Nouvelle adaptation de l’œuvre de Ray Bradbury, américaine cette fois, qui réunit un casting composé de Michael B. Jordan, Michael Shannon et Sofia Boutella.

François Truffaut s’y était déjà essayé en 1966, pour un résultat mitigé puisqu’il s’agit d’un film que l’on ne cite pas instinctivement lorsque l’on évoque sa filmographie. Prenant place dans un futur dystopique où les livres sont considérés comme des objets d’hérésie car ils prônent une liberté d’expression et de penser, une unité de pompiers spéciale est créée sous le nom de FAHRENHEIT 451. Des pompiers qui n’éteignent pas les feux mais les allument à coups de lance-flammes, réduisant en cendres ce qu’il reste des bouquins physiques prenant la poussière dans une bibliothèque. Un geste auquel avait recours les nazis également. Bras droit du terrible capitaine Beatty (Michael Shannon), qui voit en lui son remplaçant idéal, le jeune Guy Montag (Michael B. Jordan) obéit aux ordres avec entrain sans se poser de questions. Jusqu’au jour où il se demande si les pompiers ont toujours eu pour vocation d’allumer des incendies.

“Archi-prévisible et ennuyeux, ce nouveau Fahrenheit 451 n’est pas à la hauteur du texte de Bradbury.”

Le futur mis en images par le réalisateur Ramin Bahrani a été actualisé avec notre époque contemporaine du « tout numérique ». C’est la seule véritable nouveauté et intérêt de cette relecture cuvée 2018. Nous ne sommes plus vraiment très loin de la technologie mise en scène dans le film, car en dépit des immeubles faisant office d’écrans de cinéma géants retransmettant les flux des réseaux sociaux et les vidéos des chaînes d’informations, le reste est déjà confortablement installé dans nos chaumières et dans nos poches (tablettes, intelligence artificielle à qui l’on parle dans notre salon…).Pour le reste, l’embarras et surtout l’ennui viendront vous prendre dans leur bras beaucoup trop tôt. Si Guy finit par se douter que quelque chose ne tourne pas rond, n’imaginez vous donc pas qu’il devrait finir par se retourner contre son supérieur afin de faire éclater la vérité ? Les ficelles sont énormes, tout est cousu de fil blanc et l’intrigue se devine bien trop rapidement. Les rebondissements ne vous surprendront jamais. Avec ce genre de produit hollywoodien, on a toujours l’impression d’écrire la même chose. Facile à comprendre puisqu’il s’agit une fois de plus d’une commande mise en boîte par un « yes man » respectant à la lettre un script formaté.

Concernant le face-à-face entre les deux Michael, Shannon rempile une fois de plus pour le rôle du némésis d’acier qu’il tenait chez Guillermo Del Toro (La Forme de L’eau), soit un mode pilote automatique activé tandis que Jordan n’est plus du tout à l’aise lorsqu’il ne faut plus rouler les muscles et jouer un tant soit peu la comédie. Pas évident avec une mâchoire crispée et seulement deux expressions de visage. Sofia Boutella, pourtant électrisante chez Gaspar Noé (Climax), n’apportera rien d’autre qu’une pauvre petite love story archi-prévisible à l’ensemble. Vous l’aurez compris, si le texte de Bradbury n’a rien perdu de sa force, il n’aura jamais été traité à la hauteur de son sujet. D’où une question toute légitime à la fin de la projection : à quoi ce film a-t-il servi ?

Critique publiée le 13 mai 2018 lors de la projection au Festival de Cannes

Loris Colecchia

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FAHRENHEIT 451, adaptation insipide de Bradbury - Critique
Titre original : Fahrenheit 451
Réalisation : Ramin Bahrani
Scénario : Ramin Bahrani, Amir Naderi, d'après l'oeuvre de Ray Bradbury
Acteurs principaux : Michael B. Jordan, Michael Shannon, Sofia Boutella
Date de sortie : directement en vidéo
Durée : 1h40min
1.5Cramé
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