tabasse et les rackette, ils complotent autour d’une table pour s’en débarrasser tels des mafieux. À la suite d’une effraction, seulement une voiture de police fera le déplacement. Le reste du temps, c’est la loi du plus fort qui prédomine et personne ne parle.

Un peu sage, Dogman de Matteo Garrone ne nous aura pas mis K.O. Il nous surprend toutefois en versant dans le contemplatif et en dressant un portrait au vitriol de la condition humaine. Tandis que Marcello Fonte se révèle comme acteur, fort d’une prestation tout en intériorité et en retenue, le réalisateur Italien reprend l’une des histoires de son précédent film, Tale of Tales (un géant terrorise un petit village) et l’actualise en une sorte de pamphlet politique, plus abouti et différent formellement. Pour un meilleur accueil ?

Critique publiée le 17 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Loris Colecchia

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DOGMAN, le polar rageur de Matteo Garrone - Critique
Titre original : Dogman
Réalisation : Matteo Garrone
Scénario : Matteo Garrone, Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Massimo Gaudioso
Acteurs principaux : Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Adamo Dionisi, Nunzia Schiano, Gianluca Gobbi
Date de sortie : 11 Juillet 2018
Durée : 1h42min
3.5Ouaf ouaf !
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